Crise climatique et politique: le cynisme n’est pas la solution | 24 heures
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Crise climatique et politique: le cynisme n’est pas la solution

Philippe-Vincent Foisy
MARIO BEAUREGARD/AGENCE QMI

Philippe-Vincent Foisy

Le gouvernement peut-il vraiment changer la donne côté environnement? Est-il en train de le faire? Devrait-on virer cynique? On a posé ces questions au journaliste et animateur Philippe-Vincent Foisy, qui couvre la politique canadienne depuis plusieurs années. 

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Est-ce que tu sens que l’environnement, c’est la priorité à Ottawa? 

Ça prend de la place et il y a des débats intéressants, mais ce n’est pas la priorité – même si les partis le disent –, surtout depuis un an et demi avec la COVID.   

On dit souvent que le gouvernement met des cibles environnementales ambitieuses, mais ne travaille pas pour les atteindre, donc on n’y arrive jamais. Ça décourage les gens, ce n’est pas bon pour l’opinion publique et ça n’encourage pas les gens à faire plus d’efforts.  

Il y a du bon, quand même? 

En ce moment, à Ottawa, tous les partis s’entendent sur la taxe carbone. C’est nouveau! Même les conservateurs ont leur version un peu sur le modèle des petro-points. S’il y a un changement de gouvernement le 20 septembre [lors des élections], il va quand même y avoir cette base qui va rester.  

Après, que la limite soit fixée à 50$ la tonne, les spécialistes vont dire que ce n’est pas suffisant.  

Il y a aussi des investissements dans les énergies vertes, mais ça aussi les spécialistes vont dire que ce n’est pas assez.  

Les politiciens peuvent-ils vraiment faire changer les choses? 

Les politiciens pourraient dire que l’exploitation pétrolière, c’est fini, on n’en produit plus et on n’en consomme plus. Mais les gens qui ont une voiture et ceux qui produisent du pétrole capoteraient. La réalité sociale et économique font en sorte qu’on ne peut pas du jour au lendemain aller plus vite.  

Pour aller chercher les gains nécessaires, ça va prendre des gros changements de société, et politiquement, ça coûte cher.  

Mais la volonté politique, c’est être capable de déplaire à suffisamment de monde [pour réaliser ses idées]. On pourrait augmenter la taxe carbone à 170$ la tonne [comme le souhaite Justin Trudeau], mais ça aurait de grosses conséquences sur le portefeuille de plusieurs gens.  

Il faut aussi prendre en considération qu’au Québec, il fait froid l’hiver, on doit se chauffer, transporter jusqu’ici des produits – dont des aliments qui ne poussent pas chez nous –, se déplacer sur un vaste territoire (on n’a pas la densité pour un TGV entre Rouyn-Noranda et Montréal)...  

C’est ça qui est l’fun avec la politique: ce n’est pas facile, c’est compliqué. Ceux qui promettent que ça va être facile, ils vous mentent.  

En Europe, on voit plus de législations imposantes en lien avec l’environnement. Pourquoi?  

Je pense que c’est en partie parce qu’ils sont plus conscientisés. Je me souviens, quand j’allais chez ma tante en France à cinq ans, je laissais couler l’eau en me brossant les dents et elle me disait: «que fais-tu là?»  

Mais aussi il y a plus de monde sur de plus petits territoires. Ce sont des pays qui sont plus denses, donc c’est plus facile. En France par exemple il y a déjà tout un réseau de TGV, ils peuvent aller de l’avant de façon plus ambitieuse.  

Autre point : la météo. Dans bien des villes tu peux faire du vélo ou de la mobylette 11 mois par année parce que tu n’as pas 40 centimètres de neige et de la slush. C’est plus tentant aussi pour acheter une voiture électrique.  

À part l’environnement, c’est quoi les enjeux auxquels les 18-35 devraient plus s’intéresser?  

La culture, le patrimoine, comment on va continuer au Québec de pouvoir consommer, créer des contenus, des livres, des séries télé, de la musique en français. Pour cultiver cette identité qui est la nôtre, c’est très important de pouvoir se parler, raconter et développer nos histoires.  

Il y a l’économie aussi: il ne faut pas oublier que l’environnement vient avec son penchant économique. C’est important de savoir comment ça fonctionne. Quand on parle de décroissance, par exemple, il faut savoir ce que ça veut dire concrètement dans la vie des gens dont les fonds de pension ou les entreprises dépendent de cette croissance-là.  

Deviens-tu cynique à force de couvrir la politique? 

Le cynisme, ça serait la pire posture à adopter dans le monde dans lequel on vit.   

Même c’est parfois difficile ou décevant, il faut travailler ensemble. Sinon, on va se retrouver seul dans un chalet à faire pousser des tomates l’été et manger des légumes racine l’hiver! Il faut croire que les choses peuvent changer.  


Les propos ont été édités par souci de concision.  


On peut entendre Philippe-Vincent Foisy sur QUB radio chaque matin de semaine de 6h à 8h, et à LCN 11h.

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