Comment je suis devenu chauffeur-livreur de colis Amazon | 24 heures
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Comment je suis devenu chauffeur-livreur de colis Amazon

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Avec la pandémie, les commandes en ligne ont explosé. En première ligne, les chauffeurs-livreurs vivent un quotidien parfois chaotique. Pour mieux comprendre leur réalité, je suis devenu livreur de colis, dans le cadre du documentaire du Bureau d’enquête L’envers d’Amazon, présenté sur Club Illico. 

Entre le «Black Friday» et le temps des Fêtes, fin 2020, je n'ai dû envoyer que quelques candidatures en réponse à des annonces sur Kijiji pour qu’on me rappelle. Des associés travaillant pour une centrale de transport du Grand Montréal m’ont engagé et m’ont prêté un véhicule. Je travaillais donc pour un sous-traitant d’un sous-traitant d’Amazon. 

Tous les jours, je devais me rendre à cette centrale de livraison pour y récupérer les colis d’un code postal spécifique de la métropole, qui différait chaque jour. Je devais récupérer les boîtes de carton, les scanner avec une application dans mon téléphone, les numéroter, puis les classer dans le bon ordre avant de les charger dans le coffre de la minifourgonnette. Je partais ensuite pour les livrer aux adresses inscrites à mon itinéraire. 

Dans l’entrepôt où sont empilées des montagnes de boîtes, c’était un peu le rush chaque matin. Dans un mélange de tension et d’entraide, des chauffeurs aux origines très diverses se croisent: j’entends parler français, anglais, espagnol, arabe. Un livreur originaire de Cuba, auparavant chauffeur pour Uber, me confie: «C’est pour ça qu’il est super riche, l’autre [Jeff Bezos, le PDG d’Amazon]. Il n'emploie que des immigrés sous-payés!»

Combien j’ai gagné?     

Pendant mes 11 jours de travail, j’étais payé à la commission. Environ 1,50$ par colis livré. Les plus grosses journées peuvent rapporter gros, jusqu’à 230$ dans mon cas. Mais le temps passé à trier et à charger les boîtes n'est pas rémunéré.

Pour les livreurs, le temps, c’est donc de l’argent. Pour gagner plus, il faut optimiser son temps au maximum, quitte à prendre des risques sur la route. Dans mon cas, l’argent gagné a été reversé à un organisme de charité. 

Quelle charge de travail?       

Les deux semaines de ma mission sont allées en crescendo. Au départ, j’avais une cinquantaine de colis à livrer par jour, avant d’atteindre un pic à 130 colis par jour en moyenne. 

Ma journée record? Environ 160 colis, livrés entre 8h et 21h30. Il faut dire que, pendant le temps des Fêtes, 12 000 à 13 000 colis arrivent chaque jour à la centrale: ce serait quatre fois plus que d’habitude, m'a-t-on dit. 

Comment améliorer le quotidien des chauffeurs?       

Au cours de ma mission, j’ai travaillé 11 jours entrecoupés d’une journée de repos. Mes employeurs ont été bienveillants en m’accordant un jour de repos, de manière à ce que je reste performant et alerte sur la route. Cependant, rien ne garantit des conditions de travail correctes aux livreurs qui ne sont pas syndiqués, comme plusieurs à la centrale où j'ai travaillé. 

En 2018, des livreurs de Toronto avaient tenté de se syndiquer et s'étaient butés à un refus d’Amazon. Il est d’ailleurs dans les habitudes de l’entreprise de recourir à des sous-traitants.

Comme dans d’autres secteurs, la pénurie de main-d'œuvre fragilise les conditions de travail: lors de mon incursion, on m’a parlé de 80 chauffeurs manquants, seulement pour cette centrale à cette période-clé de l’année.  

Il faut finalement rappeler que le consommateur a aussi son rôle à jouer pour faciliter la vie des livreurs et de ceux qui travaillent en première ligne: par exemple, en regroupant tous ses achats dans une même commande. 


Pour en savoir plus sur le fonctionnement de l’entreprise, vous pouvez visionner L’envers d’Amazon, le documentaire de mes collègues Dominique Cambron-Goulet et Laurence Mathieu-Léger, sur Club Illico.

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