Le combat sans fin d’une Albertaine pour retirer d’internet une vidéo pornographique | 24 heures
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Le combat sans fin d’une Albertaine pour retirer d’internet une vidéo pornographique

Image principale de l'article Un combat sans fin pour retirer une vidéo porno
Photo d’archives, AFP

«Horrifiée», «choquée»: pendant plusieurs années, Rachel, une Albertaine de 38 ans, n’a pas su que son mari l’avait agressée sexuellement et filmée alors qu’elle était inconsciente. Elle dit s’être retrouvée sur Pornhub sans y avoir consenti.

«Regarder la vidéo cette nuit-là m’a rendue malade et ce sentiment n’est jamais parti», confie la jeune femme à l’AFP, sous le couvert de l’anonymat (son prénom a été modifié à sa demande). Cette vidéo, depuis retirée du site, la poursuit encore. Elle a essaimé sur internet. Et, bientôt un an après cette découverte, retirer une à une les traces de cet enregistrement est un long combat, entre résignation et espoir.

Un soir d’août 2020, cette femme de l'Alberta, dans l’ouest du Canada, a découvert que son mari, dont elle était récemment séparée, avait publié, trois ans auparavant, une vidéo où il l'agressait alors qu’elle semblait dormir.

Rachel raconte avoir trouvé sur un disque dur un dossier de photos qui l’a menée au compte Pornhub de son mari, où elle a découvert la vidéo en question.

«La raison pour laquelle je ne savais pas qu’il y avait une vidéo, c’est que j’étais inconsciente pendant toute la vidéo», souligne cette étudiante en travail social, qui ne se souvient pas de l’agression.

Le titre et les mots-clés accompagnant l’enregistrement d’environ quatre minutes, avec la mention «somnifères», suggéraient qu’elle était droguée.

«Horrifiée»  

La vidéo recensait alors plus de 40 000 vues sur Pornhub, qui revendique 130 millions de visiteurs par jour. Elle s’est ensuite «propagée à d’autres sites, totalisant environ 200 000 vues», selon la jeune femme.

«Après, j’ai juste arrêté de compter, parce que ça continuait sans arrêt», ajoute-t-elle. Sa vidéo engendrait au moins une dizaine de pages de résultats sur Google, se souvient-elle.

Le lendemain matin, elle est allée voir la police, qui a lancé une enquête. Quelques jours après, la vidéo avait «disparu toute seule» de Pornhub, poursuit-elle, et les mots-clés associés n’ont plus donné de résultats.

Selon Rachel, la vidéo a également été publiée en 2017 sur des filiales de MindGeek, la maison mère de Pornhub, avant d’en être retirée l’an dernier.

Le terme «somnifères» n’est «pas autorisé», a expliqué à l’AFP un porte-parole de MindGeek, basée à Montréal.

Pornhub s’est retrouvée dans la tourmente après la publication d’un article du New York Times l’accusant d’héberger des vidéos pédopornographiques et de viol, ce que l'entreprise a démenti.

Dans la foulée, le géant de la pornographie avait annoncé de nouvelles mesures pour être «à l’avant-garde en matière de lutte et d’éradication du contenu illégal».

Seuls les utilisateurs «vérifiés» peuvent publier du contenu et le téléchargement de vidéos est désormais réservé aux utilisateurs payants. En outre, Pornhub a recours à des technologies d’intelligence artificielle qui aident ses modérateurs à détecter les contenus illégaux, notamment en matière d'exploitation des enfants.

Mais ni l’âge ni le consentement des personnes filmées ne sont vérifiés, assure Rachel.

Interrogée par l’AFP sur ce point, MindGeek n’a pas répondu.

Ces mesures n’auraient «presque rien changé» à sa situation, déplore-t-elle: il est possible de récupérer une vidéo sans la télécharger, par exemple en l’enregistrant depuis l’écran de l’ordinateur.

«Puisque des gens ont pu télécharger la vidéo sur Pornhub, cela signifie qu’elle est maintenant enregistrée sur des disques durs et qu’elle peut continuer à revenir. Et c’est le cas.»

«Une fois que c’est là-bas, c’est là-bas pour toujours.»

«Stress permanent»   

Rachel avoue que le «côté émotionnel est le plus difficile» à gérer. Elle souffre, depuis, d’un trouble anxieux.

La jeune femme dit être souvent réveillée par des crises de panique ou des cauchemars. «C’est une sorte de stress permanent», qui entraîne des nausées, des troubles digestifs.

«Vous êtes tout seul», dit-elle. «Il n’y a personne à appeler, personne qui peut vous aider. Vous pouvez regarder à qui appartiennent ces petits sites pornos anonymes et obtenir l’adresse de l’administrateur, mais rien ne change. Comme s’il n’y avait rien que vous puissiez faire.»

En mai, le commissaire canadien à la protection de la vie privée a annoncé qu’il enquêtait sur Pornhub au sujet de vidéos qui auraient été diffusées sans le consentement des personnes filmées.

Ottawa prévoit de déposer un projet de loi «dans les meilleurs délais» pour obliger les plateformes en ligne à retirer tout contenu illégal.

«Nous travaillons à ce que les plateformes aient un devoir proactif de surveiller et de supprimer rapidement les contenus illégaux, avant qu’ils ne causent davantage de préjudices», indique à l’AFP le cabinet du ministère du Patrimoine canadien.

Rachel, qui consacre chaque mois quelques jours à tenter de faire disparaître l’enregistrement, affirme qu’il génère actuellement plusieurs centaines de résultats, contre 1900 en janvier. «Je veux en enlever toujours plus, je n’abandonne pas encore.»

Selon elle, son ex-mari a été arrêté en juin et sera poursuivi pour agression sexuelle et distribution d’images intimes sans consentement.

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