Passeport vaccinal : une nécessité qui soulève un «dilemme éthique», croit une immunologue | 24 heures
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Passeport vaccinal : une nécessité qui soulève un «dilemme éthique», croit une immunologue

Le passeport vaccinal est généralement un code QR que l'on peut scanner et qui divulgue notamment qu'une personne est vaccinée.
Capture d’écran tirée d’un document de l’État de New York

Le passeport vaccinal est généralement un code QR que l'on peut scanner et qui divulgue notamment qu'une personne est vaccinée.

Au Québec, se faire vacciner contre la COVID-19, c'est facile : on prend un rendez-vous sur Clic Santé et c'est fait. Ce n'est pas le cas partout dans le monde; à certains endroits, il est très difficile d'avoir accès au vaccin, ce qui fait en sorte que l'utilisation d'un passeport vaccinal cause un «dilemme éthique», nous explique une immunologue.

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Tatiana Scorza le dit d'emblée : le passeport vaccinal est un moyen efficace de se sortir du «chaos des deux dernières années». La professeure au Département des sciences biologiques de l’Université du Québec à Montréal souligne toutefois que «[le passeport vaccinal] peut poser des problèmes parce que ce n'est pas tout le monde qui a accès au vaccin» sur la planète. Elle craint que les gens qui habitent certians pays où l’accès aux vaccins est restreint soient confinés pour de très longues périodes. 

L'accès mondial aux vaccins est particulièrement inéquitable : si certains pays ont des taux de vaccination très élevés, seulement 12,7% de la population planétaire est à ce jour complètement immunisée.  

• OPINION: Exiger le passeport vaccinal pour entrer au Canada accentuerait les inégalités entre les pays

Des vaccins non reconnus  

Elle rappelle aussi que plusieurs pays ont dû se tourner vers des vaccins qui sont moins coûteux et plus accessibles, mais aussi souvent non homologués dans plusieurs régions du monde qui instaurent le passeport vaccinal.  

Le vaccin Sinovac, administré notamment en Indonésie, n'est pas reconnu par le Canada.

AFP

Le vaccin Sinovac, administré notamment en Indonésie, n'est pas reconnu par le Canada.

Par exemple, les Américains vaccinés pourront entrer au Canada à partir du 9 août et les visiteurs vaccinés d'ailleurs dans le monde à partir du 7 septembre, à condition d'avoir reçu un vaccin parmi les suivants : Moderna, Pfizer-BioNTech, Johnson & Johson ou bien AstraZeneca (ou son équivalent, le COVISHIELD, qui est produit en Inde et moins coûteux).

Des personnes injectées avec d'autres vaccins, comme le Spoutnik V (conçu en Russie), le Sinovac ou le Sinopharm (conçus en Chine), n'auront pas le droit aux mêmes avantages que les autres. 

Un outil utile  

D'un point de vue de santé publique, il s'agit cependant d'un outil utile. 

«Je pense que ça va être utile parce que ça va permettre à un pays, à une nation qui va accueillir le tourisme ou d’autres personnes qui entrent [...] de mieux comprendre l’évolution de la pandémie», estime la professeure. 

MARTIN ALARIE / JOURNAL DE MONT

«C’est une décision qui appartient à chaque pays» d’adopter ou pas une telle mesure, juge ultimement Tatiana Scorza.  

D'ailleurs, depuis le 1er juillet, le «pass européen» impose aux membres de l'Union européenne d'avoir une preuve de vaccination ou de test négatif pour voyager entre les différents pays. Les six autres pays du continent (Andorre, Islande, Liechtenstein, Monaco, Norvège, Suisse) ont joint leurs forces à l’Union européenne pour mettre en application ce «pass européen». Là aussi, les seuls vaccins approuvés sont ceux qui sont homologués par l'Agence européenne du médicaments, soit les mêmes que Santé Canada. 

L’immunologue reconnait que la nécessité de se faire vacciner pour obtenir des accès privilégiés peut choquer certaines personnes. Selon elle, c’est avant tout «un effort pour revenir à la normale, mais avec un degré de sécurité maximale». 

