L'assassinat de Jovenel Moïse ébranle les Haïtiens du Québec | 24 heures
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L'assassinat de Jovenel Moïse ébranle les Haïtiens du Québec

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AFP

Les Québécois d’origine haïtienne ont appris avec stupéfaction, mercredi, l’assassinat du président d'Haïti, Jovenel Moïse. Certains d’entre eux craignent que le tissu politique en Haïti, déjà fragile, ne se déchire.

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«L’assassinat du président haïtien représente une menace à la stabilité fragile du pays», a écrit la cheffe du Parti libéral, Dominique Anglade, sur son compte Twitter, en matinée. 

Née de parents haïtiens, l’élue de l’opposition officielle a passé une partie de son enfance sur l’île, au sortir du régime de Bébé Doc. Elle craint un retour au déséquilibre démocratique qui ébranle Haïti depuis plus d’un demi-siècle. 

Le député libéral Frantz Benjamin a ressenti un «grand choc» en lisant les nouvelles ce matin. Tout comme ses commettants dans la circonscription de Viau, où est établie une bonne part de la diaspora haïtienne à Montréal.  

Frantz Benjamin

Photo Archives Agence QMI / Steve Madden

Frantz Benjamin

«Depuis quelques heures, je reçois beaucoup d’appels. Il y a beaucoup de tristesse. Personne, ou presque, n’a connu ce genre de crime horrible», a observé l’élu, qui a grandi en Haïti avant d’arriver à Montréal dans les années 1980. 

«À qui profite ce crime-là? Définitivement pas au peuple haïtien», a-t-il dit. 

La ministre des Relations internationales, Nadine Girault, est passée par les réseaux sociaux, mercredi, pour condamner un «acte de violence odieux». «Le Québec est de tout cœur et aux côtés d’Haïti», a-t-elle souligné. 

Nadine Girault

Photo Archives / Capture d'écran du site de l'Assemblée nationale

Nadine Girault

Dominique Anglade «souhaite de tout cœur qu’une solution pacifique émerge de cet événement».  

Le pays n’en est d’ailleurs pas à sa première crise, lui qui a vécu une série de régimes autocrates à travers les années. Depuis l’arrivée au pouvoir de Jovenel Moïse, les contestations s’y sont multipliées, notamment en raison de la hausse des prix du carburant. La pandémie, elle, continue de sévir. 

Les prochaines semaines seront critiques pour Haïti, selon Frantz Benjamin. «Il faut à tout prix éviter que tout ça ne débouche sur, encore, une recrudescence de la violence. Lorsqu’on connaît toutes les crises que traverse Haïti actuellement», a-t-il indiqué. 

«La lumière au bout du tunnel s’est assombrie»  

À l’instar des élus du Parlement, la communauté haïtienne au Québec est sous le choc et surprise de cet acte «d’une violence inouïe». Mais surtout, elle s’inquiète de ce qui attend le peuple haïtien dans les prochaines semaines. 

«Déjà que la situation là-bas est chaotique, ça ne fait que l’empirer. Et ça se fait dans l’horreur, en plus», a indiqué Marjorie Villefranche, directrice générale de l’organisme La Maison d’Haïti, dont la mission vise à favoriser l’intégration et l’amélioration des conditions de vie des personnes d’origines haïtienne, afrodescendantes et immigrantes au Québec. 

Marjorie Villefranche

Photo Archives Agence QMI / Joël Lemay

Marjorie Villefranche

Journaliste indépendante basée à Jacmel, en Haïti, Josianne Desjardins a affirmé ce matin au micro de QUB radio que l’assassinat de Jovenel Moïse n’est «rien pour rassurer les gens». «On a beaucoup de questionnements. Le mystère reste entier sur comment vont se dérouler les prochains jours», a-t-elle précisé. 

L’ambiance qui règne au pays est teintée de cynisme et de désespoir, mais pas de tristesse, a relaté Marie Dimanche, artiste et militante haïtienne. «Il y a quelque part une espèce de soulagement que cet homme-là soit mort, que la population haïtienne en soit enfin débarrassée. Mais le désespoir est profond. Personne ne croit que la suite de cet événement-là sera positive.» 

Marie Dimanche

Gabriel Beauchemin/24 heures/Agence QMI

Marie Dimanche

Or, le fait que ce ne soit pas le peuple haïtien qui soit parvenu à destituer Jovenel Moïse ne laisse présager rien de bon pour lui, a-t-elle ajouté. «Les personnes qui ont commandité cet assassinat ne sont pas le peuple haïtien et ne sont pas nécessairement au service des intérêts du peuple. Ce qu’il faut, ce n’est pas la mort du dictateur, mais bien un plan d’avenir pour aider le peuple à se sortir de l’enfer qu’il vit depuis si longtemps.» 

«On ne voit pas trop la lumière au bout du tunnel en ce moment, on dirait même qu’elle s’est assombrie», a-t-elle résumé à propos de l’instabilité politique chronique d’Haïti. 

Un chaos volontaire  

Selon l’ex-ministre des Affaires étrangères d’Haïti Charles David, établi depuis de nombreuses années au Québec, Jovenel Moïse voulait le «véritable chaos» régnant au pays. «Depuis deux ans, il gouvernait de façon quasi-dictatoriale. Il n’y avait plus de parlement, plus d’institutions», a-t-il enchaîné, soulignant le caractère extrêmement complexe de la situation. 

Alain St-Victor, porte-parole pour la Coalition haïtienne au Canada contre la dictature en Haïti (CHCDH), qui réclame depuis plusieurs années la démission de Jovenel Moïse, craint que son assassinat mette en péril la tenue d’élections d’ici la fin de l’année, comme il était prévu.  

«Le premier ministre dit que les élections auront toujours lieu, mais ça m’étonnerait beaucoup parce qu’il n’a pas les moyens de sa politique. C’est un premier ministre de facto, qui n’a pas été ratifié par le Parlement [car il n’est pas fonctionnel], et tout ça est inconstitutionnel.» 

– Avec la collaboration d’Alex Proteau

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