Quand la sexualité se déconfine: de plus en plus de couples essayent l’échangisme et les clubs libertins | 24 heures
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Quand la sexualité se déconfine: de plus en plus de couples essayent l’échangisme et les clubs libertins

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Illustration Marilyne Houde

Est-ce le retour des années folles? Depuis que le confinement s'est terminé, de plus en plus de couples désirent expérimenter le monde libertin pour une première fois. 

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Le site internet du Club L, un club libertin situé à Montréal, est trois fois plus consulté actuellement qu’il l'était au mois de mai. Six fois plus de personnes demandent des informations additionnelles et la boîte de courriel se remplit à vue d’œil, remarque le propriétaire de l'endroit, Mateo Lapointe.

«De nouvelles personnes qui n’étaient pas intéressées par ce mode de vie ont fait une introspection [pendant le confinement]: on ne sait pas ce que la vie nous réserve, on peut avoir des problèmes de santé, ça va être la fin du monde [...] On doit vivre maintenant pleinement et assouvir tous nos désirs et tous nos fantasmes qu’on a», indique le gestionnaire du Club L, Sylvain Dumais. 

Mais un club libertin, c'est quoi, au juste? C'est un lieu de rencontres où sont permises des activités de libertinage, telles que l'échangisme, le voyeurisme et l'exhibitionnisme. Au Québec, on en compte moins de cinq.

De l'après-guerre au déconfinement

Sylvain Dumais dresse un parallèle avec la période d’après-guerre des années 1920, «où il y avait un vent de liberté après une période de rationnement». «2020 est un peu comme 1920. C’est un renouveau de plaisir et de satisfaction personnelle», résume-t-il.

Ray Gagné, propriétaire du futur établissement libertin montréalais Le Luxuria, ne passe pas par quatre chemins. «C’est la folie furieuse», lance-t-il. L'homme d'affaires reçoit de nombreux courriels de personnes impatientes de visiter son club. 

Même son de cloche du côté de Québec. Bernard Caux, propriétaire du club de rencontres La Rumeur, affirme qu’il reçoit plus de 30 appels par jour de nouveaux couples qui demandent des informations. Quelque 25 000 personnes ont visité son site internet depuis février, du «jamais vu en 20 ans», fait-il remarquer.

Mélanie Trudel, fondatrice de l’application québécoise de rencontres libertines L’Univers Olé, a pour sa part observé une hausse de 28,5% d'activité dans les derniers mois. Environ 70% des utilisateurs sont en fait des couples ouverts.

Envie d'essayer  

Le couple composé de Melissa, 30 ans, et de Martin, 32 ans (leurs noms de famille ont été retirés par souci d’anonymat), a vécu cette dernière année isolé, n'ayant pas pu rencontrer de nouvelles personnes. Le confinement ne les a toutefois pas empêchés d’avoir du plaisir. Les deux se souviennent de soirées improvisées lors desquelles ils dansaient et enfilaient de la lingerie pour se séduire. Cette période leur a permis de passer du bon temps et les a incités à vivre cette expérience, confie Mélissa. 

«Mon conjoint s’est découvert un côté voyeur. Il aime me voir en lingerie et voir la confiance que j’en ai. Je me sens plus ‘’femme’’ et plus désirée», enchaîne-t-elle.

Celle qui compte visiter Le Luxuria, qui ouvrira à la fin août, n'est pas encore prête à faire de l’échangisme, même si elle aimerait l’essayer éventuellement. L’ambiance d’un tel lieu lui permettrait, selon elle, de se sentir moins jugée, d’embrasser son conjoint plus librement et de danser de façon plus sexy. 

Katia et Clément, 32 et 34 ans, sont en couple depuis plus de cinq ans. Après y avoir songé pendant plus d’un an, le couple a fait le voyage de Sherbrooke jusqu’à Montréal pour expérimenter pour la première fois le monde libertin en visitant le Club L, sur la rue Jean-Talon, en juillet.

«On voulait être certains de notre coup», indique d’entrée de jeu Clément.  

Les deux peinent à expliquer ce déclic. «On était à un point où l’on voulait la même chose, raconte Katia. On a le goût, on s’aime, notre amour est assez solide, alors go, on y va. C’est une question de feeling», résume-t-elle.

«Aujourd’hui, c’est une expérience. À la fin de la soirée, on pourra te dire si on va l’adopter dans le futur», conclut à la blague Clément.

Simon et Amélie, 38 et 34 ans, habitent sur la Rive-Nord et songeaient à vivre de telles expériences depuis deux ans. Ils avaient hâte d’aller dans un endroit physique où il serait plus agréable de rencontrer d’autres couples, affirme Simon. 

Le couple affirme d'ailleurs ne pas se laisser affecter par le jugement des autres. «On n’est pas plus criminels qu’un autre, on s’entend que c’est du sexe. Tout le monde en consomme, tout le monde en fait, il n’y a rien de mal là-dedans. On n’est pas influencés par le jugement des autres», poursuit-il.

Le retour des clubs libertins   

Selon la sexologue Laurence Desjardins, le retour vers les clubs aux couples ouverts n’est pas étranger à la pandémie et s’explique par deux aspects: un confinement très long et la difficulté de faire des rencontres dans des bars en raison des mesures sanitaires en vigueur.  

La sexologue Laurence Desjardins

Courtoisie

La sexologue Laurence Desjardins

«C’est vraiment excellent pour le milieu libertin. Ce sont des endroits où il y a une plus grande familiarité, un plus grand contact et où c’est plus décontracté. Ça donne un contexte idéal pour rencontrer [de nouvelles personnes]», dit-elle.

Le libertinage n’est toutefois pas à ses balbutiements, précise-t-elle. En effet, de premières pratiques échangistes ont été répertoriées autour des années 1960 aux États-Unis. Les hommes laissaient leurs clés de voiture dans un bol et quittaient la fête avec la femme qui avait choisi ses clés.

Redéfinition de la fidélité

Mais comment expliquer ce nouvel élan vers les clubs libertins et échangistes? Par une remise en question du concept de fidélité à l'intérieur du couple, soutient Laurence Desjardins. Certains couples séparent en effet la fidélité amoureuse/affective d'avec l'autre, sexuelle. 

«Cette déconstruction judéo-chrétienne de la définition d’un couple et de la fidélité permet donc une ouverture à de nouvelles configurations sexuelles non traditionnelles, affirme-t-elle. Ça nous donne beaucoup plus de largesse pour l'expression de soi et aussi répondre à ses besoins personnels.»

Selon elle, la société reconnaît désormais ces nouveaux comportements et leur donne, par le fait même, une certaine visibilité. «On offre des communautés à des gens qui s’identifient, mais le concept n’est pas nouveau. Se dire «libertin» n’est pas nouveau, mais il y a des gens qui sont fiers et qui peuvent nommer leurs comportements», conclut celle qui croit que de plus en plus de gens pourraient appartenir au milieu libertin si la visibilité demeure la même.

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