Qu'est-ce que la COVID longue? Un malade nous parle des séquelles qu’il traîne depuis 7 mois | 24 heures
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Qu'est-ce que la COVID longue? Un malade nous parle des séquelles qu’il traîne depuis 7 mois

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Photo d'archives Stevens Leblanc

Pour la majorité des personnes infectées à la COVID-19, les symptômes durent tout au plus deux à quatre semaines. Mais d’autres en ressentent les effets plusieurs mois, voire un an, après leur diagnostic. Ils souffrent de la COVID longue durée.

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C’est le cas de Richard Abran, 58 ans. Il a contracté la COVID-19 à la fin octobre 2020. Au départ, ses symptômes étaient légers – perte du goût, un peu de fièvre et de la fatigue. 

«Deux semaines après m’être rétabli, je suis retourné au travail. J’ai travaillé une semaine et demie, puis j’ai dû arrêter. J’ai commencé à avoir des problèmes de respiration, je perdais mon souffle rapidement», raconte le livreur pour Purolator, un emploi nécessitant de la force physique.

De mal en pis  

En décembre, les choses allaient de mal en pis. Après des appels au 811, une consultation téléphonique avec un médecin et une visite à l’urgence, entrecoupés de tentatives de retour au travail infructueuses, M. Abran reçoit enfin un diagnostic de COVID longue.

«J’en avais entendu parler un peu, mais c’est là que j’ai appris ce que c’était. On m’a dit que ça arrive à certaines personnes qui ont eu la COVID-19, mais [les médecins] n’ont aucune idée pourquoi. Deux personnes peuvent avoir différentes réactions à la même infection. Je n’aurais jamais cru que ça pourrait m’arriver», explique Richard Abran.

Richard Abran

Photo Courtoisie

Richard Abran

Celui qui est en arrêt de travail depuis janvier a du mal à reprendre son souffle et souffre de pertes de mémoire. Pire encore: il éprouve une sensation de «brouillard cérébral» (brain fog) et est affligé d’une toux si intense qu'il en perd «momentanément la vision». «Dans ces circonstances-là, c’est dangereux pour moi de travailler, puisque je conduis un camion», précise-t-il. 

Tout ce que les médecins trouvent à lui dire, c’est qu’ils n’en savent pas beaucoup sur la COVID longue. La batterie de tests qu’on lui a fait passer ne révèle rien d’anormal, hormis de la haute pression depuis son infection. Richard Abran ignore si la COVID longue est derrière cette haute pression ou si c’est arrivé par hasard.

La COVID longue, qu'est-ce que c'est?    

La COVID longue, c’est tout symptôme qui persiste après une infection à la COVID-19, résume la Dre Thao Huynh, épidémiologiste-cardiologue au Centre universitaire de santé McGill (CUSM). 

Fatigue extrême, troubles de concentration, perte du goût ou de l’odorat, douleurs thoraciques, palpitations et essoufflement comptent parmi les symptômes les plus communs des personnes qui en souffrent. Et les résultats des tests de dépistage du virus de la COVID-19 sont négatifs.

Les différentes autorités sanitaires ne s’entendent pas sur la durée que doivent avoir ces symptômes pour que la COVID longue soit diagnostiquée chez un patient. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) parle de 12 semaines, alors que les Centres de contrôle et de prévention des maladies des États-Unis (CDC) parlent de quatre semaines. «Mais après trois mois, on peut parler de COVID longue», précise celle qui est également chercheuse à l’Institut de recherche du CUSM.

«C’est débilitant. La plupart des patients ne peuvent pas travailler, même si tous les tests qu’ils passent sont normaux. Mais ce n’est pas juste dans leur tête, ils ressentent réellement ces symptômes. Ils ne sont pas paresseux», explique la Dre Huynh.

Une étude sur la COVID longue  

La Dre Huynh dirige d’ailleurs une étude sur l’impact à long terme de la COVID-19 sur une centaine de patients. Ce qu’elle constate, après deux mois de recherches, c’est que l’infection à la COVID «est très bizarre» – et que la COVID longue l’est tout autant.

Parmi les patients qu’elle a recrutés pour son étude se trouvent des personnes de tous âges, dont plusieurs étaient en pleine forme et exempts de maladie chronique. Plusieurs de ces patients sont des professionnels du milieu de la santé, «probablement à cause de la charge virale plus élevée à laquelle ils ont été exposés». Mais le plus inusité, c’est que 80% sont des femmes. Et ce n’est pas seulement parce que les femmes sont plus enclines à consulter, affirme la Dre Huynh: plusieurs études sur la COVID longue confirment la statistique.

«La littérature scientifique ne sait pas pourquoi. Je ne pense pas que ce soit lié aux hormones, parce que je vois des femmes de tous les âges, des jeunes, des préménopausées, des postménopausées. L’une d’elles a même 70 ans», ajoute-t-elle.

Difficile, donc, de prédire chez qui se développeront des symptômes à long terme. Ce que l’on sait, c’est qu’au moins 10% des personnes infectées à la COVID-19 souffriront de symptômes à long terme, selon l’OMS. La Dre Huynh croit plutôt que la moyenne se situe autour de 30%. 

«Quand on parle d’un million et demi de personnes infectées au Canada, ce sont, au minimum, 200 000 personnes qui développeront la COVID longue. C’est énorme!» s’exclame la Dre Huynh.

Un rétablissement en 12 mois  

Si la majorité des personnes affligées par la COVID longue commencent à se sentir mieux 12 mois après l’infection initiale, Richard Abran ne voit pas la lumière au bout du tunnel, plus de sept mois après l’aggravation de ses symptômes. «Je ne veux pas dire que j’ai perdu espoir, mais je ne me suis pas mis une limite de temps pour guérir. Ça va arriver quand ça va arriver. Je ne veux pas trop espérer de guérir.»

Entre-temps, la Dre Huynh suggère une modification du style de vie pour aider les patients à gérer les symptômes de la COVID longue. 

«Prendre les choses doucement, réduire les tâches quotidiennes, ne pas essayer d’en faire trop en même temps, énumère-t-elle. Les patients atteints de COVID longue tolèrent mal la chaleur, donc je leur conseille aussi de réduire l’exercice, mais pas de l’éliminer complètement, pour éviter de perdre leur masse musculaire. Et aussi s’hydrater beaucoup.»

Pour l’instant, personne ne sait si la COVID longue laissera des séquelles à long terme sur le corps ou le cerveau. «C’est ce qu’on essaie de savoir [avec l’étude]. On répète nos tests [sur les patients] au cours de l’année pour voir comment ils évoluent. Je ne peux pas vous répondre maintenant, mais peut-être que l’année prochaine, oui», soutient la Dre Huynh.

Le message que la Dre Huynh souhaite passer – surtout aux jeunes – est de se faire vacciner. «On n’a rien encore pour prévenir la COVID longue; le seul outil à notre disposition est le vaccin. Tout le monde peut être frappé par la COVID longue, même les jeunes en pleine forme. Personne n’est invincible», conclut-elle.

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