Violence conjugale: le plus pressant de tous les déménagements | 24 heures
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Violence conjugale: le plus pressant de tous les déménagements

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Photomontage Julie Verville

Alors que le Québec enregistre son 13e féminicide en six mois, un organisme propose de déménager les victimes de violence conjugale de manière gratuite et sécuritaire. Une solution qui peut faire toute la différence pour ces femmes. 

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C’est justement pour éviter qu’une femme de plus se retrouve sur cette liste qu’existe l’OBNL Transit Secours (Shelter Movers). Fondé en 2016, il est le seul à offrir des services du genre dans quelques villes au Canada, dont Montréal depuis septembre 2020. 

C’est lorsqu’elle a perdu sa mère, assassinée par son conjoint en 2016, que Geneviève Caumartin a décidé de mettre sur pied le chapitre montréalais de Transit Secours.  

«Je trouvais qu’il manquait un service de la sorte dans la région de Montréal. Si un tel organisme avait existé à l’époque où ma mère vivait de la violence conjugale, qui lui aurait permis de partir en sécurité sans être obligée de tout laisser derrière elle, ce qui lui est arrivé aurait pu être évité», relate la directrice générale.  

Briser le cercle de la violence  

Le fait de déménager ses biens représente une étape importante permettant, bien souvent, de briser le cercle de la violence, soutient Geneviève Caumartin. La gratuité du service est d’ailleurs un aspect important de Transit Secours, alors que les coûts du déménagement sont une source de stress pour les survivantes qui peuvent parfois les empêcher de se sortir une fois pour toutes de leur milieu. 

Les bénévoles de Transit Secours aident les victimes de violence conjugale à déménager gratuitement.

Courtoisie

Les bénévoles de Transit Secours aident les victimes de violence conjugale à déménager gratuitement.

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«Le fait de partir avec ses choses a une plus grande signification que de se sauver sans rien apporter. C’est une décision qu’elles ont prise, elles détiennent ce pouvoir sur les événements, qui va influencer le fait qu’elles quittent définitivement la relation», indique la directrice générale. 

Après avoir évalué la quantité de biens et le niveau de danger associé à la situation, l’organisme se charge de toute la logistique entourant le déménagement, que ce soit la location de camion, le recrutement de bénévoles ou pour assurer la présence d’un agent de sécurité ou de policiers si l’agresseur se trouve sur les lieux ou si le risque pour la survivante est élevé. Les biens sont ensuite entreposés si elle va dans une maison d’hébergement, et peuvent être déménagés une seconde fois lorsqu’elle trouve son logement. 

Explosion de demandes  

En près de 10 mois d’activité, Transit Secours a aidé environ 65 survivantes et réalisé 85 déménagements à Montréal. 

Les bénévoles de Transit Secours aident les victimes de violence conjugale à déménager.

Courtoisie

Les bénévoles de Transit Secours aident les victimes de violence conjugale à déménager.

Normalement, en l’espace de 4 à 5 jours après la demande initiale, formulée par un intervenant, un professionnel de la santé ou un policier, Transit Secours s’affaire à déménager la survivante. Geneviève Caumartin aimerait pouvoir intervenir en 24 à 48 heures. 

Or, les délais sont actuellement beaucoup plus longs, car l’arrivée du 1er juillet a fait exploser les demandes auprès de l’organisme, si bien qu’il affiche complet jusqu’au mois d’août. Mais c’est aussi parce qu’il manque de bras et de sous.  

«Déjà, juin est notre plus gros mois. Ça ne fait que quelque mois qu’on est en service, on est encore en train de construire notre équipe. On cherche des solutions, mais ce n’est pas super évident. Même nos partenaires déménageurs ne sont pas en mesure de nous aider», explique Geneviève Caumartin. 

Si la crise du logement n’affecte pas directement les activités de Transit Secours, c’est plutôt chez les survivantes que les effets se font ressentir. «Les femmes peuvent passer plus de temps en maison d’hébergement parce qu’elles ne trouvent pas de logements abordables», confirme-t-elle. 

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La pandémie empire les choses 

À travers le réseau de Transit Secours, les demandes de déménagement ont augmenté 30% depuis le début de la pandémie, soutient Geneviève Caumartin. 

Elle ajoute que le déconfinement a contribué à la hausse de l’intensité de la violence conjugale et du nombre de féminicides observés ces derniers mois. 

En effet, la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes expliquait en mars dernier que le déconfinement représente «une perte d’emprise [sur les femmes violentées] potentiellement dangereuse» pour leurs agresseurs. C’est que le confinement permettait à ces derniers de garder contrôle «tous les jours en tout temps» sur leur victime. 

Si vous avez besoin d’aide  

Contactez SOS violence conjugale par téléphone au 1 800 363-9010, par texto au 438 601-1211 ou visitez sosviolenceconjugale.ca.  

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