Il pourrait bientôt y avoir plus de pesticides dans certains de nos aliments: voici ce que vous devez savoir | 24 heures
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Il pourrait bientôt y avoir plus de pesticides dans certains de nos aliments: voici ce que vous devez savoir

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AFP

Haricots, blé, avoine et pois: plusieurs produits que l'on mange couramment pourraient contenir plus de glyphosate dans les prochaines années, ce qui soulève des préoccupations pour l'environnement, la santé et les producteurs locaux.

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Santé Canada propose de doubler, même tripler la tolérance de la concentration des résidus de glyphosate, un pesticide fréquemment utilisé dans la culture de certaines denrées alimentaires. Les Canadiens ont jusqu'à mardi pour donner leur opinion à ce propos à Santé Canada.

Pour l’avoine, la tolérance passerait de 15 à 35 parties par millions (ppm). Pour le blé, ce serait de 5 à 15. Les lentilles et l’orge verraient aussi leur limite maximale augmenter.

Selon un article de Radio-Canada, le but est de permettre «l'importation et la vente d’aliments contenant ces résidus».

Pour fixer la nouvelle limite, Santé Canada se fierait à des données d'organismes externes. Par exemple, pour les haricots et les lentilles, il s'agirait d'une recommandation faite en 2019 lors d'une réunion conjointe de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation, rapporte Radio-Canada. 

Le glyphosate est un herbicide étiqueté «cancérigène probable» par l’OMS en 2015. Il est notamment à la base du fameux Roundup. 

Inquiétant pour les producteurs locaux 

Louise Héneault-Éthier (à droite)

Photo collaboration spéciale, Albert Mondor

Louise Héneault-Éthier (à droite)

La professeure à l’Institut national de recherche scientifique (INRS) Louise Hénault-Éthier croit que l'idée d'autoriser la hausse de concentration de glyphosate dans les aliments canadiens est motivée par certaines industries agroalimentaires.

«Ce sont des denrées importantes dans notre diète et dans notre production agricole. Pourquoi vouloir élargir des produits qui contiendraient plus de glyphosate que dans ce qu’on pourrait retrouver dans nos produits canadiens?» se questionne la professeure.

«Ça veut dire qu’on voudrait élargir les marchés à l’importation. Ce n’est pas nécessairement avantageux pour nos producteurs locaux», enchaîne-t-elle.

Louise Hénault-Éthier croit aussi que le fait d'augmenter cette tolérance pourrait même restreindre certains marchés étrangers. Selon elle, cette mesure s’inscrit donc «à contre-courant» par rapport à d'autres pays qui revoient actuellement à la baisse l'utilisation du glyphosate. 

Conséquences sur les humains 

Claudel Pétrin-Desrosiers

Dominick Gravel/Agence QMI

Claudel Pétrin-Desrosiers

De son côté, la présidente de l’Association québécoise des médecins pour l’environnement, la Dre Claudel Pétrin-Desrosiers, ne voit pas d'un bon œil cette hausse. «Même si on ne dépasse pas les seuils toxiques, à long terme, il y a des risques de doubler ou de tripler [les limites]. C'est un jeu très dangereux», dit-elle. 

La Dre Pétrin-Desrosiers s'inquiète des risques cancérigènes du glyphosate. Elle indique aussi que le glyphosate entraîne des risques «bien documentés» de modification du microbiote intestinal (flore), en plus d'être un «perturbateur endocrinien», c'est-à-dire qu'il viendrait perturber les signaux naturels de notre organisme en interférant avec le système hormonal.

Elle doute aussi de la validité et la provenance des études, expliquant que certaines d'entre elles sont menées «à court terme et sur des animaux».

Environnement 

Sabaa Khan, directrice générale de la Fondation David Suzuki division Québec et Atlantique, croit qu’en plus d’être «un pas dans la mauvaise direction», cette hausse de la limite encouragera les pratiques commerciales agricoles nuisibles et les flux commerciaux non durables».

«Au bout du compte, une telle mesure augmentera le nombre de victimes des pesticides», dit-elle.

Plus près de nous, Laval a récemment interdit l’utilisation du glyphosate pour les cultures à but esthétique (par exemple la pelouse), une première au Québec. Elle est cependant toujours permise pour les usages agricoles.

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