Il existe maintenant un guide de bonne conduite sexuelle pour les garçons | 24 heures
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Il existe maintenant un guide de bonne conduite sexuelle pour les garçons

Les livres abordant la sexualité des jeunes filles sont courants, mais ceux destinés aux garçons... un peu moins. À vrai dire, ils sont carrément inexistants, d’après l’auteur du tout nouveau Guide de bonne conduite sexuelle à l’usage des gars, Michel Dorais. Pour son 25e ouvrage en langue française, le spécialiste a voulu se pencher sur la question après le mouvement #metoo. Le 24 heures s’est entretenu avec lui.

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24 heures : D’où est venue l’idée de faire un guide de bonne conduite sexuelle spécialement dédiée aux garçons? 

Michel Dorais : J’essaie de prendre le pouls de la société qui évolue et ça fait des années que je me disais qu’il était temps. Les gars aussi ont une sexualité. J’ai lu tout plein d’excellents livres sur la sexualité des filles et des femmes... Et je me disais : «Comment ça se fait qu’il y a pas d’équivalent pour les gars, ça n’a pas d’allure!» Et je me suis dit que plutôt qu’attendre que quelqu’un le fasse, ça va être moi.  

Est-ce que le livre s’adresse nécessairement aux jeunes hommes? 

C’est écrit simplement, comme on se parle, comme je parle aux jeunes dans la vingtaine. On cible les ados et les jeunes adultes, mais je suis sûr qu’il y a bien des gars de 40-50 ans qui auraient bien des choses à apprendre. Si le livre pouvait traîner un peu partout, ce serait une bonne affaire, parce que dans chaque famille des gars pourront en tirer profit, j’en suis certain.  

L'auteur et sociologue Michel Dorais.

Julien Faugère

L'auteur et sociologue Michel Dorais.

Vous dites dans votre livre qu’«on n’a pas besoin de permis de conduire pour avoir une vie sexuelle» et que «si on ne veut pas provoquer d’accidents, de blessures ou de traumatismes, la prudence est de mise». Est-ce que vous considérez que l’école donne suffisamment d’outils à l’heure actuelle pour avoir un semblant de permis de conduire? 

Des profs m’ont dit que le livre arrivait vraiment à un bon moment! Ils cherchent des outils pour les gars et ils n’en trouvent pas. L’éducation à la sexualité et à la vie amoureuse, c’est aussi un cours d’éducation à la vie citoyenne. Se respecter, respecter les autres, gérer ses désirs, gérer ses frustrations, combattre les fausses croyances... Avec #metoo, les gars se demandaient s’ils pouvaient encore cruiser. Ce mouvement-là a été un électrochoc qui a lancé le message : «c’est fini, il faut changer». Aussi, l’intimité ne se discute pas beaucoup en famille. Ça se fait de plus en plus avec les jeunes pères et tant mieux, mais il y en a qui ne savent pas comment faire. Encore pire, il y en a qui disent ne pas être de bons exemples. Que tu sois un bon exemple ou pas, tu peux en parler.  

Quand vous dites combattre les fausses croyances... on pense tout de suite au web. Le porno, le cyberharcèlement et les cyberagressions sont choses relativement récentes. Est-ce qu’on peut déjà en voir les effets chez les jeunes adultes? 

On pense que les jeunes en savent plus grâce au web. Au contraire, je crois qu’ils n’en savent pas plus. Il y a beaucoup d’informations et peu de connaissances. Il y a peu de réponses aux questions que se posent les jeunes. Comment on «négocie» les relations, comment on fait quand on me dit «non»... Peu de gars apprennent ça! C’est extrêmement important ce qui s’est passé avec le mouvement #metoo et il faut prendre acte de ça, pour ne pas que les jeunes générations reproduisent les mêmes erreurs que les plus vieilles.  

Vous décortiquez plusieurs concepts et des comportements malsains qui peuvent en découler comme le consentement, la drague et la jalousie. D’où proviennent tous vos exemples? 

Ça fait quarante ans que je suis dans le domaine et j’en ai entendu des histoires. Je voulais un livre dans lequel les gens se reconnaissent dans les questions posées. Les têtes de chapitres font aussi référence à des choses que j’ai entendues et qui sont en réalité des pièges, comme «Son indifférence m’excite», «Mais son corps disait oui», «Si j’insiste davantage, son non va se changer en oui», «la sexualité, c’est animal, et je suis mâle alpha». J’ai travaillé sur le Comité d'experts sur l'accompagnement des personnes victimes d'agressions sexuelles et de violence conjugale pendant deux ans et [l’éducation sexuelle] était un sujet qui m’intéressait beaucoup.  

C’est quoi la réflexion que vous souhaitez susciter chez les personnes qui vont lire votre guide? 

Il y a une phrase que j’aime beaucoup : «Porter un pénis, c’est porter une responsabilité.» Tu peux avoir beaucoup de plaisir avec ça et en donner beaucoup, mais tu peux causer bien des problèmes, y compris à toi-même! Je veux qu’on se reconnaisse dans le livre et le message est : «c’est pas pour te chicaner ou pour t’embêter, mais plutôt pour te donner des conseils». On ne te dit pas quoi faire, on te donne un outil de réflexion. Je l’ai écrit en pensant surtout aux jeunes générations, mais en me disant que ça peut être utile pour les plus vieilles aussi. On écrit toujours le livre qu’on aurait aimé lire, finalement.  

Le Guide de bonne conduite sexuelle à l'usage des gars aux éditions Trécarré est disponible dès le 26 août en librairie.

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