La crise du logement menace le quartier chinois | 24 heures
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La crise du logement menace le quartier chinois

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Le quartier chinois et sa communauté sont habitués de côtoyer les projets de tours à condos qui poussent au centre-ville, mais l’acquisition du plus vieux quadrilatère du Chinatown par de gros promoteurs immobiliers a sonné l’alerte. 

Le rachat pour 9,2 millions de l’ancienne British and Canadian School, par les promoteurs Brandon Shiller et Jeremy Kornbluth, laisse croire à Walter Tom, avocat spécialisé en droit de l’immigration et membre de la communauté chinoise de Montréal, qu’un gros projet de condos de luxe est à prévoir à cet endroit. «Le quartier chinois est en voie d’extinction», craint Walter Tom.  

Actuellement, le bâtiment de l’ancienne British and Canadian School, vieux de presque 200 ans, abrite des appartements et les locaux de la compagnie Nouilles Wing ltée.  

Des associations familiales chinoises sont devenues propriétaires des édifices du quartier avec le temps, et ce sont leurs commerces qui sont menacés par ces transformations selon Walter Tom.  

Il constate que les Chinois du quartier perdent du terrain sur les investisseurs immobiliers années après année. «Quand il y a des gros édifices qui apparaissent autour, ça fait augmenter la valeur des terrains, les taxes augmentent, et les petits propriétaires ne peuvent pas payer autant que des gros promoteurs», résume-t-il. 

Un moratoire pour éviter le pire  

«Le quartier chinois, pour nous, c’est une question d’identité, c’est notre chez-nous», martèle Walter Tom. Des groupes issus de la communauté chinoise font pression auprès de la Ville de Montréal et de l’Assemblée nationale afin qu’un moratoire soit imposé sur les rénovations dans le quartier chinois.  

Ce moratoire pourrait freiner la construction de nouveaux bâtiments en attendant que certains soient évalués pour être classés comme édifices patrimoniaux par le ministère de la Culture et des Communications.  

Un comité de travail pour protéger le quartier a été mis sur pied par le ministère en mai. Il doit accoucher de recommandations pour le gouvernement du Québec et la Ville de Montréal dans les prochains mois.   

Les résidents dans l’inquiétude  

«Mon arrière-grand-père s’est installé ici en 1892, raconte Sandy Yep, un ancien résident du quartier qui est revenu de Toronto durant l’été pour lutter contre l’achat de l’ancienne British and Canadian School. «J’ai habité dans ce bâtiment, mon appartenance est immense, ça me rend triste», lâche-t-il. 

Sandy Yep n’est pas le seul membre de la communauté chinoise à regarder avec dépit le quartier chinois être «dénaturé». Jean-Philippe Riopel y réside depuis 11 ans et y est guide touristique. Il a voulu racheter le bâtiment avant Shiller et Kornbluth, mais la surenchère des promoteurs a eu raison de son offre.  

Selon lui, tout le monde devrait s’inquiéter de la tendance aux travaux majeurs dans le quartier. «Évidemment, c’est l’histoire de la communauté chinoise de Montréal qui est en jeu, affirme-t-il. Mais c’est aussi notre histoire [à nous tous] parce que c’est l’histoire des Chinois du Québec.»  

«C’est le seul quartier chinois francophone au Canada», ajoute Jimmy Chan, membre de l’association familiale des Chan. «Il y a déjà eu un quartier chinois dans la ville de Québec, mais il n’est plus là, si on ne fait pas attention, ça sera pareil ici aussi.» 

Jean-Philippe Riopel, lui aussi résident d’un bâtiment racheté par Shiller et Kornbluth, a déjà communiqué avec les nouveaux propriétaires, qui lui ont promis qu’ils comptaient respecter les lieux. «Ils m’ont promis qu’ils n’avaient aucun projet, mais je ne suis pas naïf.» 

Dans un échange de courriel, le porte-parole de la firme Hillpark Capital, à laquelle sont affiliés Brandon Shiller et Jeremy Kornbluth, a commenté qu'il n'y avait pas de projet pour l'instant, mais que «tout projet potentiel futur prendrait fortement en considération la très riche histoire du voisinage environnant». 

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