Ils ont choisi de remplacer l’alcool par du cannabis | 24 heures
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Ils ont choisi de remplacer l’alcool par du cannabis

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Photomontage Marilyne Houde

Remplacer l’alcool par du cannabis: c’est le choix que font certaines personnes qui ne peuvent plus boire ou qui aiment avoir un petit buzz, mais pas au prix d’un «lendemain de veille». Voici l’histoire de trois d’entre elles. 

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Adieu aux lendemains de veille  

Julie, 30 ans, n’a jamais bien supporté les lendemains de soirées alcoolisées. «Même avec [juste] une bière la veille, je vais me sentir plus maussade, fatiguée. Je ne suis pas à mon 100%», remarque cette enseignante qui habite dans la région de Québec. 

En automne 2020, au moment où le Québec se confinait une seconde fois, elle s’est procuré un vaporisateur à cannabis pour l’essayer. Depuis, elle ne peut s’en passer et ne boit pratiquement plus d’alcool.  

«Je peux avoir autant de fun, sinon plus, et sans avoir les effets désagréables le lendemain», raconte celle qui préfère garder l’anonymat par crainte de représailles dans son milieu de travail. 

Depuis juin, elle a multiplié les activités sociales où elle pourrait prendre un verre. Mais cela ne l'a pas amenée à boire de nouveau. Une consommation modeste de cannabis lui donne un feeling similaire à celui que lui procure le fait de boire une bière, dit-elle. 

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Son secret: elle achète séparément, à la SQDC, des huiles de CBD et de THC, et concocte elle-même ses mélanges, ce qui lui permet d’avoir le dosage qu’elle souhaite. «Je me suis rendu compte que les effets sont positifs», dit celle qui se dit plus motivée et dynamique. 

Julie observe que la consommation de cannabis, bien que légale au Canada depuis plusieurs années, n’est pas toujours bien vue dans la société. Elle sent sur elle le regard des autres lorsqu’elle décide d’inhaler plutôt que de prendre un verre, ce qu’elle déplore. «Dans plusieurs milieux, c’est mal vu de ne pas boire d’alcool [...] Est-ce que j’ai le droit de ne pas boire d’alcool?» soulève-t-elle. 

Ce changement, qui s’est fait naturellement, ne durera pas que l’espace d’une saison, dit celle qui ne compte pas recommencer à boire de sitôt. 

Un travailleur dans un CHSLD dort mieux grâce au cannabis  

2020/08/19
COVID-19
Entrevue avec Martin Lamontagne, un membre du personnel d'entretien et de désinfection d'un CHSLD de Montréal-Nord, au front en période de pandémie depuis mars. 
CHANTAL POIRIER/LE JOURNAL DE MONTRÉAL

Chantal Poirier / JdeM

2020/08/19 COVID-19 Entrevue avec Martin Lamontagne, un membre du personnel d'entretien et de désinfection d'un CHSLD de Montréal-Nord, au front en période de pandémie depuis mars. CHANTAL POIRIER/LE JOURNAL DE MONTRÉAL

Il y a deux ans, Martin Joseph Lamontagne, 47 ans, de Montréal-Nord, a dû avoir une greffe à l’aorte à la suite d’un important problème de santé. Il a rapidement dû changer ses habitudes de consommation: comme il prend un anticoagulant, boire de l’alcool en trop grande quantité pourrait lui coûter la vie, raconte-t-il. 

«Moi qui étais un grand consommateur de microbrasseries, je devais faire un choix», rapporte Martin.  

Cette situation l’a incité à repenser sa consommation et à se tourner vers le cannabis, qu’il prend dorénavant à des fins sociales, mais aussi médicinales, dit celui qui a quitté son emploi d’imprimeur pour prêter main-forte dans un CHSLD. 

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Après plus de 20 ans sans consommer de cannabis, Martin utilise maintenant la substance à l’occasion pour s’évader en mélangeant des huiles de CBD et de THC achetées à la SQDC. Il aime écouter de la musique sur son balcon après avoir consommé. 

Sa recette préférée pour une soirée: son thé au Gatorade, dans lequel il met du CBD. «Comme je suis un buveur, il faut que j’aie le feeling d’avoir quelque chose dans la bouche», détaille-t-il. 

Martin souhaiterait que l’on s’attarde davantage aux vertus thérapeutiques du cannabis et apprécie particulièrement la qualité de son sommeil quand il consomme.  

Le cannabis à la place des excès d’alcool  

En mars 2020, Samuel et Catherine (noms fictifs), de Mascouche, tous deux dans la vingtaine, se sont retrouvés sans emploi en raison de la pandémie.  

Leurs premières journées de confinement ont été moins longues avec un verre à la main, raconte Samuel, qui préfère taire son identité et celle de sa conjointe à cause des préjugés concernant le cannabis.  

Plus les jours passaient, plus le jeune homme était heureux de déboucher une bière lorsqu’il était seul, chose qu’il ne faisait jamais avant. C’est alors qu’il a songé à consommer du cannabis plutôt que de l’alcool. 

Sa consommation était déjà importante avant la pandémie: Samuel avoue qu’il avait de la difficulté à ne pas «caler» sa bière quand il buvait. Ses soirées les plus alcoolisées comportaient au minimum une caisse de 12 bières, en plus de quelques onces de spiritueux, détaille-t-il. 

Sa blonde et lui ont cessé définitivement de boire de l’alcool et ont plutôt commencé à fumer du cannabis, du THC. Ils le font tous deux à des fins sociales et y voient plusieurs avantages.  

«C’est plus nice. Il n’y a plus aucun lendemain de veille», dit Samuel, qui dort mieux depuis qu’il a pris cette décision.  

Samuel et Catherine envisagent de consommer du cannabis plutôt que de l’alcool pour une bonne période de temps. 

Le cannabis n'est pas sans danger  

Même quand il est utilisé pour remplacer une consommation pas trop saine d’alcool, il ne faut pas oublier que le cannabis n’est pas inoffensif. Selon l’Institut national de santé publique du Québec, la consommation de cannabis de manière fréquente et prolongée peut nuire au développement du cerveau des adolescents, notamment ceux qui s’initient à un âge précoce. Plusieurs études ont également établi des liens entre la consommation régulière de cannabis et le développement de symptômes ou de troubles psychotiques comme des troubles dépressifs ou des pensées suicidaires. Il n'y a néanmoins que très peu d’études sur cet usage, puisque la substance est illégale dans plusieurs pays.