Violence conjugale et harcèlement : quand Instagram et Facebook aident plus que les autorités | 24 heures
/panorama

Violence conjugale et harcèlement : quand Instagram et Facebook aident plus que les autorités

Image principale de l'article Quand Instagram aide plus que la police

BILLET - Il y a deux mois, j’ai écrit sur mon voisin harceleur, qui m’a suivie dans mon stationnement intérieur pour prendre plusieurs photos de moi avec son cellulaire, sans mon consentement. Vous vous en souvenez? Eh bien, le même homme a récidivé... 

Il y a deux semaines, à la seconde où je me suis assise dans ma voiture, devinez qui était là en train cogner sur ma fenêtre? Lui. Il me criait des insultes et me suivait à pied, alors que je démarrais ma bagnole.   

Les 30 secondes durant lesquelles la porte de garage s’ouvrait m’ont semblé une éternité... Monsieur n’en avait pas fini avec moi. Il courrait derrière ma voiture et se touchait les parties intimes.  

J’ai appelé les flics. En attendant que les policiers se pointent, j’avais tellement un trop-plein d’émotions que j’ai partagé les événements à mes abonnés sur Instagram et sur Facebook.

Les agents du SPVM se sont pointés pas une, pas deux, mais bien cinq heures après mon appel. Le voisin a eu amplement le temps de prendre la poudre d’escampette. Il a disparu pendant quelques jours. Les policiers n’ont pas pu aller le voir.

• À lire aussi: Une femme tuée à Québec: 13e féminicide de l’année

La vidéo virale de Stéphanie Gouin  

Une semaine plus tard, plusieurs abonnés m’ont envoyé la vidéo de Stéphanie Gouin. Couverte d’ecchymoses et d’égratignures, cette jeune femme de Saint-Jean-sur-Richelieu racontait la nuit effroyable qu’elle a vécue. 

Selon son histoire, un homme qu'elle connaît lui a assené des coups, l’a étranglée et l’a agressée sexuellement. Sa vidéo a été vue 66 000 fois, et elle a dénoncé l’homme à la police.    

«J’ai juste peur qu’il tue une fille la prochaine fois. Je veux que tout le monde soit sensibilisé à ce que j’ai vécu. Je veux que les filles puissent être alertes aux comportements des hommes qui sont agressifs», m’a-t-elle raconté en entrevue.

«Si tu savais le nombre de filles qui m’ont écrit pour me dire qu’il leur était arrivé la même chose et elles n’ont pas eu le courage de dénoncer», me dit-elle avec émotion.

 

 

Le «cybersupport» versus le système de justice  

Notre situation a quelque chose de commun : on a toutes les deux décidé de dénoncer la situation à la police ET de raconter nos mésaventures sur Instagram. 

On a aussi toutes les deux été déçues par la réaction des autorités.  

Stéphanie a été soumise à un long et pénible interrogatoire avec un enquêteur, qui a duré plus de trois heures. Pendant ce temps, son présumé agresseur est libre, avec seulement une interdiction de la contacter ou de s’approcher de son domicile.  

«Chaque fois que je sors de chez moi, je ne sais pas ce qui peut m’arriver... Je comprends qu’il faut des preuves, mais mon corps était justement couvert de preuves», s’indigne-t-elle.

De mon côté, les policiers qui sont arrivés à mon domicile n’ont pas considéré que le comportement de mon voisin était du harcèlement criminel. Il peut donc continuer ce qu’il fait sans conséquence.  

Pendant ce temps, je vis dans l’angoisse dans mon propre appartement. Je me stationne à l’extérieur de peur qu’il m’arrive l’impensable, seule dans le sous-sol sombre de mon immeuble. J’en fais des crises d’anxiété.  

• À lire aussi: Les comportements coercitifs et contrôlants pourraient être punis

Que nous reste-t-il à ce moment-là à nous, femmes paniquées, effrayées, affolées, tourmentées, inquiètes et anxieuses?

Pas grand-chose, sauf les réseaux sociaux.  

«Pour être honnête, le plus grand soutien est venu des réseaux sociaux et pas du système», résume Stéphanie.  

Selon mon expérience, le système de justice en place n’est pas conçu pour les victimes. Et si les réseaux sociaux nous permettent de sensibiliser, de mettre un baume sur des cœurs terrorisés, de trouver des pistes de solution, d’ouvrir la discussion sur la violence faite aux femmes, de partager d’autres histoires... Ils ont tout à fait leur raison d’être.  

*

Cette vidéo pourrait vous intéresser  

Comment réagir si votre amie est victime de violence conjugale?  

s