LGBTQ+: quand le coming out réserve de belles surprises | 24 heures
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LGBTQ+: quand le coming out réserve de belles surprises

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Photomontage: Julie Verville / Crédits photo : Mario Beauregard et Joël Lemay

Annoncer à sa famille qu’on fait partie de la communauté LGBTQ+ n’est pas toujours facile, et bien des personnes serrent les dents en s’attendant au pire lorsqu’elles font leur coming out. Heureusement, des fois, la surprise, c’est que ça se passe beaucoup mieux que ce qu’elles auraient cru. Voici trois histoires qui se terminent bien.  

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La grande annonce à la nonna italiana  

Rocco Farella a eu plusieurs relations hétérosexuelles avant de se mettre en couple avec un homme l’an dernier. Le Montréalais s’est donc retrouvé à faire son coming out auprès de sa famille d’origine italienne en pleine pandémie, à 35 ans. Sa plus grande crainte? La réaction de sa grand-mère sicilienne de 87 ans, figure ultime de la tradition. 

Rocco Farella s’est retrouvé à faire son coming out auprès de sa famille d’origine italienne en pleine pandémie, à 35 ans.

Joël Lemay / Agence QMI

Rocco Farella s’est retrouvé à faire son coming out auprès de sa famille d’origine italienne en pleine pandémie, à 35 ans.

«J’ai toujours eu des copines avec lesquelles j’étais très en amour. J’ai eu des expériences avec des garçons quand j’étais plus jeune et je savais que j’étais autant attiré par les gars que par les filles», confie Rocco, qui a pourtant ignoré son attraction très forte envers les hommes pendant plusieurs années. «Je me demandais: “Pourquoi ne pas s’en tenir au sexe féminin?”» 

C’est finalement en septembre 2020, en pleine pandémie, qu’il réalise que, pour se sentir libre, il doit accepter son orientation sexuelle. Même s’il assume désormais ses préférences, il hésite à en informer ses parents et surtout sa grand-mère. 

«Quand je le lui ai dit, elle n’a eu aucune réaction. J’ai cru qu’elle n’avait pas compris ce que j’essayais de lui dire. Je lui ai répété en italien que j’étais gai. Elle m’a regardé et a dit: “Et puis? Est-ce que tu sais combien d’hommes gais je vois à la télé italienne? Tu penses être le seul gai?”» raconte-t-il.  

Des éclats de rire fusent et la suite de la rencontre est mémorable. «Celui que tu aimes est celui que tu aimes. Assure-toi juste de venir lui faire visiter l’Italie», a-t-elle dit à son petit-fils.  

Craignant aussi la réaction de son père, Rocco s’en était éloigné, ne se sentant pas prêt à lui faire part de son homosexualité. Lors d’un dîner, le patriarche avoue être inquiet pour son fils et souhaite le voir «heureux, avec une femme et marié». 

«J’ai senti mon cœur se serrer dans ma poitrine et je savais que je devais le lui dire ce jour-là. Je lui ai dit, direct: “Pa, je suis gai.” Après un silence, je n’oublierai jamais ce qu’il m’a dit: “Rocco, je t’ai aimé dès que tu es sorti du ventre de ta mère et je t’aime encore plus aujourd’hui.”» 

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Quand la bienveillance surpasse l’intolérance  

Christian Khoury est né à Montréal et a grandi dans une famille orthodoxe pratiquante, originaire du Moyen-Orient. Même si ça lui a pris plusieurs années avant d’oser parler de son orientation sexuelle avec sa famille, la bienveillance, en fin de compte, a supplanté les valeurs traditionnelles. 

Vers l’âge de 19 ans, Christian Khoury a commencé à s’accepter, refusant de «mener une double vie et de se mentir à lui-même».

MARIO BEAUREGARD/AGENCE QMI

Vers l’âge de 19 ans, Christian Khoury a commencé à s’accepter, refusant de «mener une double vie et de se mentir à lui-même».

C’est lors d’un cours d’éducation à la sexualité, au début du secondaire, que Christian Khoury a eu le déclic: il savait qu’il était gai. Pendant les années qui ont suivi, le jeune homme n’a jamais osé s’identifier comme tel. «Je n’avais pas fait mon coming out. C’est les autres qui le faisaient pour moi.» 

Vers l’âge de 19 ans, Christian a commencé à s’accepter, refusant de «mener une double vie et de se mentir à lui-même». «J’entendais beaucoup de commentaires homophobes autour de moi et je ne voyais pas comment [cette vie] allait être possible», confie-t-il. «Je croyais que c’était un péché.» 

Après ses études, Christian s’envole pour l’étranger. Après deux années passées entre Paris et New York, le jeune avocat revient à Montréal. À 27 ans, tout son entourage sait qu’il est homosexuel... sauf sa famille. 

«Un soir, je ne me sentais pas bien. Je suis allé souper avec mes parents et ma sœur et je n’arrivais pas à le leur dire. J’avais du mal à prononcer les mots», se souvient Christian. 

C’est finalement son père qui finit par «le dire». Le jeune homme confirme. «Ils ont été très compréhensifs et ils ont vu à quel point j’étais mal. Leur bienveillance a pris le dessus sur leur intolérance.»  

Le soir même, ses parents l’invitent à dormir à la maison familiale, où ils parleront pendant des heures. Au cours des jours qui suivent, ils lui avouent avoir été blessés: pourquoi étaient-ils les seuls à ne pas avoir été mis au courant? «J’avais peur d’être mis à la porte si je le leur disais», raconte Christian, en faisant référence à son adolescence.  

