Voici tout ce qu’il faut savoir sur les manifestations historiques à Cuba | 24 heures
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Voici tout ce qu’il faut savoir sur les manifestations historiques à Cuba

Image principale de l'article Manifs historiques à Cuba: ce qu'il faut savoir
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Des manifestations historiques, d’une ampleur inédite depuis la révolution de 1959, ont secoué Cuba dimanche: derrière cette mobilisation, qui a pris par surprise les autorités, plusieurs facteurs dont la crise économique, la pandémie et l’effet d’internet. Voici tout ce qu’il faut savoir pour comprendre la situation à Cuba.

Quel rôle ont joué le Venezuela et les États-Unis?

Déjà en crise économique avant l’arrivée de la pandémie de coronavirus sur l’île, en mars 2020, deux facteurs principaux ont aggravé la situation à Cuba: le naufrage économique du Venezuela, son principal soutien, et le renforcement de l’embargo par Donald Trump (2017-2021), qui a appliqué 243 sanctions supplémentaires.

Suspension du service Western Union – le plus utilisé par les Cubains pour recevoir de l’argent de l’étranger –, interdiction aux navires de croisière américains de faire escale sur l’île, application du titre 3 de la loi Helms-Burton qui a fait fuir nombre d’investisseurs et de banques: les habitants comme le gouvernement ont vite pâti de ces mesures.

Joe Biden n’a pour l’instant pas fait marche arrière sur cette politique.

Le président américain a d’ailleurs appelé lundi «le régime cubain à entendre son peuple» et son «appel vibrant à la liberté», en se gardant de toute «violence» contre les manifestants.

Joe Biden

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Joe Biden

«Nous appelons le gouvernement cubain à se garder de toute violence et de toute tentative de réduire au silence le peuple de Cuba», a dit Joe Biden, en marge d’une réunion à la Maison-Blanche, consacrée entre autres au problème des armes à feu aux États-Unis.

«Nous nous tenons aux côtés du peuple cubain et de son appel vibrant à la liberté ainsi qu’à être délivré de la dramatique emprise de la pandémie et des décennies de répression et de souffrance économique imposées par le régime autoritaire» de Cuba, avait affirmé, un peu plus tôt, le président démocrate, dans un communiqué.

La pandémie n’aide pas  

À cela s’est ajouté l’effet de la pandémie, qui a privé le pays des précieuses devises du tourisme, l’une de ses principales sources de revenus.

L’économie cubaine, déjà handicapée par la lenteur des réformes et les lourdeurs administratives de son système socialiste, a vu son PIB chuter de 10,9% en 2020, son pire recul depuis 1993.

Les files d’attente se sont considérablement allongées, alors que s’aggravaient les pénuries d’aliments et de médicaments.

Le gouvernement, en manque de devises, a ouvert plusieurs centaines de magasins en dollars américains, une monnaie que les habitants reçoivent de leurs familles à l’étranger ou doivent acheter sur le marché noir, les banques cubaines ne la délivrant pas.

Privés d’électricité pendant des heures  

Ses difficultés économiques et plusieurs pannes de centrales l’ont aussi poussé à couper l’électricité plusieurs heures par jour, de quoi irriter la population en plein été tropical.

Autre source de friction: la réforme d’unification monétaire entrée en vigueur le 1er janvier, qui s’est certes accompagnée d’une forte hausse des salaires, mais insuffisante face à l’inflation galopante, attendue entre 400 et 500% cette année.

L’internet mobile comme outil de mobilisation  

Quel effet a eu internet? L’arrivée de l’internet mobile fin 2018 a offert à la société civile, surtout les jeunes, une capacité de mobilisation qui a surpris le gouvernement.

Grâce aux réseaux sociaux, les Cubains se sont ainsi organisés pour apporter de l’aide aux sinistrés de la tornade qui a frappé La Havane en janvier 2019.

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Mais internet a aussi permis à plusieurs centaines d’artistes de manifester pendant une dizaine d’heures face au ministère de la Culture, le 27 novembre 2020, pour exiger plus de liberté d’expression.

Les manifestations de dimanche ont ainsi été largement diffusées sur les réseaux sociaux, provoquant un effet de contagion à travers le pays... et poussant les autorités à couper l’accès à l’internet mobile.

Des changements exigés  

Quatre ans et demi après la mort de Fidel Castro et trois mois après le départ du pouvoir de son frère Raul, beaucoup de Cubains, principalement de la jeune génération, veulent quelques changements.

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Ils sont ainsi nombreux à réclamer au président et chef du Parti communiste (PCC, unique) Miguel Diaz-Canel un espace pour d’autres formes de pensée et un dialogue entre différentes opinions. Ce qui génère des tensions politiques avec les partisans révolutionnaires, déterminés à défendre à tout prix l’héritage de Fidel.

Au-delà de ces revendications politiques, les Cubains veulent aussi un meilleur quotidien et plus de libertés économiques pour entreprendre, dans ce pays où l’ouverture au secteur privé avance à petits pas.

Le Canada appelle au dialogue pacifique  

«Préoccupé» par la situation à Cuba, le Canada «suit la situation de près» et appelle au «dialogue pacifique et inclusif» entre le gouvernement communiste et ses opposants, même si ces derniers n’ont pas de structure politique officielle.

«Le Canada soutient le droit à la liberté d’expression et de réunion et demande à toutes les parties de respecter ce droit fondamental», a-t-on fait savoir dans une déclaration transmise à l’Agence QMI.

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