OnlyFans renonce à bannir le contenu «sexuellement explicite»: voici ce qu'en pensent des créatrices d’ici | 24 heures
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OnlyFans renonce à bannir le contenu «sexuellement explicite»: voici ce qu'en pensent des créatrices d’ici

Émilie Bérubée, Jade Lavoie et Stacie Doll
Photos tirées d'Instagram

Émilie Bérubée, Jade Lavoie et Stacie Doll

OnlyFans revient sur sa décision et renonce à bannir les contenus sexuellement explicites. Si ce recul soulage des créatrices d'ici, des craintes demeurent quant à l'avenir de la plateforme. Retour sur l'affaire.

La décision d'interdire les contenus pornographiques à compter du 1er octobre répondait à la menace de grandes banques, de mettre un terme à leurs relations avec OnlyFans par crainte de voir leur réputation entachée, selon le fondateur et directeur général du site, Tim Stokely. 

«Nous avons réuni les garanties nécessaires pour soutenir notre communauté diverse de créateurs et avons suspendu le changement de réglementation prévu pour le 1er octobre», a «tweeté» mercredi matin OnlyFans.

«OnlyFans fait front pour l’inclusion et nous continuerons à offrir un hébergement à tous les créateurs», peut-on lire. 

Des réactions partagées      

 Des créatrices québécoises actives sur OnlyFans sont soulagées par ce retournement de situation. 

«C'est mon principal revenu [alors], c'est un soulagement, car de tout transférer [vers une autre plateforme] allait prendre plus qu'un seul mois, se réjouit la créatrice de contenu Jade Lavoie. On est pas mal toutes contentes de la décision. On s'est fait entendre, je crois!» 

Elle reste toutefois sur ses gardes: «J'ai quand même ouvert d'autres plateformes, parce que, visiblement, on ne peut faire confiance à personne.»

Une autre créatrice, Bianca, connue sous le nom de Venom Girl, partage cette méfiance: «D'un côté, c'est un soulagement, mais de l'autre, je me demande pour combien de temps [les règles vont rester ainsi]. Je me demande pourquoi ce changement soudain de décision. Je trouve que la plateforme manque de stabilité.»

Depuis plusieurs mois, le revenu de Bianca, une mère monoparentale de trois enfants, dépend entièrement d'OnlyFans. Avec ses 150 abonnés, elle arrive à toucher environ 1500$ par mois. Elle craignait de devoir se tourner de nouveau vers l'aide sociale à partir du 1er octobre. «Beaucoup de filles sur mon groupe parlent de changer de plateforme malgré tout», mentionne-t-elle. 

La créatrice de contenu Émilie Bérubée avait pour sa part déjà entamé des démarches pour déménager sa clientèle vers une autre plateforme. «Je trouve ça plate, dans un sens, d'avoir tout fait ça pour rien, mais, en même temps, je suis vraiment contente de ne pas être obligée d'envoyer tout le monde ailleurs et de ne pas avoir à recommencer.»

Stacie Doll se dit elle aussi «mitigée» vis-à-vis de cette annonce. «Ce que je comprends, c'est que c'est “suspendu” et pas définitif, je n'ai rien reçu encore de leur part», affirme-t-elle. 

Dans ses stories Instagram, la créatrice de contenu Hélène Boudreau, connue pour avoir exhibé une partie de ses seins dans sa photo de finissante de l'UQAM, se réjouit de cette annonce. 

«Je ne perds pas ma job, tout continue comme avant. C'est vraiment wack, qu'ils ont annoncé ça et qu'après cinq jours, qu'ils n'annoncent plus ça, mais la vie continue. Si vous comprenez le stress qu'on a vécu avec l'annonce d'Only qui fermait, pis là, de ce matin, qu'il ne ferme plus. Nous, on a tous pensé qu'on perdait nos jobs, des milliers de dollars. J'ai vécu un grand stress et des amis aussi.»

«Je suis juste sous le choc et très, très émotive, parce qu'on a été rejetés, bashés, jugés, pis toute la communauté d'Only, on s'est ralliés ensemble et on a fait entendre notre voix et on a gagné», ajoute-t-elle. 

Hélène Boudreau espère que cette annonce changera le regard qu'on porte sur les créatrices et les travailleuses du sexe actives sur cette plateforme. 

«Je suis vraiment, vraiment contente et j'espère que ça va changer beaucoup de choses dans la communauté. On est tellement, tellement jugées, je trouve que c'est une victoire en soi, dit-elle en versant quelques larmes. Je suis tellement émotive, mais, encore en 2021, on est tellement jugées et les plateformes nous rejettent, mais on est encore là et on va continuer. Ils ont vu qu'ils perdaient beaucoup sans nous, donc ils ont remis leur décision, pis ils se sont dit qu'ils allaient nous garder, parce qu'ils perdent beaucoup.»

Une popularité en hausse     

La popularité d'OnlyFans a explosé pendant la pandémie de coronavirus. La plateforme revendique aujourd’hui plus de 150 millions d’utilisateurs, leur nombre ayant été multiplié par plus de 15 en deux ans seulement.

OnlyFans dit compter plus de 1,5 million de créateurs de contenu, auxquels le site dit reverser plus de 5 milliards de dollars par an.

Dans une interview accordée au Financial Times et publiée mardi, Tim Stokely avait notamment accusé la banque américaine BNY Mellon d’avoir refusé d’effectuer des virements de comptes d’utilisateurs à ceux de créateurs.

«Nous n’avions pas le choix», avait-il alors dit à propos de la décision de bannir «tout contenu sexuellement explicite», mais pas la nudité.

Depuis plusieurs mois, OnlyFans cherche à faire évoluer son image afin de la rendre plus respectable. Aujourd’hui, les contenus mis en avant sur la plateforme n’ont rien de sexuel ni d’érotique, la plateforme mettant l’accent sur les vidéos de recettes de cuisine, de fitness ou de conseils santé.

– Avec des informations de l'AFP

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