Malgré le caractère traditionnel de sa famille, Christian salue la grande ouverture d’esprit de son père médecin, qui voit passer des patients gais, lesbiennes et trans à sa clinique. 

«Ils sont toujours craintifs parce que mon père vient du Moyen-Orient. Il leur parle de moi et ça crée des ponts. Ça montre que, peu importe les origines ou la religion, il peut toujours y avoir un terrain d’entente.» 

Aujourd’hui, Christian Khoury est bénévole, membre du CA et membre du comité diversité de GRIS Montréal, un organisme communautaire qui démystifie les enjeux autour des orientations sexuelles. 

«Je réalisais que je n’étais pas tout seul»  

C’est en lisant des livres et en tombant sur des portraits d’hommes trans sur YouTube que Louis Liberace Macameau a réalisé que d’autres vivaient la même chose que lui. «J’ai senti que je m’en allais vers là. Plus je lisais là-dessus, plus ça me rendait heureux. Je réalisais que je n’étais pas tout seul.» 

Dans son Abitibi natale, Louis Liberace Macameau se rappelle avoir souhaité être un garçon. Les mots pour exprimer ce souhait, par contre, «ne venaient pas».

Joël Lemay / Agence QMI

Dans son Abitibi natale, Louis Liberace Macameau se rappelle avoir souhaité être un garçon. Les mots pour exprimer ce souhait, par contre, «ne venaient pas».

Ces informations débusquées dans la vingtaine étaient les bienvenues: déjà, dans son Abitibi natale, Louis se rappelle avoir souhaité être un garçon. Les mots pour exprimer ce souhait, par contre, «ne venaient pas».  

Aujourd’hui, des années après avoir amorcé sa transition, il se rappelle tous les signaux qui l’ont mené à être la personne qu’il est aujourd’hui et qui ont permis à ses proches de mieux comprendre son cheminement.  

D’aussi loin qu’il se souvienne 

D’aussi loin qu’il se souvienne, Louis s’est toujours appelé «Louis». Son nom de naissance – ou «morinom» – n’a servi que dans un contexte légal. À l’école, ses enseignants étaient impressionnés par la qualité de sa langue, mais ne s’expliquaient pas son incapacité à se «genrer comme il faut».  

«J’ai aussi eu une mère qui me chicanait parce que je n’utilisais pas mon prénom de naissance», ajoute-t-il.  

«J’ai eu des périodes où j’essayais de me comprendre. Contrairement aux jeunes aujourd’hui, il n’y avait pas beaucoup de vocabulaire, à l’époque.» 

S’accepter pour survivre 

Aujourd’hui âgé de 27 ans, Louis se remémore les années difficiles qui ont forgé sa transidentité. «Je me suis retrouvé dans le spleen [un profond mal-être] et je ne sentais pas que j’étais où je devais être.» 

Louis a presque 20 ans lorsqu’il tombe sur le mot «transgenre». «J’ai su à ce moment-là que j’étais trans, mais il y a eu une période de déni. C’est pas quelque chose qu’on veut être nécessairement, en raison de tous les stigmas dans la société.» 

Des années plus tard, traversant des périodes sombres, Louis se rend à l’évidence: «Si je n’accepte pas ma transidentité, je ne pourrai pas survivre.» C’est alors que le jeune homme, historien de formation, plonge dans les livres, scrute YouTube et découvre des portraits d’hommes trans. 

Un appel qui fait tout débouler 

C’est lors d’un simple appel avec sa mère que tout bascule. Cette dernière venait d’être informée de la transition de l’enfant d’une proche amie. 

«Je sais que ma mère m’a appelé cette fois-là parce qu’elle savait que j’étais trans. Elle voulait tâter le terrain», explique Louis. C’est au cours de ce même appel que sa mère lui dit une phrase qui lui restera en tête: «Pour être trans, il faut être prêt et tu ne le seras peut-être jamais.»

«Quand j’ai raccroché, j’avais traversé le portail. J’étais choqué qu’elle croyait le savoir plus que moi! La transition a commencé à ce moment-là.»  

Suivent les annonces à la famille, et notamment à sa grand-mère maternelle, qui l’a en partie élevé.  

«J’ai dit à ma grand-mère qu’elle avait un petit-fils et non une petite-fille. Elle a dit: “Ben là, vas-tu avoir un pénis? Est-ce que c’est dangereux?”» raconte Louis en riant, soulignant qu’il s’agissait de pure curiosité, sans arrière-pensées.  

En explorant le sujet, la grand-mère de Louis revient dans le passé. Elle le revoit en pleurs à l’époque de la puberté et de la poussée de ses seins, ou à l’arrivée de ses règles, un événement qui l’a «traumatisé». 

Alors que la transition est bien amorcée, la mère de Louis chemine. À la veille d’une réunion familiale, elle lui annonce que toute la famille a été informée de la transition. 

«S'il y en a un qui dit quelque chose de travers... tu peux être certain que ça va mal se passer», a-t-elle dit à son fils.  

Un parcours loin d’être terminé 

Une grande étape est alors franchie, mais le parcours est loin d’être terminé. 

«J’ai eu l’impression que tout allait changer du jour au lendemain, un peu comme un changement d’adresse. Ce que j’ai réalisé, c’est que mon cheminement est amorcé depuis des années, mais que le leur ne fait que commencer.»