Le vote stratégique, une bonne idée? On vous explique | 24 heures
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Le vote stratégique, une bonne idée? On vous explique

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Photomontage Marilyne Houde

À chaque campagne électorale, on entend parler du vote stratégique, que ce soit pour battre le gouvernement sortant ou pour empêcher un parti d’accéder au pouvoir. Alors que certains appellent à ne pas «diviser le vote», d’autres nous mettent en garde contre le risque de «gaspiller» notre vote. Mais c’est quoi, au juste, le vote stratégique? On vous explique.

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Qu’est-ce que le vote stratégique?   

On parle de vote stratégique quand un électeur décide de donner son vote à un parti qui n’est pas son premier choix. C’est souvent parce qu’il juge que son coup de cœur ne représente pas l’un des deux partis ayant le plus de chances de l’emporter dans sa circonscription. Il vote donc pour le parti qu’il juge le «moins pire», mais aussi, en quelque sorte, contre le parti qu’il ne veut absolument pas voir gagner. 

Par exemple, quelqu’un dont les convictions se rapprochent plus de celles du Nouveau Parti démocratique, mais qui habite dans une circonscription où la lutte se joue entre les libéraux et les conservateurs, pourrait voter libéral pour nuire aux conservateurs. 

PHOTO D'ARCHIVES, AGENCE QMI

Ce n’est cependant pas la seule motivation pour voter stratégiquement, mentionne Bryan Breguet, auteur du blogue tooclosetocall.ca et analyste politique. «Parfois, les gens ne veulent simplement pas gaspiller leur vote en choisissant un parti qui n’a aucune chance de gagner. Ils veulent faire une différence.»

Ça avantage qui?   

Cette dynamique avantage surtout les deux grands partis, soit le Parti libéral et le Parti conservateur, au détriment des autres plus petits, affirme Ruth Dassonneville, professeure au Département de science politique de l’Université de Montréal.

«Il est clair que les grands partis ont généralement un avantage lorsque beaucoup d’électeurs votent de cette façon, puisque ceux qui préfèrent un petit parti vont choisir ce qu’ils considèrent être le moins pire des grands partis», analyse celle qui se spécialise dans le comportement électoral et politique. 

Elle rappelle cependant que le poids du vote stratégique reste négligeable et représente 5 à 10% des voix, d'une élection à l'autre. 

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Quand appelle-t-on au vote stratégique?   

Plus on avance dans une campagne électorale et plus elle est serrée, plus on entend parler de l’option du vote stratégique. La présente campagne ne devrait donc pas faire exception, selon Bryan Breguet. 

«Maintenant que les sondages montrent qu’on est passé d'une grande avance libérale à une course très serrée, je m’attends à ce que, dans les prochaines semaines, on entende de plus en plus d’appels au vote stratégique de la part des deux grands partis», prédit-il. 

Jagmeet Singh, Justin Trudeau et Maxime Bernier, lors de l’élection de 2019.

Photo AFP

Jagmeet Singh, Justin Trudeau et Maxime Bernier, lors de l’élection de 2019.

Ainsi, on pourrait entendre les libéraux dire qu’un vote pour les néodémocrates, c’est un vote pour les conservateurs. Les conservateurs pourraient de leur côté appeler les électeurs du Parti populaire de Maxime Bernier à ne pas diviser le vote conservateur.

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Une bonne idée?   

Pour Bryan Breguet, bien que le vote stratégique puisse parfois être utile, il illustre d'abord des faiblesses de notre système électoral. «Le fait qu’on se concentre sur la question [de] savoir si un vote devient un siège, c’est vraiment un côté néfaste de notre mode de scrutin», dit-il. 

Photo Courtoisie, Élections Canada

«Au final, chaque vote est important pour un parti, surtout pour un parti en émergence, poursuit l’analyste. Pour un parti, finir une élection à 12%, ça ne donne peut-être pas les victoires qu’il espère en termes de sièges, mais ça lui donne de la crédibilité et la possibilité d’aller chercher 20% la prochaine fois.»

Ce n’est pas tout. Un plus grand nombre de votes signifie généralement plus de visibilité pour un parti auprès de l'électorat. Par exemple, pour se qualifier au débat des chefs cette année, il fallait avoir obtenu 4% des votes en 2019. 

Dans certaines circonscriptions, peu importe les sondages à l'échelle du pays, le vote stratégique peut d’ailleurs s’avérer inutile, prévient Ruth Dassonneville. C’est le cas des châteaux forts, où un vote stratégique ne risque pas d’influencer le résultat de l’élection. 

«Ce qui devrait, en principe, influencer les électeurs et les inciter à voter stratégiquement ou pas sont les dynamiques qui sont propres à la circonscription, et non pas les sondages au niveau national», détaille-t-elle.

Des circonscriptions à surveiller?   

Est-ce qu’il y a des circonscriptions précises où le vote stratégique pourrait faire une différence lors du scrutin du 20 septembre prochain? Difficile à dire. 

«C’est très difficile de les identifier, parce que les comtés où il peut y avoir une influence du vote stratégique aujourd’hui ne sont pas les mêmes qu’il y a deux semaines et ne sont pas les mêmes que dans deux semaines. Ça bouge tous les jours», mentionne celui qui est aussi diplômé en politique de l’Université de Montréal. 

En 2015, de nombreuses campagnes nationales avaient été organisées par des groupes de pression pour appeler au vote stratégique contre les conservateurs. Malgré des moyens importants, les résultats avaient été mitigés. 

Photo d'archives, Agence QMI

«Ils avaient fait identifier des comtés où ils disaient aux gens que, s’ils ne voulaient pas des conservateurs, il fallait voter libéral ou néodémocrate, mais ils s’étaient trompés dans plusieurs comtés», souligne Bryan Breguet.

Il faut donc y penser à deux fois avant de délaisser son parti favori. Des sites spécialisés comme celui de Bryan Breguet ou 338canada.com, qui permettent de prendre le pouls de la population dans une circonscription donnée, peuvent aider à choisir entre un vote de cœur ou un vote de tête. 

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