L’homophobie encore trop présente dans le sport professionnel | 24 heures
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L’homophobie encore trop présente dans le sport professionnel

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Photomontage Marilyne Houde

BILLET - Le mois dernier, Luke Prokop, un premier joueur de hockey destiné à une carrière dans la LNH, a fait son coming out. Il est ouvertement gai. Même si en 2021 on aurait pu croire que tout le monde allait s’en réjouir, la nouvelle a malheureusement provoqué un festival de commentaires homophobes. 

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La Ligue nationale de hockey a applaudi le geste de ce jeune joueur, mais plusieurs personnes l’ont plutôt méprisé sur les réseaux sociaux, avec des commentaires comme : «Il aurait mieux fait de choisir le patinage artistique», «Pénalité au bâton élevé», «C’est parfait, il aime manger les rondelles»...  

Guys, ça me sidère. 

Ce sont de véritables personnes qui ont pris la peine de commenter sur la page Facebook du quotidien La Presse sous l’article Un espoir des Prédateurs révèle son homosexualité.  

Luke Prokop (à gauche)

AFP

Luke Prokop (à gauche)

Curieuse, j’ai demandé à mon amoureux, Jeremy Filosa, animateur sportif qui connait un paquet de monde dans le milieu, ce qu’il en pensait.  

Il m’a répondu : «Je crois que la première étape c’est d’éduquer les gens. C’est d’avoir cette ouverture d’esprit chez les hommes... Il y a encore tellement de travail à faire», admet-il.   

Et je lui ai demandé : si tu étais un athlète et que ton coéquipier était gai, comment réagirais-tu? 

«C’est à moi de m’ajuster. Tu es gai. Tu es un bon joueur. On est dans la même équipe. That’s it. Pis honnêtement, ce ne sont pas les affaires de personne ce qui se passe dans ta vie personnelle», me dit-il.  

Il me semble que ça devrait être la réponse par défaut, de nos jours. Mais ça ne colle pas avec ce qu’il m’a raconté ensuite sur ce qu’il a vu et entendu dans le milieu... 

L’homophobie dans les ligues sportives de Montréal 

Jeremy m’a raconté l’histoire du joueur du CF Montréal Mustafa Kizza, 21 ans, originaire de l’Ouganda (où l’homosexualité est illégale).  Il y a quelques semaines, il a publié sur Instagram une photo d’un mariage entre deux hommes, accompagnée de commentaires homophobes.  

« Il sort d’un pays où l’homosexualité est illégale. Il arrive ici au Québec avec son bagage et voici ce qui arrive... C’est le cas aussi de plusieurs joueurs de la LCF», m’explique Jeremy. 

Mustafa s’est excusé depuis, mais imaginez le message que ça envoie aux fans et aux coéquipiers. 

D’ailleurs, il y a 10 ans, Jeremy interviewait David Testo, un joueur de soccer homosexuel qui jouait aussi pour Montréal. Je vous cite un extrait de son article paru sur le site du 98.5 FM : 

«Des joueurs refusaient de prendre leur douche en même temps que lui. Certains faisaient exprès pour attendre qu’il sorte, pendant que d’autres gardaient leurs sous-vêtements pendant qu’ils se douchaient.» 

Alouettes 

«Les Alouettes ont eu souvent à faire face à ce genre de problème. Il y a des joueurs qui viennent du Sud des États-Unis où la religion est omniprésente et où l’on condamne l’homosexualité», a également soulevé Jeremy. 

Parlant des Alouettes, j’ai fouillé sur le web et je suis tombée sur l’histoire de Michael Sam, premier joueur de football ouvertement gai.  

En 2015, Sam est arrivé à Montréal, après avoir tenté sa chance dans la NFL. Une opportunité dans la Ligue canadienne de football s’ouvrait à lui, mais il n’est resté qu’un mois. 

«Il a dit aux journalistes qu’il est parti pour des causes personnelles, mais ceux qui suivaient l’équipe de près se sont fait raconter qu’à l’intérieur du vestiaire, on lui avait fait la vie dure... Il n’a jamais rejoué au football», dévoile le journaliste sportif.  

Arland Bruce III, qui jouait pour les Alouettes, avait notamment tenu des propos homophobes envers Michael Sam sur Instagram. L’équipe l’avait ensuite remercié.  

Ce qui me consterne, c’est que toutes ces histoires se sont déroulées entre 2014 et aujourd’hui. Ça ne fait pas 100 ans ni 50 ans... Damn, je nous croyais vraiment plus évolués. 

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Quand les hommes vivront... d’ouverture 

Il n’y pas si longtemps, les premiers athlètes noirs subissaient dans les diverses ligues professionnelles sportives le même traitement que certains athlètes gais aujourd’hui. Les athlètes blancs avaient pour plusieurs du dégoût, du dédain, du mépris et manquaient de considération envers leurs coéquipiers à la peau noire.  

Je reprends l’exemple de Jackie Robinson, premier joueur black dans le baseball majeur. À l’époque, ses coéquipiers ont été tout sauf respectueux avec lui. Je vous invite à écouter le long métrage biographique 42 avec l’excellent Chadwick Boseman à ce propos.  

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Jackie était le premier joueur noir au baseball majeur, en 1947. Tout comme Luke Prokop est le premier joueur ouvertement gay dans le hockey majeur, en 2021. Dans ce monde, on a besoin de ces pionniers. On a besoin de ces personnes qui contribuent au véritable changement. Et on a besoin également des alliés qui appuient et qui embrassent cette différence.  

J’adore la campagne de 2012 You Can Play, lancé par Patrick Burke, le frère de Brendan Burke, athlète homosexuel et fils de l’ancien DG des Maple Leafs de Toronto. C’est un hommage à son frangin décédé dans un accident de voiture pour dénoncer la culture homophobe dans les vestiaires au hockey. Le slogan : «If you can play, you can play». 

Si tu peux jouer, tu peux jouer, que tu sois gay ou non. Pour moi, ça veut tout dire.