Saga Sue Montgomery: comment la chicane dans CDN-NDG influencera les élections | 24 heures
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Saga Sue Montgomery: comment la chicane dans CDN-NDG influencera les élections

Image principale de l'article La chicane influencera-t-elle les élections?
Illustration Marilyne Houde

Ce n’est une surprise pour personne: les citoyens de toutes les villes et municipalités du Québec sont appelés aux urnes le 7 novembre prochain pour élire leurs représentants au palier municipal. Et dans Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce, la lutte s’annonce féroce, ne serait-ce qu’en raison de la chicane – et de la saga judiciaire qui en a découlé – qui s’y déroule depuis 2019. Et cela risque d’avoir des conséquences sur le résultat du scrutin.

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Mais ce n’est pas tant la chicane entre la mairesse d’arrondissement, Sue Montgomery, et la mairesse de Montréal, Valérie Plante, qui fera changer l’opinion des électeurs. Ce sont plutôt les manquements dont Mme Montgomery a été reconnue coupable qui auront un certain poids dans la balance, explique Danielle Pilette, professeure à l’UQAM et spécialiste de la politique municipale.

«Elle a été [reconnue] coupable d’une dizaine d’infractions par la Commission municipale du Québec [CMQ], qui est quand même un organisme neutre. Et les citoyens risquent d’y être sensibles, parce que ce sont des manquements à l’éthique et à la déontologie pour lesquels elle recevra une sanction», affirme-t-elle.

L’experte ajoute que les électeurs s’attendent à ce que leurs élus rendent des comptes, une chose que Sue Montgomery refuse de faire, tant envers la ville-centre qu’envers le contrôleur général et la CMQ. «C’est un cumul qui devient gênant», souligne Mme Pilette.

Pour rappel, Sue Montgomery a été reconnue coupable de 11 manquements, notamment d’avoir harcelé deux employés de l’arrondissement, d’avoir manqué de respect au contrôleur général de la Ville et de s’être placée en position de conflit d’intérêts en séance de conseil d’arrondissement. Elle a cependant été disculpée des 17 autres accusations dont elle faisait l'objet. 

Qui lance son chapeau dans l’arène?  

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D’abord, la principale intéressée. Après avoir été exclue de Projet Montréal, le parti de la mairesse Valérie Plante, Sue Montgomery a décidé de fonder son propre parti, Courage – Équipe Sue Montgomery. Annalisa Harris, sa directrice de cabinet, qui se trouve aussi au cœur du litige, se présente d’ailleurs au poste de conseillère du district de Loyola, aux côtés de Mme Montgomery.

Lionel Perez

Joël Lemay / Agence QMI

Lionel Perez

L’ancien chef par intérim d’Ensemble Montréal, Lionel Perez, se présente également au poste de maire de CDN-NDG. 

Du côté de Projet Montréal, on ne sait toujours pas qui tentera de s’y faire élire. Chose certaine, ce devra être «soit un vétéran respecté ou un jeune candidat ou une jeune candidate qui promet» pour espérer remporter l’arrondissement, indique Danielle Pilette.

Quant aux autres partis qui visent la mairie de Montréal, Action Montréal propose la candidature de Caroline Orchard au poste de mairesse d’arrondissement de CDN-NDG et Mouvement Montréal mise sur Matthew Kerr. Ralliement pour Montréal n’a pas encore dévoilé de candidat.

Alexander Montagano

Photo Andrea Lubeck

Alexander Montagano

Enfin, un autre parti spécifique à l’arrondissement, Équipe CDN-NDG Team, présente Alexander Montagano comme aspirant à la mairie.

La lutte s’annonce chaude dans l’arrondissement, note Danielle Pilette. «Sue Montgomery va probablement capter la partie des votes qui est très localiste, qui désire une meilleure autonomie des arrondissements. Et l’autre partie des votes préfère voir CDN-NDG comme une extension du centre-ville, avec un pouvoir central plus important, donc. Dans cette perspective, Ensemble Montréal se voit avantagé.»

