Vaccin contre la COVID-19: allons-nous avoir besoin d'une 3e et d'une 4e dose? | 24 heures
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Vaccin contre la COVID-19: allons-nous avoir besoin d'une 3e et d'une 4e dose?

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Photo d'archives, Agence QMI

Face à l’augmentation des cas liés au variant Delta, des médecins israéliens évoquent la possibilité d’une quatrième dose de vaccin, comme 3,5 millions de personnes en Israël en ont déjà reçu une troisième. Nous avons demandé ceci à un expert: devrions-nous considérer l'administration de doses supplémentaires, ici aussi?

La campagne de vaccination d’Israël a été l'une des plus rapides au monde. À la mi-mars, soit un peu plus de trois mois après le début des inoculations, 50% de la population avait reçu sa deuxième dose du vaccin Pfizer, faisant chuter le nombre de nouvelles infections au pays. 

Cependant, le variant Delta s’est depuis imposé et les infections sont reparties à la hausse, même chez les personnes doublement vaccinées. Pour freiner la progression du virus, l’État hébreu demande maintenant à sa population de se préparer à une quatrième dose.  

Doit-on s’inquiéter de ce qui se passe en Israël? Devrait-on ici considérer des doses supplémentaires? Benoît Barbeau, virologue et professeur au département des sciences biologiques de l’Université du Québec à Montréal, répond à nos questions.

1- Est-il vrai que l’immunité vaccinale diminue avec le temps?   

Certaines données en provenance d’Israël tendent à démontrer que les anticorps vaccinaux, qui nous permettent de nous protéger contre une infection, diminuent avec le temps, ce qui augmente les risques d'infection. Or, il n’est pas possible de transposer ces données au Canada, simplement parce que le contexte est différent d’un pays à l’autre, explique Benoît Barbeau. 

«La stratégie de vaccination d’Israël est très différente de la nôtre. Par exemple, ils ont suivi à la lettre les instructions de Pfizer, qui demandaient une deuxième dose de vaccin après seulement trois semaines. Ici, nous avons opté pour éloigner les deux doses à quatre mois d’intervalle. Il y a des données qui indiquent que ce délai plus long pourrait avoir des avantages immunitaires prolongés, ce qui réduirait la nécessité d’autres doses.»

Jusqu’à présent, les vaccins tiennent d’ailleurs le coup dans la province, rappelle le virologue. Et même si une baisse des anticorps est à prévoir, cela ne signifie pas que le vaccin est moins efficace. 

«Bien que les infections pourraient un jour augmenter chez les personnes vaccinées, elles seraient fort probablement beaucoup moins graves que chez les personnes qui ne le sont pas. Au Québec, les données démontrent que la vaccination marche bien pour contrer les hospitalisations et les formes graves de la maladie», dit-il. 

2- Pourrait-on s’attendre à avoir besoin d’une troisième dose bientôt?   

Benoît Bardeau ne croit pas qu’une troisième dose sera exigée bientôt pour la population générale. Il reconnaît toutefois qu’une dose supplémentaire pourrait être bénéfique pour les plus vulnérables. 

«Pour les personnes qui sont immunosupprimées ou encore pour les personnes plus âgées, on pourrait envisager une troisième dose parce qu’on sait qu’ils auront une protection qui est moindre en raison de la faiblesse de leur système immunitaire. Mais on n’est pas en position de promouvoir une troisième dose à tout le monde», soutient-il. 

C’est le taux de vaccination élevé du Québec qui nous permet pour le moment d’écarter la troisième dose. «Si on prend l’exemple des États-Unis, la troisième dose va être ouverte à la population en général, mais c’est surtout parce qu’il y a beaucoup de gens non vaccinés, contrairement à ici», mentionne-t-il. 

3- Le vaccin pourrait-il être ajouté à un calendrier vaccinal et aurons-nous à le recevoir de façon récurrente?   

Le vaccin demeure actuellement notre arme la plus redoutable contre le virus SARS-CoV-2. Le Dr Barbeau ne croit pas pour autant que nous devrons nous faire vacciner à répétition. En effet, les recherches vont bon train et d’autres solutions pourraient se présenter.  

«En plus du développement de vaccins plus efficaces, il y a des recherches dans plusieurs domaines, dont en immunologie et en virologie, qui vont bon train. Par exemple, sur des agents antiviraux que l’on pourrait prendre par voie nasale ou orale. On pourrait aussi envisager de mieux contrôler la ventilation afin de réduire la transmission des gouttelettes contaminées», détaille-t-il.

Il n’est toutefois pas impossible que l’on doive se faire vacciner périodiquement, au gré des différents variants qui naîtront dans le monde.  

4- Devrions-nous alors prioriser la vaccination de l’ensemble de la population mondiale afin de freiner l’émergence de variants, plutôt que de viser des doses supplémentaires?   

«Absolument», répond Benoît Barbeau. «Les pays où la vaccination est moins répandue sont des terrains fertiles pour les variants. D’ailleurs, la plupart des variants actuels proviennent de pays où le taux de vaccination était moins important.» 

En ne vaccinant qu’une partie de la population sur la planète, on pourrait donc assister à une multiplication des variants qui viendrait freiner nos efforts pour stopper le virus. 

«On pourrait assister à l’émergence de nombreux variants qui se feraient compétition entre eux. Dans ce contexte, il est possible qu’ils deviennent plus dangereux et plus agressifs, dit-il. Il ne s’agit pas seulement d’un devoir moral, c’est aussi une obligation stratégique.»

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