Tombes anonymes retrouvées près d'un pensionnat autochtone : enquête réclamée pour ce «génocide» | 24 heures
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Tombes anonymes retrouvées près d'un pensionnat autochtone : enquête réclamée pour ce «génocide»

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Une enquête complète a été réclamée jeudi par les leaders autochtones après l’annonce de la découverte de 751 tombes anonymes sur le site d’un ancien pensionnat en Saskatchewan. 

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«C’est juste le début et nous ne nous arrêterons pas avant de les voir tous trouvés», a soutenu jeudi au cours d’un point de presse le chef de la Fédération des nations autochtones souveraines (FSIN) qui a notamment a demandé la tenue d’une enquête pour faire le point sur ce qu’il a qualifié de «génocide».

La veille, son organisation a créé une onde de choc au Canada et même dans le monde en annonçant que des centaines de corps avaient été retrouvés sur site de l'ancien pensionnat de Marieval, en activité de 1899 à 1997.

Facebook / Cowessess First Nation

C’est le 1er juin dernier que des recherches ont commencé sur le site de l’institution fréquentée par les membres de la Première Nation de Cowessess, dans le sud de la Saskatchewan.

«Il y a sans doute plus de 600 personnes qui sont ensevelies», a fait savoir le chef de la communauté de Cowessess, Cadmus Delorme, précisant qu’une meilleure estimation sera faite au cours des prochaines semaines.

Au cours de son point de presse, ce dernier a dit que 751 tombes anonymes ont été trouvées sur le site de l'ancien pensionnat de Marieval, mais a précisé qu'il n’était pas possible de confirmer que toutes les tombes anonymes contiennent des enfants.

Selon le chef, l'Église catholique a enlevé les pierres tombales dans les années 60 ce qui fait en sorte que plusieurs des tombes sont anonymes. «Nous allons identifier toutes les personnes que nous pourrons», a-t-il toutefois assuré.

Le chef Delorme a aussi clairement fait savoir que «le pape doit s’excuser».

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Réactions des politiciens 

La nouvelle a suscité de fortes réactions du côté des dirigeants politiques.

«Ils nous ont quittés, mais nous allons honorer leur mémoire et dire la vérité sur ces injustices», a soutenu le premier ministre Justin Trudeau.

Justin Trudeau

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Justin Trudeau

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«Aucun enfant n’aurait dû passer ses derniers instants dans un endroit où il vivait dans la peur, sans jamais revoir ses proches. Et aucune famille n’aurait dû être privée des rires et de la joie de ses enfants qui s’amusent, et de la fierté de les voir grandir au sein de leur communauté», a-t-il ajouté.

«Les découvertes faites à Marieval et à Kamloops font partie d’une tragédie plus vaste. Elles rappellent de manière honteuse le racisme, la discrimination et l’injustice systémiques auxquels les peuples autochtones ont été – et sont toujours – confrontés dans ce pays», a ajouté M. Trudeau, estimant qu’il fallait «tirer les leçons de notre passé et avancer sur le chemin commun de la réconciliation».

De son côté, le chef conservateur, Erin O’Toole, a assuré que «les conservateurs du Canada reconnaissent le profond chagrin et le deuil que vivent actuellement tous les peuples des Premières nations, ainsi que les survivants des pensionnats autochtones».

Erin O'Toole

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Erin O'Toole

«Cette découverte est un sombre rappel qu’il reste encore beaucoup de travail à faire pour remédier aux effets dévastateurs et néfastes que les pensionnats autochtones ont provoqué chez de nombreux survivants», a-t-il ajouté dans un communiqué.

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En entrevue à LCN, le chef néodémocrate Jagmeet Singh a plaidé pour la mise en oeuvre du plan d’action de la Commission de vérité et réconciliation du Canada. Il a aussi réclamé des actions concrètes regrettant que le fédéral poursuive des batailles juridiques contre les enfants autochtones.

Jagmeet Singh

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Jagmeet Singh

«La déjà trop longue séquence de découvertes si tristes, de deuils lourds et sombres, ne devra jamais émousser notre compassion, notre solidarité et notre désir de vérité et de justice. Mes pensées vont vers nos soeurs et nos frères autochtones de Marieval», a indiqué pour sa part le chef bloquiste Yves-François Blanchet.

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Yves-François Blanchet

Photo d'archives, AGENCE QMI

Yves-François Blanchet

«C’est déchirant de penser qu’autant d’enfants aient perdu la vie après avoir été séparés de leur famille», a soutenu pour sa part le premier ministre de la Saskatchewan, Scott Moe, qui a dit avoir offert la collaboration de son administration à la communauté éplorée.

Pas surprenant 

De son côté, le chef de l’Assemblée des Premières Nations, Perry Bellegarde, a qualifié la nouvelle comme étant «absolument tragique, mais pas surprenante». Il a exhorté «tous les Canadiens à soutenir les Premières Nations en cette période extrêmement difficile et émouvante».

Perry Bellegarde

Photo Archives Agence QMI, Émilie Bergeron

Perry Bellegarde

Pour rappel, quelque 150 000 enfants ont fréquenté les pensionnats autochtones à travers le pays. Certains de ces établissements servent aujourd’hui de lieux de mémoire et de célébration de la culture autochtone, d’éducation, mais plusieurs sont abandonnés.

Lundi, les élus de la Chambre des communes ont appuyé une motion du Bloc québécois exigeant que le fédéral finance l’identification des sites de pensionnats autochtones et enquête sur la présence d’autres dépouilles d’enfants à travers le pays.

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