C’est l’été et on déconfine... Sentez-vous le FOMO? | 24 heures
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C’est l’été et on déconfine... Sentez-vous le FOMO?

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Photomontage: Marilyne Houde

C’est l’été, la saison du plaisir... et de l’anxiété? Pour certains, l’arrivée du beau temps et le déconfinement forment un cocktail explosif d’opportunités sociales, de sorties et de la crainte de ne pas suffisamment en profiter. Et c’est à ce moment que le FOMO (fear of missing out, ou la peur de manquer quelque chose en français), fait son entrée. 

Le FOMO, c’est cette peur de ne rien faire de sa vie. Peur d’être exclu d’un groupe, peur de manquer des expériences par crainte de ne plus jamais avoir l’occasion de les revivre. Bref, l’angoisse de mal investir son temps libre. 

L’entrepreneure Léa Bégin, fondatrice de Beauties Lab, connaît bien le FOMO. La femme de 33 ans a récemment partagé une story Instagram dans laquelle elle confie à ses abonnés qu’elle a appris à accepter ses limites.  

«Ce n’est pas parce que tout est réouvert qu’il faut aller au resto chaque soir. C’est correct de s’écouter et garder certaines habitudes que la pandémie nous a apportées, genre un bain le vendredi et dodo à 21h», peut-on lire dans sa publication. 

 

Instagram: Léa Bégin

«J’ai reçu beaucoup de réactions de type Oh my god, moi aussi!, ajoute l’entrepreneure. Autour de moi, je sens que tout le monde veut être sur une terrasse et montrer qu’ils y sont. En même temps, je sais qu’il y a une pression et que les gens sont stressés». 

Pour la psychologue Lara Kalaf, il est évident que la pandémie a exacerbé ce phénomène déjà bien connu.  

«Pendant un an et demi, on a été complètement réprimés et plusieurs choses n’ont pas pu être vécues, explique-t-elle. On a si peur de manquer quelque chose d’important que l’on se fixe des rendez-vous à notre calendrier et quand on dit "non" à quelque chose, on dit "oui" à autre chose.» 

La COVID-19 a aussi créé cette impression d’avoir pris du «retard» dans sa vie sociale et dans le développement des relations interpersonnelles, selon Anne-Catherine, une chargée de projet de 26 ans. 

«Ce retard fait en sorte qu’on a soif de voir des gens de compenser pour les moments d’isolation. J’ai un filleul qui aura bientôt 2 ans et ça fait plus d’un an que je ne l’ai pas vu. Allô le FOMO!», avoue-t-elle. 

Peur de sortir 

Pendant la pandémie, Léa Bégin s’est retrouvée complètement débordée avec son entreprise naissante. Ses semaines de 80 heures de travail et les mesures sanitaires l’ont naturellement poussée à prendre du temps pour elle, un apprentissage acquis pendant la crise.  

«Avec le déconfinement, j’avais peur de retrouver mes anciens réflexes de la pandémie : "Je vais me coucher", "je vais rien faire de ma vie", "j’ai peur d’être sur mon lit de mort et d’avoir manqué des choses", ironise-t-elle. Il a fallu que je trouve un équilibre parce qu’aucun des deux extrêmes n’est bon pour moi.» 

À l’inverse de ceux qui vivent du FOMO, le confinement a fait naître chez certains des émotions inhabituelles qui vont à l’encontre du contact avec les autres. Résultat : des personnes éprouvent de l’anxiété au moment de revoir les leurs, gardant en tête cette réticence assimilée pendant plus d’un an. 

«En ce moment, des personnes ont le FOMO et d’autres ont peur de sortir. Il faut prendre un risque et se forcer pour aller voir des gens, qu’on ait envie ou pas», conseille la psychologue. C’est comme aller au gym : sur le coup, on n’a pas toujours envie, mais c’est après qu’on en voit les bénéfices.» 

FOMO OU JOMO? 

Connaissez-vous le JOMO, soit le Joy of missing out? C’est carrément l’inverse du FOMO, et plusieurs le vivent tout particulièrement cette année, après avoir apprivoisé un mode de vie plus sédentaire.  

L’idéologie du JOMO repose d’abord sur l’importance de se défaire des nouvelles technologies qui exercent une pression malsaine pour performer au quotidien. 

«Revenir dans le moment présent et y vivre peut vraiment aider, souligne Dre Lara Kalaf. Au lieu d’être assis et de dire "je manque ci, je manque ça", il faut se dire qu’on a choisi d’être ici et qu’on est paix avec notre décision». 

Il s’agit aussi d’un bon moment pour faire le point avec soi-même et analyser les pans de notre vie qui rendent insatisfait, comme sa vie de couple ou le travail, par exemple. Le simple fait de revenir en arrière et regarder ce qui se passe autour de nous est une bonne recette pour contrer ce sentiment désagréable de passer à côté de quelque chose d’important, toujours selon la psychologue.  

Un conseil appris par Anne-Catherine au fil du temps. «J’ai appris à enseigner à ma tête et à mon cœur de relaxer, sinon on n’apprécie pas réellement ce que l’on vit et on regarde notre présent passer sous nos yeux sans qu’on y soit vraiment.»