Érosion aux îles de la Madeleine: les changements climatiques sont déjà dans la cour des habitants | 24 heures
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Érosion aux îles de la Madeleine: les changements climatiques sont déjà dans la cour des habitants

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À cause des changements climatiques, l’érosion côtière s’accélère aux îles de la Madeleine. Des routes n’existent plus, des maisons doivent être déplacées; le Québec perd peu à peu son joyau, et les Madelinots s’organisent comme ils le peuvent, entre sensibilisation et travaux. 

«Ça s’empire», lâche Michel Arseneault, du haut des falaises de grès rouge qui lui servent d’arrière-cour.  

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Celles-ci sont facilement reconnaissables en photo et font la renommée du coin. Mais peut-être plus pour longtemps: le magazine Time a classé les Îles dans son top-10 des destinations «à visiter avant qu’elles ne disparaissent». 

Michel constate effectivement que son arrière-cour se fait rapidement grignoter. Il est revenu sur son archipel natal dans les années 1970 et, depuis, il a perdu jusqu’à 20 mètres de terrain à certains endroits.  

L'érosion gruge les côtes des îles de la Madeleine.

Jérôme Hot

L'érosion gruge les côtes des îles de la Madeleine.

Hivers sans glace            

«Les tempêtes sont plus intenses, plus fréquentes, observe l'habitant de la Belle-Anse. Les hivers sans glace, c’est probablement le pire. Avant, le golfe gelait de décembre à avril. Cet hiver, on n’a pas eu un morceau de glace», relate-t-il. 

Pourquoi ça dérange? Parce que, sans la glace, qui protège normalement les côtes, celles-ci sont directement exposées aux courants marins, qui peuvent creuser la roche.  

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Pas besoin d’être un spécialiste pour se rendre compte du problème: il n’y a qu’à ouvrir les yeux quand on se promène sur le territoire pour constater les dégâts. À plusieurs endroits, on distingue d’anciennes routes ou sentiers qui ne sont plus utilisés puisqu’une partie est tombée dans l’eau.  

«Il y avait un chemin que je prenais en autobus quand j’étais au primaire et, maintenant, ce chemin n’existe plus», raconte Catherine Jomphe, chargée de projet pour Attention FragÎles, un organisme qui protège l’environnement des Îles. 

Catherine Jomphe, de l'organisme Attention FragÎles

Jérôme Hot

Catherine Jomphe, de l'organisme Attention FragÎles

Comme elle, chacun des 12 000 habitants de l’archipel semble avoir une anecdote à propos de l’érosion, qui devient un fardeau à gérer pour les pouvoirs publics. 

Solidifier les falaises            

Des travaux sont prévus pour 2022 dans des zones urbaines critiques. À Cap-aux-Meules, on va solidifier une falaise proche de commerces, d’un hôpital, d’un cimetière et d’une station d’épuration. À La Grave, où des commerces bordent la mer, on va bâtir une sorte de muret pour briser les vagues et limiter le risque que l’eau monte jusqu’aux bâtiments.  

Des travaux doivent être faits pour protéger la côte à proximité de commerces.

Jérôme Hot

Des travaux doivent être faits pour protéger la côte à proximité de commerces.

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Les travaux vont coûter environ 15 millions de dollars, financés par plusieurs ministères et à 20% par la municipalité. 

«Les budgets ne sont pas là, regrette le maire, Jonathan Lapierre, qui dit être écouté en haut lieu sans pour autant obtenir les fonds nécessaires. Cette année, on aurait eu besoin de 50 millions pour les Îles», estime-t-il.  

«Plus on attend, plus ça va coûter cher»            

C’est que ça urge, explique Jonathan Lapierre, dont la mairie a engagé un conseiller en changements climatiques. 

«Plus on attend avant d’attaquer la problématique de front, plus elle va coûter cher et plus on a des portions de territoire qui vont disparaître à tout jamais.» 

Jérôme Hot

Les jeunes amoureux des Îles sont aussi en colère. À 17 ans, Flavie Albert a déjà eu le temps de voir des paysages de son enfance changer. L’étudiante, installée à Havre-Aubert depuis le début de la pandémie, a réalisé un documentaire sur le sujet, en autodidacte. 

«C’était un cri du cœur et une grande colère», explique celle qui en veut aux gouvernements de ne pas être assez proactifs.


Pourquoi le réchauffement climatique empire-t-il l’érosion?            

L’érosion est un phénomène naturel, mais le réchauffement climatique l’amplifie:           

  • Il n’y a pratiquement plus de glace autour des Îles l’hiver, donc l’eau arrive directement sur les côtes et creuse la roche. Avant, la glace protégeait la côte pendant plusieurs mois chaque année.             
  • Lorsque la glace fond, les eaux montent. Le niveau a augmenté de 4,3 mm par an depuis les années 1960, selon le laboratoire d’observation de l’érosion de l’UQAR. Cette montée des eaux augmente le risque de submersion des terres les plus basses.                       

Les îles de la Madeleine se sont réchauffées de 2,3 degrés Celsius au cours du 19e siècle, soit deux fois la moyenne mondiale, rapportait en 2019 le Washington Post.


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