Réchauffement climatique: quels impacts au Québec? | 24 heures
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Réchauffement climatique: quels impacts au Québec?

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Photo d'archives

Les conséquences du réchauffement climatique se feront sentir de plusieurs manières au Québec. Au lendemain du dévoilement du rapport du GIEC, on a posé quelques questions à un expert pour savoir à quoi on peut s’attendre.

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Est-ce que le Québec connaîtra davantage de vagues de chaleur?   

«Un des éléments qui est mentionné dans le rapport du GIEC, c’est qu’une canicule qui se voyait une fois tous les 50 ans dans les années 1970 est maintenant cinq fois plus fréquente aujourd’hui, à cause de la hausse de 1 degré Celsius qui a été observée pour le moment», répond d’emblée Alain Bourque, directeur général d’Ouranos. 

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«La probabilité de ces canicules-là augmente continuellement dans le temps, et ça va se poursuivre au Québec», ajoute-t-il. 

Le village de Lytton en Colombie-Britannique a battu plus tôt cet été un record de température. Le mercure avait atteint 49,5 degrés Celsius. Or, même si les vagues de chaleur se multiplieront au Québec, il serait peu probable que l’on connaisse des températures d’une telle intensité, notamment en raison de nos nombreux plans d’eau. 

«Il y a beaucoup plus d’eau dans l’est de l’Amérique du Nord, ce qui a tendance à tempérer un petit peu les extrêmes, explique Alain Bourque. C’est probablement une bonne nouvelle, mais le problème, c’est que souvent les températures sont tempérées, mais l’humidité est augmentée. Donc, je ne sais pas si c’est un grand gain.» 

Photo d'archives, Martin Chevalier

Est-ce que le Québec connaîtra davantage de précipitations?   

«Il y a déjà plusieurs municipalités, dont la ville de Montréal, qui décrivent que les extrêmes de précipitations ont augmenté au cours des dernières décennies, indique Alain Bourque. Et on s’attend à ce qu’il y ait une augmentation d’à peu près 15 à 20% des intensités de précipitations à l’horizon de 2050.» 

Ce sont donc les événements de précipitations extrêmes qui augmenteront, mais également la quantité totale de pluie qui tombe sur une année. 

JOEL LEMAY/AGENCE QMI

«Ça dépend des régions, mais, en gros, à cause du réchauffement de l’atmosphère, on s’attend à plus de précipitations pour toutes les régions du Québec, explique le climatologue. Par contre, ce n’est pas nécessairement dans les bonnes saisons.» 

Les précipitations risquent d’augmenter principalement en hiver, mais devraient rester stables, voire diminuer un peu, au courant de l’été, nuance Alain Bourque.  

«Et puisque les extrêmes de précipitations vont augmenter en quantité, ça veut dire que les périodes sèches vont être plus longues et plus intenses, poursuit-il. Parce que si, par exemple, il tombe 300 mm pendant un été, eh bien, au lieu que le 300 mm soit étalé régulièrement avec des 5 ou 6 mm tous les trois jours, ça va être des événements beaucoup plus intenses, et donc il y aura moins de journées avec des précipitations, ce qui évidemment inquiète beaucoup de gens qui utilisent de l’eau, notamment les producteurs agricoles.» 

CAPTURE D'ÉCRAN / TVA NOUVELLES / AGENCE QMI

«Et un autre élément, c’est qu’étant donné que l’eau qui est dans les rivières et dans les lacs, elle se réchauffe et qu’il y en a moins, ça amène des enjeux de qualité de l’eau, d’algues bleues et vertes par exemple, qui seront de plus en plus fréquents, ajoute le scientifique. Parce que l’eau froide a la caractéristique d’être plus tolérante à la pollution et à ne pas favoriser la prolifération des bactéries et des agents polluants.» 

Est-ce que le Québec connaîtra davantage d’inondations?   

«Globalement, oui, répond Alain Bourque. Parce qu’il y aura plus de précipitations, plus d’événements extrêmes, ça vient en coups soudains, donc globalement la réponse est oui.» 

Photo d'archives Agence QMI, Steve Poulin

Cela dit, les inondations peuvent être de plusieurs types, et toucher les régions différemment en fonction des saisons, nuance le scientifique. 

«Il y aura, par exemple, davantage d’inondations côtières. Avec le rehaussement du niveau de la mer, il n’y a pas de question, à chaque saison, il y aura plus d’inondations, explique-t-il. Tandis que les inondations printanières, ce n’est pas encore certain que dans l’extrême sud du Québec, il va y en avoir nécessairement plus. Un moment donné, nos hivers seront rendus tellement doux qu’il n’y aura plus beaucoup de neige, et c’est clair qu’on ne pourra pas avoir des inondations printanières aussi importantes. Par contre, elles vont se déplacer en été parce qu’il va y avoir des orages plus violents.» 

Est-ce que les infrastructures seront touchées?   

«Les infrastructures vont être de plus en plus affectées par des défaillances à cause des précipitations abondantes, ou à cause de cycles de gel-dégel, ou à cause de facteurs climatiques qui n’ont pas été pris en compte lorsque ça a été construit», indique le climatologue. 

«Si, par exemple, à cause de l’eau, un ruisseau devient soudainement une rivière, ça peut créer beaucoup de dommages. Les routes sont rectilignes, elles passent d’une région à l’autre, et il suffit d’un endroit où un ponceau cède à cause de précipitations abondantes pour rendre la route inopérationnelle», donne en exemple Alain Bourque. 

Les changements climatiques rendront même certaines zones inhabitables. C’est donc toute une réflexion sur l’aménagement du territoire qui s’avère nécessaire, selon le scientifique.  

«Telle zone côtière, telle rue, on ne pourra pas la sauvegarder dans 10, 15, 20 ans, elle ne sera plus là, indique Alain Bourque. Donc, soyons proactifs, prévoyons de relocaliser des infrastructures, des gens et surtout, ne construisons pas du neuf dans ces régions-là qui sont à risque et tentons plutôt de développer d’autres régions qui ne le sont pas.» 

- Avec les informations de l’Agence QMI