10 questions à la communauté LGBTQ+ pour éliminer les tabous | 24 heures
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10 questions à la communauté LGBTQ+ pour éliminer les tabous

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Crédit illustration: Geneviève Darling

Des questions, les membres de la communauté LGBTQ+ s’en font poser des tonnes. C’est pourquoi on a voulu profiter de Fierté Montréal pour répondre à celles qui reviennent le plus souvent. L’objectif? Éliminer les tabous! 

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Pour nous aider dans notre quête de réponses, nous avons parlé à Marie Houzeau, directrice générale de l’organisme GRIS-Montréal, et à Zach Poitras, humoriste pansexuel non binaire.  

Comme tout le monde est différent, ces réponses ne s’appliquent pas nécessairement à 100% à tous ceux qui font partie de la communauté, mais c’est un bon départ pour vous aider dans vos réflexions. 

1 - Comment fait-on pour savoir si quelqu’un appartient à la communauté LGBTQ+? Est-il indélicat de le lui demander?  

Non, je ne pense pas que ça soit indélicat. Si les intentions sont bonnes, il n’y a pas de problème. Après, ça va être à la personne qui se fait poser la question de décider comment elle veut y répondre. Elle n’a pas l’obligation d’y répondre, parce que, même si elle fait partie de la communauté, ça reste son choix de le divulguer ou pas. C’est sûr que la meilleure façon de le savoir, c’est de le lui demander, parce que, si on ne le fait pas, comment on fait pour le savoir? On se base sur quoi? Sur des préjugés liés à l’expression de genre de la personne ou peut-être à des ouï-dire? Ça ne sera pas fiable. 

– Marie Houzeau

2 - C’est quoi, la différence entre orientation sexuelle, identité de genre et expression de genre?  

L’orientation sexuelle concerne l’attirance sexuelle envers les hommes ou les femmes, ou envers les personnes qui sortent du cadre binaire de genre. 

L’identité de genre désigne le genre auquel une personne s’identifie, sans égard à son sexe assigné à la naissance; c’est une conviction profonde et intime. Le genre est un continuum auquel on reconnaît généralement deux pôles (masculin et féminin), mais toutes les nuances à l’intérieur ou à l’extérieur de ces deux pôles sont aussi possibles. 

L’expression de genre se perçoit dans l’apparence d’une personne – par exemple dans ses vêtements, sa coiffure, son maquillage ou encore son langage corporel –, qui peut être perçue comme masculine ou féminine, selon les critères de notre société. L’expression de genre n’est pas nécessairement la manifestation de l’identité de genre: par exemple, une personne qui s’identifie comme femme peut porter des vêtements plus typiquement masculins, et vice versa. 

– Marie Houzeau

3 - Pourquoi certaines personnes trans décident-elles de subir une opération pour changer leurs organes génitaux en fonction de leur identité de genre, alors que d’autres ne souhaitent pas le faire?  

Il y a autant de parcours de transition qu’il y a de personnes transgenres. Les décisions de suivre tel ou tel chemin sont des décisions qui sont extrêmement intimes ou personnelles. Pour certaines personnes, ça va être très important, ça va être une partie intégrante de leur cheminement. Pour d’autres, la question de la transition médicale n’est pas au cœur de leur identité de genre et ils ne se dirigeront pas vers ce type d’intervention. Aussi, certains n’ont pas le choix, parce que l’accès aux soins peut être difficile, avec de longs délais ou des coûts financiers importants. 

– Marie Houzeau

4 - La transition de genre affecte-t-elle l’orientation sexuelle de la personne?  

Encore une fois, il y a autant de parcours que de personnes transgenres. Au GRIS, on a plusieurs bénévoles qui sont des personnes trans. Pour certaines d’entre elles, le parcours de transition n’aura pas eu d’impact sur leur orientation sexuelle. D’autres, pour toutes sortes de raisons, ont pu s’ouvrir à d’autres formes de relations ou d’attirance et leur orientation sexuelle ou l’étiquette qu’elles se donnent peut avoir évolué. Ce sont des choses qui sont extrêmement intimes et il n’y a pas de règle générale.   

– Marie Houzeau

5 - Pourquoi l’utilisation de pronoms comme «il», «elle» ou «iel» est-elle importante pour certains membres de la communauté LGBTQ+?  

Les personnes le mentionnent pour éviter d’être mégenrées. L’utilisation d’un pronom qui correspond à notre identité, c’est important pour tout le monde. Quand on ne mentionne pas son pronom d’usage, c’est la personne en face qui va décider, en fonction de ce qu’elle lit, de ce qu’elle suppose, quel pronom elle va utiliser pour s’adresser à vous. Le fait de le nommer, ça enlève toute ambiguïté et ça permet d’entrer dans une forme de conversation qui est authentique et qui met tout le monde à l’aise. 

