Quand tes parents n’ont pas assez d’argent à la rentrée | 24 heures
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Quand tes parents n’ont pas assez d’argent à la rentrée

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Billet - Du primaire au secondaire, je me souviens de chaque fin du mois d’août. La rentrée scolaire était une grande source d’angoisse pour ma mère. Nous étions trois enfants. Les fournitures scolaires, les lunchs, les vêtements, le loyer, les factures... Tout ça en même temps, c’était trop. 

Même si j’étais enfant ou ado, je le savais et j’étais hyper-stressée. Je me demandais si mes cahiers, mes crayons et mon sac à dos ressembleraient à ceux des autres enfants. 

Je ne voulais pas être différente: je désirais des stylos colorés Pilot et non BIC, et je voulais acheter mes fournitures scolaires chez Bureau en gros, pas chez Rossy. C’est tellement con. Ma pauvre mère savait ça... 

C’est une femme fière. Jamais elle ne m’aurait laissée commencer ma nouvelle année scolaire avec des souliers usés. Alors, elle m’achetait une paire chez Yellow et non chez FootLocker ou chez Browns. «Trop cher», me disait-elle. Au lieu de 100$ la paire, c’était 40$; un bon compromis, quoi. 

Pour me rendre ma fierté dans le quartier aisé dans lequel on vivait, Manmi accumulait à l’époque des heures supplémentaires à 6,80$ l’heure comme préposée aux bénéficiaires. 

Les sandwichs au ketchup  

À l’heure du lunch, je voulais aussi manger la même chose que mes camarades québécois anglophones blancs (j’ai grandi dans le West Island). Un sandwich à la dinde dans un pain de campagne moelleux, les petits légumes et les fruits bien coupés dans un tupperware, les jus Oasis, les Yoplait, les muffins maison aux pépites de chocolat ou les petits biscuits Ritz... 

Moi, j’avais des sandwichs de jambon louches: une tranche de fromage Kraft, de la laitue mouillée, une tranche de tomate qui ruinait le pain «toasté» et ben du ketchup. (Ma mère ne connaissait pas la culture de la mayonnaise et de la moutarde, et elle grillait les pains pour je ne sais quelle raison.) 

Comme boisson, j’avais droit à une bouteille réutilisable remplie de jus de can congelée McCain. Selon les semaines, un yogourt et des biscuits «en spécial» dans la circulaire remplissaient aussi ma boîte à lunch. 

J’étais chanceuse de manger à ma faim, mais, comparé à mes camarades, ça détonnait. 

20% des Montréalais  

Je sais que beaucoup d’enfants issus de l’immigration ou ayant grandi dans des milieux précaires se retrouveront dans mon récit.   

Dieu merci, au Québec, il existe aujourd’hui des ressources extraordinaires pour aider les familles à faible revenu. 

L’organisme Mission Bon Accueil a organisé la semaine dernière l’événement La rentrée la tête haute, qui a permis de distribuer plus de 1200 sacs à dos remplis de fournitures scolaires pour les enfants de 5 à 12 ans provenant de foyers en situation précaire. 

«Croyez-le ou non, mais 20% des Montréalais et des Montréalaises vivent sous le seuil de la pauvreté. Il faut reconnaître cette réalité et concevoir que, de semaine en semaine, il y a des gens qui ont des choix difficiles à faire», m'explique Sam Watt, PDG de Mission Bon Accueil. 

En cette période du retour en classe, Manel, une maman de trois enfants, m’a parlé de sa reconnaissance envers Mission Bon Accueil. 

«Je dis merci. L’organisme aide vraiment les gens, car, dans cette vie, les choses deviennent de plus en plus dispendieuses. Mes enfants ne manquent de rien pour le retour en classe», me confie-t-elle. 

«Je ne m’attendais pas du tout à ce genre d’aide. Ils nous donnent les choses nécessaires pour commencer une vie», poursuit celle qui est arrivée d’Algérie il y a sept ans. 

Mission Bon Accueil soutient aussi les jeunes mères et les jeunes femmes enceintes de 15 à 30 ans, ainsi que les jeunes vivant dans la précarité, avec les programmes Cœur à Sœur et Camp de jour Kass

«Il faut souligner que les clients qu’on dessert sont aussi des nouveaux arrivants, et ces enfants que nous servons aujourd’hui deviendront les avocats, les docteurs et les banquiers de demain», mentionne Sam Watt. 

Ou journaliste! Aujourd’hui dans ma trentaine, je souris. Je me dis que mes paires de souliers de chez Yellow m’ont quand même permis d’accéder à une éducation exemplaire. 

Mais un jour, j’aurai les larmes aux yeux en préparant à mon enfant un sandwich à la dinde bio garni de laitue croquante, de fromage brie et de mayonnaise à la truffe, dans un pain ciabatta aux olives et aux tomates. 

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