La plateforme environnementale des libéraux est (peut-être) la meilleure selon un économiste réputé | 24 heures
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La plateforme environnementale des libéraux est (peut-être) la meilleure selon un économiste réputé

Mais son analyse est vivement critiquée

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Photomontage Julie Verville

Petite tempête sur la scène politique: le réputé économiste Mark Jaccard, qui est membre du GIEC*, louange la plateforme environnementale du Parti libéral dans un texte vivement critiqué depuis. 

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Un gros point fort du Parti libéral, c’est qu’il propose des moyens qui permettent réellement d’atteindre ses cibles, selon M. Jaccard, qui est directeur de la School of Measures and Environmental Management à la Simon Fraser University, en Colombie-Britannique.  

Le professeur affirme qu’on ne devrait pas évaluer la sincérité climatique d’un parti en se basant uniquement sur les cibles de réduction des gaz à effet de serre qu’il s’est fixé, mais surtout sur les moyens qu’il compte prendre pour y arriver. 

«Certains partis vont dire: j’ai la cible la plus ambitieuse alors votez pour moi. Mais ce qu’un expert doit dire aux gens, c’est que c’est naïf de penser ainsi et ce n’est pas comme ça qu’on doit faire notre choix de vote. Vous avez besoin de plus d’information. Vous avez besoin de savoir si le parti a, dans sa plateforme, des politiques qui vont lui permettre de réaliser ses promesses, dont l’efficacité est confirmée par des experts indépendants», dit-il en entrevue au 24 heures.  

Celles du Parti conservateur semblent aussi réalisables, selon lui, mais elles sont moins ambitieuses. 

Ses notes aux partis  

C’est pourquoi Mark Jaccard donne une note de 8/10 aux propositions climatiques du Parti libéral, loin devant son concurrent conservateur (5/10), les Verts (4/10) et le NPD (2/10).  

Le Parti vert et le NPD obtiennent les plus basses notes puisque leurs politiques sont jugées plus ou moins efficaces et coûteuses, selon la modélisation du professeur Jaccard. 

Celui-ci déplore que les deux partis qui se veulent environnementalistes n’ont pas modélisé leurs politiques. 

«Le NPD et les Verts ne vont probablement pas former le prochain gouvernement alors ils peuvent dire ce qu’ils veulent. Ils peuvent avoir des cibles ambitieuses et donner l’impression qu’ils sont plus sincères climatiquement que les libéraux et ils peuvent refuser que quelqu’un, un expert indépendant comme moi, évalue leurs politiques», lance-t-il. 

Les propositions du Bloc n’ont pas été considérées étant donné qu’il ne s’agit pas d’un parti majeur en dehors du Québec. 

Plusieurs calculs  

Mark Jaccard en arrive à ces notes après avoir évalué les politiques des quatre partis selon leurs coûts et leur effet sur leurs cibles de réduction des gaz à effet de serre, grâce à un logiciel de modélisation. 

«La triangulation de mes nombreuses modélisations suggère qu’ils atteindront leur cible de 40% [de réduction des gaz à effet de serre d’ici 2030]. Ce sont des politiques effectives et économiquement efficaces», écrit-il dans un éditorial publié sur le site Policy Options au début du mois. 

«Ce modèle est similaire à ceux utilisés par 15 des instituts de recherche majeurs dans le monde, qui travaillent tous avec le GIEC. Ces modèles ont été éprouvés depuis longtemps», souligne-t-il.  

Des modèles similaires sont également utilisés fréquemment depuis le début de la pandémie de COVID-19 pour évaluer l’effet des mesures sanitaires, comme la distanciation sociale ou le port du masque, sur la propagation du virus et prendre des décisions en conséquence. 

Prudence  

Depuis, les libéraux brandissent l'analyse de Mark Jaccard comme une preuve irrévocable de la supériorité de leur plan climatique alors que des partisans du NPD et du Parti vert s’attaquent à sa crédibilité.

Bien que cette modélisation soit intéressante, il faut la considérer avec prudence, prévient pour sa part l'économiste François Delorme, de l’Université de Sherbrooke, également collaborateur au GIEC.

«Un modèle, c’est toujours sur-simplificateur. Ça fonctionne bien avec des instruments comme la taxe et la subvention, mais moins bien quand on sort de ce paradigme, souligne-t-il. 

«Arrêter de subventionner les énergies fossiles, comment rentres-tu ça dans un modèle? Ça ne se rentre pas dans une calculatrice. C’est un changement de regard, un changement de système de valeur, fait-il valoir. Alors je ne serais pas aussi prompt à dénigrer les plateformes du NPD et du Parti vert.» 

L’exercice du professeur Jaccard a le mérite de nous donner une indication précieuse: les libéraux et les conservateurs devraient être capables d’atteindre leurs cibles de réduction des GES dans les temps s’ils tiennent leurs promesses électorales. 

Mais les électeurs soucieux de la crise climatique ne devraient pas se baser uniquement sur cette analyse pour faire leur choix le jour du scrutin. 

*Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat 

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