Rentrée scolaire avec plusieurs contraintes pour les femmes en Afghanistan | 24 heures
/bref

Rentrée scolaire avec plusieurs contraintes pour les femmes en Afghanistan

Image principale de l'article Rentrée scolaire contraignante pour les femmes
AFP

Le retour au pouvoir des talibans rendra la rentrée bien plus contraignante pour les étudiantes afghanes. Celles-ci devront porter une abaya noire, assortie d’un niqab couvrant le visage, et devront suivre leurs cours dans des classes non mixtes, selon un nouveau décret.

• À lire aussi: Vers un retour de l’État islamique en Afghanistan? On vous explique

• À lire aussi: Qu’est-ce que la charia?

Les femmes devront également quitter la classe cinq minutes avant les étudiants et patienter dans des salles d’attente le temps que ces derniers aient quitté les lieux, précise un décret daté de samedi et publié par le ministère de l’Enseignement supérieur.

Cette scène dans une classe d'une université de Kaboul contreviendrait au nouveau décret publié par les talibans.

AFP

Cette scène dans une classe d'une université de Kaboul contreviendrait au nouveau décret publié par les talibans.

 

Classes non mixtes 

Pour donner les cours dans les classes féminines, les universités seront tenues de «recruter des enseignantes pour les étudiantes», ou pourront recruter «des enseignants âgés» dont la moralité aura été passée au crible, peut-on encore lire dans ce décret.

«Ça va être compliqué d’un point de vue pratique, nous n’avons pas suffisamment d’enseignantes ni suffisamment de salles de classe pour séparer les filles» des garçons, souligne auprès de l’AFP un professeur d’université, qui a requis l’anonymat.

AFP

L'abaya et le niqab au lieu de la burqa 

Lors du premier passage au pouvoir du mouvement islamiste entre 1996 et 2001, la règle de la non-mixité avait empêché la quasi totalité des femmes d’étudier. Le port de la burqa, long voile couvrant complètement la tête et le corps, avec un grillage dissimulant les yeux, était alors obligatoire.

L’abaya, que les étudiantes des établissements privés devront dorénavant porter, est un large voile couvrant le corps. Le niqab couvre lui le visage et laisse apparaître les yeux. 

• À lire aussi: Afghanistan: Airbnb offre de loger 20 000 réfugiés gratuitement

Des abayas, ici portées par des femmes des Émirats arabes unis en 2019.

AFP

Des abayas, ici portées par des femmes des Émirats arabes unis en 2019.

Droits des femmes 

La question des droits des femmes est celle qui préoccupe le plus la communauté internationale depuis la prise de pouvoir des talibans, le 15 août dernier, à l’issue d’une offensive militaire éclair.

Une femme de la communauté afghane manifeste devant l'ambassade américaine d'Athènes, en Grèce, le 28 août dernier.

AFP

Une femme de la communauté afghane manifeste devant l'ambassade américaine d'Athènes, en Grèce, le 28 août dernier.

Avant le retour des talibans, les étudiantes afghanes pouvaient suivre les cours dans des classes mixtes et assister à des séminaires donnés par des hommes.

Des étudiants et étudiantes afghans lors d'une cérémonie de remise de diplômes en 2017.

AFP

Des étudiants et étudiantes afghans lors d'une cérémonie de remise de diplômes en 2017.

Le mouvement islamiste s'efforce, depuis son retour au pouvoir, de montrer un visage plus modéré que par le passé. «Le fait qu’ils permettent aux filles d’aller à l’école et d’aller à l’université est en soi une étape importante et positive», a ajouté le professeur interrogé par l'AFP.

Universités désertées lundi

Plusieurs universités de Kaboul étaient désertées par les étudiants lundi, jour de la rentrée. «Il n’y a personne, pas d’étudiants», commentaient dans la matinée à l’AFP les gardes de deux établissements, alors que deux autres annonçaient une très faible fréquentation.

«La plupart de nos étudiants ne sont pas là», abonde auprès de l’AFP Reza Ramazan, professeur d’informatique à l’université Gharjistan de Kaboul. «On ne sait même pas s’ils sont encore dans le pays», observe-t-il, les Afghans éduqués ayant pris par dizaines de milliers le chemin de l’exil depuis le soudain retour au pouvoir des talibans.

Quant aux autres, «ils craignent les talibans et ne savent désormais plus de quoi leur avenir sera fait», après deux décennies de hausse de la scolarisation. 

Au cours des vingt dernières années, les écoles et les universités n’ont pas été épargnées par les violences qui ont secoué le pays et ont essuyé plusieurs attentats meurtriers. 

Les talibans ont toujours nié toute implication dans ces attaques, dont certaines ont été revendiquées par la banche locale du groupe Etat islamique.

À lire aussi

Et encore plus