Reprise du pouvoir en Afghanistan: qui sont les talibans? | 24 heures
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Reprise du pouvoir en Afghanistan: qui sont les talibans?

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En s’emparant de Kaboul ce dimanche, les talibans ont repris le contrôle en Afghanistan, 20 ans après avoir été chassés du pouvoir par les États-Unis. Mais qui sont-ils et quelles seront les conséquences de leur retour en force?

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La première chose à savoir, c’est que les talibans sont des étudiants de la religion, explique Sami Aoun, professeur à l’Université de Sherbrooke et directeur du comité scientifique de la Chaire UNESCO en prévention de la radicalisation et de l’extrémisme violent.  

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«Initialement, c’est un mouvement fondamentaliste, donc ils veulent retourner aux sources de leur religion. Ils ont une interprétation la plus littérale possible de l’islam. On peut les considérer comme hyper conservateurs», explique-t-il. 

Malgré les liens étroits qui les unissent avec Al-Quaïda, le groupe n’est pas à proprement parler un groupe terroriste. «C’est un groupe nationaliste. Ils veulent contrôler leur territoire, mais n’ont pas l’ambition d’attaquer hors de leur fief», précise Sami Aoun. 

Les origines         

Le groupe est né au début des années 1990 après le retrait des troupes soviétiques de l’Afghanistan. Il est alors composé de plusieurs petites cellules de résistants, appelées moudjahidines, qui se sont opposées aux Russes lors de l’invasion du pays. 

En 1989, quand les Soviétiques se retirent, une guerre civile éclate en Afghanistan en raison de déchirures entre les différents clans moudjahidines. 

Les talibans émergent de ces conflits comme un groupe armé séduisant pour les jeunes afghans d’origine pachtoune, l’ethnie majoritaire du pays. Ils promettent alors de rétablir la paix et la sécurité, en plus d’appliquer leur propre version très rigoriste de la charia, la loi islamique, une fois au pouvoir.

Ils étendent ensuite rapidement leur influence et, en 1996, ils s’emparent du pouvoir et déclarent l’Afghanistan émirat islamique. 

Interprétation stricte de la charia         

Une fois au pouvoir, ils imposent leur interprétation stricte de la loi islamique. Ils introduisent des châtiments tels que l’exécution publique des meurtriers et des adultères condamnés, et l’amputation des voleurs reconnus coupables. 

Vient aussi la destruction ou l’interdiction des symboles occidentaux comme la télévision, le cinéma ou la musique.

C’est aussi le retour des habits traditionnels: les hommes doivent se laisser pousser la barbe et les femmes doivent porter la burka, qui recouvre tout le corps. 

Dans ce monde, les femmes sont particulièrement visées. Les talibans interdisent la scolarisation des filles et contrôlent les allées et venues des femmes, qui ne peuvent se déplacer qu’avec un «mahram», un chaperon masculin de la famille.

20 ans plus tard, doit-on craindre les mêmes violences?         

Malgré plusieurs différences avec les talibans des années 1990, les fondations idéologiques de plusieurs factions du groupe d’aujourd’hui demeurent les mêmes que celles d’il y a 20 ans, selon Sami Aoun. 

La grande différence, c’est que les dirigeants sont aujourd’hui plus habiles politiquement. 

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«Aujourd’hui, on remarque que les porte-parole talibans, qui sont mieux initiés aux cercles occidentaux et qui connaissent les sociétés démocratiques, envoient des messages vagues, généralistes et mielleux sur les femmes. Qu’ils vont leur permettre d’étudier, par exemple», dit-il. 

Un discours qui ne colle pas avec ce qui se passe présentement sur le terrain, poursuit M. Aoun. 

«Depuis quelques jours, on voit les rapports des agences des droits de la personne qui montrent que dans les régions rurales, ils n’ont pas changé du tout leurs sauvageries et leurs barbaries», évoque-t-il. 

Hibutallah Akhundzada

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Hibutallah Akhundzada

D’ailleurs, le chef actuel du groupe, Hibutallah Akhundzada, était à l’époque responsable des tribunaux stricts de la charia, ce qui laisse craindre le pire pour les femmes dans le pays.

Retour de la peur chez les Afghanes        

Des indices provenant des médias sociaux sont de mauvais augure: dans une publication devenue virale sur Twitter, un homme a été photographié en train de recouvrir de peinture la photo d’une mariée souriante affichée sur la vitrine d’un magasin. 

Plusieurs Afghanes ont aussi commencé à exprimer leurs craintes dans les médias et sur internet.

«Pour toute la nation, voir ainsi tout s’effondrer en un instant, c’était la fin du monde», a confié lundi matin à l’AFP Aisha Khurram, une étudiante de 22 ans, quelques heures après l’entrée des talibans dans Kaboul.  

Sur Twitter, le compte de Rada Akbar, une femme de 33 ans, était rempli d’émoticônes de cœur brisé. «Mon Afghanistan bien-aimé s’est effondré sous mes yeux», écrit-elle dans un message. 

En seulement quelques jours, les femmes afghanes pourraient donc voir s’envoler les droits acquis depuis plus de 20 ans. 

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