Attention : le travail hybride peut amener des inégalités entre les employés au bureau et ceux à distance | 24 heures
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Attention : le travail hybride peut amener des inégalités entre les employés au bureau et ceux à distance

Image principale de l'article Les pièges du travail hybride
Illustration Pascal Blanchet

Plusieurs d’entre nous serons confrontés au travail hybride cet automne, une nouvelle réalité qui pose plusieurs défis. Parmi ceux-ci, il faudra être attentif à ce que les employés au bureau ne soient traités et considérés de façon équitable à ceux qui sont à distance. Une tâche plus difficile qu’elle en a l’air! 

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De manière générale, les employés qui travaillent à distance sont désavantagés par rapport à ceux qui vont au bureau, selon un dossier de la BBC qui se penche sur la question.  

Plusieurs facteurs psychologiques expliquent le phénomène, dont l’effet de simple exposition. Celui-ci signifie que les chances qu’on apprécie une personne augmentent par le simple fait de l’apercevoir à plusieurs reprises, par exemple au détour d’un corridor ou à l’autre bout de la pièce.  

Un autre concept, l’effet du halo, fait en sorte que si une personne nous semble sympathique et qu’elle cultive de bonnes relations avec ses collègues, nous aurons tendance à l’associer à un bon employé.  

Ces facteurs inconscients peuvent mener à du favoritisme envers des employés physiquement présents au travail et pourrait se traduire par des promotions ou un lien privilégié avec les supérieurs.  

Employés et patrons devront donc faire attention à ne pas reproduire cette dynamique au détriment de certains travailleurs - et de l’entreprise.  

Pression de production 

Ce n’est pas le seul piège qui guette les personnes qui travaillent à distance - vient ensuite la pression d’être surproductif en télétravail pour prouver que l’on est efficace même à distance, une tendance qui a fait grimper le nombre d’heures quotidiennes travaillées par des personnes en télétravail, d’après une étude réalisée en 2020 par la compagnie technologique ADP.  

«Il faut que les entreprises s’adaptent, croit Luis Alberola, consultant d’Accenture, spécialisé en transformations d’entreprises et technologies numériques. Plusieurs entreprises ont dû mettre en place une organisation digitale plus solide. Du côté des ressources humaines, les politiques de contrôle du télétravail sont liées à un monde où tout le monde travaille au bureau de 9h à 17h. Il faudra alors adapter les politiques de travail pour les travailleurs hybrides», mentionne Luis Alberola.  

Cela passe notamment par un contrôle des heures travaillées pour contrer la pression de livrer rapidement à tout prix.  

Même si Accenture s’intéresse aux transformations qui ont cours dans les milieux de travail depuis des années, l’entreprise estime qu’on est encore aux balbutiements du phénomène.  

«Les technologies numériques s’adaptent, mais il faut maintenant que les politiques de relations humaines s’adaptent. On est au tout début de la réflexion», ajoute le consultant. 

La flexibilité est productive 

Même s'il y a des désavantages à travailler à distance, la demande pour la flexibilité est là : 61% des employés canadiens voudraient plus de flexibilité pour travailler n’importe où, selon un sondage mené par la firme Accenture auprès de 9000 travailleurs dans 11 pays. On ajoute que 37% des travailleurs canadiens estiment pouvoir être productifs et se sentir bien en travaillant à distance.  

En plus, 63% des entreprises à forte croissance auraient déjà adopté un modèle de «productivité partout», toujours selon la firme conseil mondiale qui accompagne les grandes entreprises. Tout indique que le modèle hybride va prendre de l’ampleur, à condition que les employeurs s’adaptent. 

«Avant la pandémie, le point de vue de la productivité des employés primait. Aujourd’hui, les dimensions financières, mentales, physiques et relationnelles doivent faire partie de l’équation», explique Luis Alberola. Les entreprises qui vont développer cette vision de leurs employés d’un point de vue multidimensionnel vont avoir plus de possibilités de les garder motivés quel que soit leur environnement de travail.» 

La technologie a aussi son rôle à jouer dans ces importantes mutations sur le marché du travail, ressources numériques obligent. Des données d’Accenture de 2020 montrent même que 14% des grandes entreprises dites «matures» d’un point de vue digital ont vu une augmentation en termes de performance.