Pour la professeure, le passeport vaccinal représente une adaptation nécessaire de notre mode de vie, comme il risque d'y en avoir d'autres. Elle fait le lien avec les changements climatiques qui ont récemment causé des incendies en Colombie-Britannique ou bien des pluies diluviennes en Allemagne. «Est-ce qu’on va continuer à vivre comme avant ou on va commencer à vivre d’une autre manière?» se questionne-t-elle. Pour Tatiana Scorza, la réponse est claire : «il faut apprendre à vivre d’une autre manière».  

Des effets à l'intérieur des frontières   

Au-delà des voyages, le passeport vaccinal peut aussi être utilisé à l'intérieur des frontières d'un pays.  

Le gouvernement du Québec a annoncé que le passeport vaccinal pourrait être utilisé à l'intérieur de la province dès le 1er septembre, mais seulement si la situation sanitaire commence à se détériorer. Les personnes vaccinées auraient ainsi le droit de continuer à fréquenter des commerces non essentiels, comme les gyms, les restaurants et les bars, ainsi que de pratiquer des sports de groupe.  

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Ailleurs dans le monde  

Pas de passeport vaccinal en Ontario, Alberta, Saskatchewan

L’Ontario n’aura pas de passeport vaccinal, a affirmé le premier ministre de la province Doug Ford en conférence de presse jeudi. «Je crois que c’est un droit constitutionnel, de choisir de se faire vacciner ou non», a stipulé celui qui ne veut pas créer deux catégories de citoyens.  

Doug Ford

Photo d'archives, Agence QMI

Doug Ford

Même plan de match pour l’Alberta et la Saskatchewan : aucun passeport vaccinal ne sera mis en place pour l'instant sur le territoire. 

Le Manitoba offre quant à lui une carte qui confirme que la personne est pleinement immunisée. Elle donne notamment la possibilité à la population manitobaine de ne pas faire de quarantaine en revenant de voyage ou bien de visiter des proches hospitalisés ou dans des centres de soins de longue durée.     

Des Français protestent contre le «pass sanitaire»

La semaine dernière, le président français Emmanuel Macron a annoncé l’élargissement du «pass sanitaire» – qui demande un test négatif ou une attestation de vaccination – qui rendrait la vaccination quasi obligatoire, selon plusieurs. Dès le 21 juillet, il sera nécessaire dans les lieux de loisirs et de culture rassemblant plus de 50 personnes, et, au début du mois d’août, dans les lieux publics tel que les restaurants, les centres commerciaux et dans plusieurs moyens de transports.  

Des manifestants s'opposent au pass sanitaire à la suite de l'annonce du président français Emmanuel Macron.

AFP

Des manifestants s'opposent au pass sanitaire à la suite de l'annonce du président français Emmanuel Macron.

L’annonce a été froidement reçue dans une partie de la population française alors, que des milliers de personnes ont pris les rues dans les jours suivants pour s’opposer à la «dictature». Les Français se sont aussi rués vers les sites de prise de rendez-vous pour la vaccination à la suite de cette annonce controversée.

Israël, avant-gardiste  

Après une campagne de vaccination massive, le «passeport vert», inauguré en février, rend accessible aux Israéliens pleinement vaccinés les gyms, les cinémas, les salles de spectacles et les piscines. Comme la situation sanitaire est sous contrôle dans le pays, il n’est plus utilisé depuis le début du mois de juin.

Des Israéliens se préparent à montrer leur «passeport vert» avant d'entrer dans un stade de Tel Aviv.

AFP

Des Israéliens se préparent à montrer leur «passeport vert» avant d'entrer dans un stade de Tel Aviv.

Toujours rien aux États-Unis  

Si le gouvernement américain avait affirmé en avril dernier qu’il n’y aura pas de passeport vaccinal aux États-Unis, il considère toujours en instaurer un pour voyager. Rien de bien certain pour l’instant alors que ce sujet polarise.  

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