– Marie Houzeau

Utiliser les mauvais pronoms peut faire ressortir des traumas. Certaines personnes de la communauté LGBTQ+ ont souvent des membres de leur famille ou des amis de longue date qui refusent d’utiliser les pronoms demandés. C’est aussi une bonne façon de valider la personne, de lui dire qu’elle peut te faire confiance là-dessus.  

– Zach Poitras

6 - Comment savoir quels pronoms utiliser lorsqu’on s’adresse à une personne non binaire?  

Le mieux, c’est de demander. La question est valable aussi pour les personnes binaires. Quand vous vous adressez pour la première fois à une personne, vous ne pouvez pas savoir son identité. Vous ne savez pas si c’est une personne binaire ou non binaire. La personne peut ainsi préciser les pronoms avec lesquels elle se sent à l’aise. 

– Marie Houzeau

Ça serait une bonne idée de demander instinctivement à tout le monde c’est quoi, ses pronoms. Il faudrait le demander à tout le monde, pas juste aux personnes non binaires.  

– Zach Poitras

7 - Comment une personne qui ne fait pas partie de la communauté LGBTQ+ peut-elle être une bonne alliée?  

C’est important de laisser les personnes qui font partie de la communauté prendre la parole avant. Élever la voix quand quelqu’un est vraiment méchant ou a un comportement problématique envers la communauté LGBTQ+, c’est aussi être un bon allié. Je pense que le silence, c’est très complice.  

– Zach Poitras

Ce qu’un allié peut faire, c’est d’arrêter de voir la société avec une paire de lunettes qui met l’hétérosexualité et le fait d’être cisgenre sur un piédestal par rapport aux autres. Probablement qu’un allié va tenter d’avoir un langage inclusif. Plutôt que de demander à une jeune femme: «As-tu un chum?» on pourrait utiliser des phrases plus neutres, comme: «As-tu quelqu’un dans ta vie?» ou «As-tu un chum ou une blonde?» 

– Marie Houzeau

8 - Comment peut-on être certain de son orientation sexuelle?  

Je crois qu’il faut écouter son cœur, écouter ce que l’on ressent, écouter nos attirances, qui sont les personnes qui sont susceptibles de faire naitre chez nous les papillons, une attirance physique, sexuelle, émotive et émotionnelle. Je pense que, là, on va avoir de très bons indices. Je crois que l’orientation sexuelle, pour certaines personnes en tout cas, peut évoluer au cours de la vie, pour toutes sortes de raisons, des prises de conscience, des changements. Pour d’autres personnes, ça ne changera jamais. Les deux cohabitent. 

– Marie Houzeau

C’est normal que son orientation sexuelle puisse évoluer avec le temps. Moi, je suis dans la fluidité, alors ça change beaucoup. Au début de mon cheminement, je pensais que j’étais quelqu’un qui s’habillait en femme dans l’intimité, ensuite ça s’est transformé en hétéroflexibilité, c’est-à-dire que je préférais les femmes, mais que je couchais avec des hommes de temps en temps. J’ai finalement compris que j’étais pansexuel et peut-être que, demain, je vais me lever et que je vais réaliser que, finalement, je suis juste gai, même si ça me surprendrait [rires].  

– Zach Poitras

9 - Est-il possible de ne pas éprouver d’attirance sexuelle envers quelqu’un? Ou d’en éprouver pour plusieurs personnes en même temps?  

Oui, bien sûr. Les personnes asexuelles ne ressentent pas d’attirance pour quelque genre que ce soit. Les personnes pansexuelles vont, au contraire, se dire que le genre de l’autre, ce n’est pas important, ce n’est pas ça qui va déterminer leur attirance, c’est la connexion avec l’autre qui les attire.  

– Marie Houzeau

10 - Ça sert à quoi, en 2021, faire un défilé de la Fierté?  

C’est important en 2021 parce qu’il y a encore des gens qui s’enlèvent la vie parce qu’ils font partie de la diversité sexuelle et de genre, en raison de la discrimination qu’ils vivent. Oui, on vit dans une société ouverte où l'égalité juridique est en bonne voie, mais l’égalité sociale est encore loin d’être acquise. Par exemple, j’ai le droit de me promener main dans la main avec ma conjointe dans la rue, je n’irai pas en prison si je fais ça, parce que ce n’est pas interdit par la loi, mais ce n’est pas certain que je n’aurai pas de regards, de commentaires, peut-être même une forme de violence physique pour avoir affiché un comportement qui est hors norme et qui est susceptible d’être discriminé. Il y a encore énormément de travail à faire pour s’assurer que les personnes de la diversité sexuelle et de genre puissent vivre en paix. Tant qu’on n’aura pas ça, il y aura des marches, des manifestations, des défilés, des organismes communautaires qui travailleront pour combattre ces inégalités sociales. 

– Marie Houzeau