Le Portugal a décriminalisé toutes les drogues pour lutter contre la toxicomanie (et ça marche!) | 24 heures
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Le Portugal a décriminalisé toutes les drogues pour lutter contre la toxicomanie (et ça marche!)

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Photo Fernando Teixeira / 24 heures

Décriminaliser les drogues pour lutter contre elles : ça peut paraître paradoxal, mais le Portugal a fait ce choix, et ça marche. Dans les années 1990, ce pays traversait une terrible crise des opioïdes. Vingt ans après la mise en place du nouveau système, ça va mieux. On est allé voir ce qui fait la réussite de ce modèle. 

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«Au Portugal, les toxicomanes sont considérés comme des gens malades [plutôt que des criminels]. Les addictions demandent un traitement, pas une punition», résume l’un des architectes de ce système, le Dr Manuel Cardoso, qui dirige le SICAD, soit le service gouvernemental en charge des addictions. 

Le Dr Manuel Cardoso

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Le Dr Manuel Cardoso

Comment ça marche?  

Chaque citoyen portugais peut acheter et transporter l'équivalent d'une consommation hebdomadaire de drogue. Un gramme d'héroïne, deux grammes de cocaïne ou 25 grammes de cannabis ne risquent pas d’envoyer qui que ce soit en prison. 

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Ça ne veut pas dire que c’est banalisé ou encouragé : les autorités peuvent remettre aux personnes qui ont de la drogue sur elles une convocation devant un panel de psychologues ou de travailleurs sociaux, chargés de sensibiliser la personne, voire de lui prescrire une thérapie. 

La sanction peut devenir pénale si l’aide proposée est refusée plusieurs fois.  

Et la décriminalisation est vraiment là pour protéger les personnes dépendantes, pas les trafiquants : il est encore interdit de vendre de la drogue, et le trafic est durement sanctionné.  

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Une grave crise dans les années 1990  

Le Portugal a choisi d’essayer la décriminalisation parce qu’il n’arrivait pas à régler autrement les problèmes de consommation qui faisaient des ravages dans la population. 

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«Dans les années 1990, nous avions un énorme problème avec les drogues, se souvient le Dr Cardoso, à qui on avait demandé à l’époque de plancher sur une stratégie. 98 % des patients en traitement étaient héroïnomanes. Toutes les classes sociales étaient touchées.» 

C’est en 2001 que le gouvernement socialiste portugais a fait le choix radical de décriminaliser les drogues, puisque les politiques de répression n’arrivaient pas à régler le problème.  

Il a aussi investi dans la prise en charge des toxicomanes : 90 % des fonds publics dédiés à la lutte contre la drogue vont maintenant dans des programmes médicaux, contre environ 30 % au Canada. 

Des vans pour distribuer de la méthadone  

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L’organisme Ares do Pinhal travaille sur le terrain auprès des toxicomanes dans la capitale du pays, Lisbonne.  

Chaque jour, ses deux vans se postent en bordure d’avenues, près des transports ou dans des quartiers particulièrement touchés.  

À leur bord, des équipes de médecins et psychologues distribuent gratuitement de la méthadone, un substitut de l’héroïne, à 1300 dépendants. 

«En prenant de la méthadone, je peux plus ou moins mener une vie normale, décrit un héroïnomane rencontré sur place, qui veut rester anonyme. Je peux travailler. En ce moment, je fais des ménages», poursuit celui qui a passé quatre ans en prison avant la décriminalisation. 

Les travailleurs sociaux orientent aussi les dépendants vers des hôpitaux ou des centres de traitements de long terme. 

Un nouveau centre d’injection  

Il y a trois mois, le premier centre d’injection à moindre risque du pays a ouvert ses portes. Les dépendants peuvent y aller pour fumer ou se faire des injections de manière hygiénique et encadrée. 

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«S’il avait ouvert il y a 20 ans, ça aurait résolu bien des problèmes», pense un des utilisateurs du centre, qui s’y rend 4 à 5 fois par jour. 

À l’intérieur, on trouve aussi une cafétéria, des ordinateurs, des douches et une buanderie. 

La situation du centre, dans un quartier pauvre touché par la drogue, à deux pas du public en besoin d’aide, est tout sauf un hasard. 

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À notre arrivée sur place, les deux gestionnaires nous ont reçus en sueur, le souffle court.  

La raison? Ils venaient d’escalader une colline voisine au pas de course pour aller secourir un consommateur en train de faire une surdose, après avoir reçu un signalement. Grâce à de la naloxone, une substance qui inverse les effets de l’héroïne, ils venaient de lui sauver la vie. 

Bon élève européen  

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Le modèle du Portugal a porté ses fruits : en 20 ans, le pays s’est hissé en haut de la classe en Europe. On y compte 5 fois moins de décès liés à la drogue que dans le reste de l’Union européenne. Depuis 1995, le taux d’infections au VIH et au SIDA liées à l’utilisation de seringues non stériles a été divisé par plus de 60. 

Hugo Faria, psychologue chez Ares do Pinhal a constaté un immense changement au fil des ans. «Ce sont deux mondes différents. On ne voit plus de gens consommer dans la rue comme il y a 20 ans.» 

Hugo Faria, psychologue chez Ares do Pinhal

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Hugo Faria, psychologue chez Ares do Pinhal

Quant aux craintes de voir un pic de consommation récréative due à la décriminalisation de la drogue, notons que les jeunes adultes portugais consomment moitié moins de cannabis que leurs homologues canadiens. 

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En chiffres 

Surdoses mortelles au Portugal 

1995 : 360 (environ) 

2019 : 63 

Diagnostics de VIH/sida chez les toxicomanes au Portugal

1995 : 1800 (environ) 

2019 : 29 

Source : Service portugais d'Intervention sur les comportements addictifs et les dépendances (SICAD)

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