Dans tous les cas, Projet Montréal et Valérie Plante sont ceux qui souffriront le plus de la situation, parce que cette dernière n’a pas été en mesure de régler en amont la situation avec Mme Montgomery, croit la professeure.

La chicane expliquée  

Tout a commencé à la fin 2019, quand la directrice de cabinet de la mairesse d’arrondissement, Annalisa Harris, a été visée par des allégations de harcèlement psychologique et d’installation d’un climat «malsain» au sein de l’arrondissement, dans le cadre d’une enquête du contrôleur général. Plusieurs sources ont confié à TVA Nouvelles qu’elle aurait eu un comportement «autoritaire» et «contrôlant» envers le personnel administratif et politique de l’arrondissement. 

Annalisa Harris

PHOTO D'ARCHIVES, AGENCE QMI

Annalisa Harris

Après qu’on lui eut lu les conclusions du rapport, Sue Montgomery a refusé de congédier sa directrice de cabinet sous prétexte qu'elle n'avait pas vu les preuves. Elle a aussi réaffirmé sa «[pleine] confiance» en Annalisa Harris.

Ce soutien de la part de Mme Montgomery lui a valu d’être exclue du caucus de Projet Montréal en janvier 2020. Dès lors, les déclarations publiques acrimonieuses entre Sue Montgomery et la mairesse Valérie Plante sont devenues monnaie courante. 

Au cours des six mois suivants, Sue Montgomery a tenté par quatre fois de suspendre le directeur de l’arrondissement, Stéphane Plante, pour divers motifs. On sait maintenant que c'est l’un des employés qui auraient subi du harcèlement de la part d’Annalisa Harris. Ces décisions ont toutes été infirmées par le conseil municipal.

Début de la saga judiciaire  

La saga judiciaire a débuté en février 2020, lorsque Sue Montgomery a fait parvenir une première mise en demeure au contrôleur général, Me Alain Bond, pour obtenir une copie papier intégrale de son rapport d’enquête. 

Parallèlement, la Ville de Montréal a fait parvenir une mise en demeure à la mairesse d’arrondissement, alléguant qu’elle avait tenu des propos diffamatoires et lui demandant de se rétracter. La Ville s’était aussi adressée à la Cour pour empêcher Annalisa Harris d’avoir des contacts avec les fonctionnaires de l’arrondissement.

Quelques jours plus tard, le contrôleur général a, à son tour, déposé une plainte contre Sue Montgomery à la Commission municipale du Québec (CMQ). Il soutenait que Mme Montgomery avait l’obligation juridique d’agir en donnant suite aux recommandations de l’enquête sur le climat de travail.

Une victoire pour Sue Montgomery...  

Après avoir été déboutée, Sue Montgomery a remporté une première manche: en décembre 2020, la Cour supérieure du Québec lui a donné raison, en partie. Le juge lui a accordé le droit d’accéder au rapport et a forcé Montréal à annuler la directive selon laquelle la directrice de cabinet ne pouvait pas avoir de contacts avec les employés de l’arrondissement. Les deux parties se sont toutefois fait reprocher d’avoir exagéré dans le dossier.

Valérie Plante

Joël Lemay / Agence QMI

Valérie Plante

La Ville de Montréal n’a pas voulu faire appel de la décision. En réaction, on s’est contenté de dire que le jugement confirmait «l’existence d’un climat de travail malsain dans l’arrondissement, et le rôle de Mme Montgomery dans l’établissement de celui-ci».

... Et un revers  

Mais voilà que, le 28 juin dernier, la Commission municipale du Québec a déclaré Sue Montgomery coupable de 11 des 28 manquements éthiques dont elle était accusée. Au moment d’écrire ces lignes, on attend toujours la décision quant à la sanction que recevra Sue Montgomery, mais elle fera vraisemblablement face à une suspension.

Et entre ces deux décisions, de nombreux autres recours judiciaires ont vu le jour. Plus récemment, Sue Montgomery et Annalisa Harris ont toutes deux poursuivi Valérie Plante pour atteinte à la réputation et diffamation.

– Avec l’Agence QMI

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