Les chefs fédéraux craignent-ils les «wokes»? | 24 heures
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Les chefs fédéraux craignent-ils les «wokes»?

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Le terme «woke» a résonné à l'Assemblée nationale, mercredi. Pour François Legault, un «woke» est quelqu’un qui s’oppose à la défense de la nation québécoise. Mais qu'en pensent les chefs fédéraux? On leur a demandé leur opinion sur ce concept et sur d'autres idées controversées.

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La mouvance woke  

Plusieurs commentateurs font de plus en plus allusion à la mouvance «woke», devant la prolifération et le développement de certaines idées de gauche. Le déboulonnement de statues, la censure de certains mots et le refus d’accueillir certains conférenciers dans des universités y sont notamment associés.   

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Aucun parti n’en parle dans sa plateforme, même s’ils surveillent le phénomène, avec plus ou moins d’inquiétude.   

Le Bloc dit «observer une certaine mouvance plus radicale des militants de la gauche, notamment ceux qui font la promotion du révisionnisme “cancel culture”», nous a-t-on dit.   

Au Parti conservateur, on craint la montée d’une «minorité d’individus qui veut détruire notre histoire et notre culture, au nom d’idées marginales».  

Le NPD reconnaît l’existence de «mouvances plus contestataires au pays [...] dans le but de créer des sociétés plus harmonieuses».   

Taxé de wokisme par ses opposants, le Parti libéral ne fait mention de ce terme dans aucune de ses plateformes. Appelée à commenter le terme, la formation de Justin Trudeau s'est contentée de dire que «tous les Canadiens doivent se tenir debout et s’unir pour éliminer le racisme, la discrimination et la xénophobie».

Racisme systémique  

Jagmeet Singh (NPD) et Justin Trudeau (Parti libéral) écrivent à plusieurs reprises, dans leur programme respectif, que le racisme systémique existe et fait rage au Canada.  

Photo Agence QMI, Toma Iczkovits

De son côté, le chef conservateur, Erin O’Toole, n'utilise même pas le mot «racisme» dans sa plateforme. «Il existe du racisme, mais les Québécois et les Canadiens ne sont pas racistes», nous a indiqué le Parti conservateur dans une réponse écrite.  

Le chef du Bloc, Yves-François Blanchet, est partagé. En débat la semaine dernière, il a admis que le concept existait, mais a dit qu’il ne touchait pas le Québec. En réponse à nos questions, son parti a fait allusion à la réalité autochtone uniquement. «Les peuples autochtones sont complètement exclus de la société canadienne», nous a-t-on écrit.  

Génocide autochtone  

Le chef du Parti libéral, Justin Trudeau, a déjà reconnu l’existence d’un génocide à la suite du dépôt d’un rapport d’enquête national sur les femmes et les filles autochtones assassinées. 

À la fin mai, les restes de plus de 200 enfants autochtones ont été découverts près d’un pensionnat à Kamloops, en Colombie-Britannique.

AFP

À la fin mai, les restes de plus de 200 enfants autochtones ont été découverts près d’un pensionnat à Kamloops, en Colombie-Britannique.

Le Bloc et le NPD utilisent aussi ce terme - les néo-démocrates disent d’ailleurs que le génocide est toujours en cours. 

Erin O’Toole est le seul chef fédéral à ne pas parler de «génocide». Il convient toutefois que la prolifération des pensionnats autochtones, au cours de l’histoire de la confédération, «est une honte nationale».   

La PCRE a-t-elle toujours raison d’être?  

Les partis ne voient pas tous d’un bon œil la Prestation canadienne de la relance économique (PCRE) – connue précédemment sous le nom de PCU.   

Le Parti libéral, qui l’a lancée l’an dernier, y voit une solution toujours d’actualité. «La pénurie de main d’œuvre était présente avant la COVID et elle est due d’abord et avant tout à la démographie», nous a répondu la formation.

Du côté des conservateurs, Erin O’Toole veut mettre fin aux programmes d’urgence de ce type «de façon graduelle et responsable». Le Bloc veut lui aussi suspendre la PCRE, notamment parce qu’il considère qu’elle est «liée» à la pénurie de main-d’œuvre.  

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Le NPD n’est pas d’accord. Selon la formation politique, qui croit d’ailleurs à la nécessité d’un revenu de base garanti, la PCRE ne doit pas disparaître. «[Elle] est maintenant à 1200$ par mois; ce n’est clairement pas un incitatif à rester à la maison», soutient le parti de Jagmeet Singh. 

La décroissance économique  

La décroissance économique comme solution pour lutter contre les changements climatiques n’est pas très populaire chez les partis.   

Le Bloc est catégorique: non, la décroissance n’a pas raison d’être, nous a-t-on répondu. «Nous croyons foncièrement qu’il y a moyen de concilier environnement et économie.»   

Photo Fotolia

Même chose chez les conservateurs, qui misent sur la croissance et souhaitent protéger l’environnement «sans toutefois sacrifier les emplois».  

Le PLC aussi prévoit d’importants investissements dans l’économie en pleine sortie de crise sanitaire. «La croissance de l’emploi passe par la croissance écologique», a commenté le parti.

Seul le NPD ne semble pas fermé à cette idée radicale. «Il y a des ajustements à faire à notre économie, parce que, clairement, présentement, elle ne fonctionne pas [...] pour l’environnement», nous a-t-on indiqué.  

Un État laïque, séparé de la religion  

La controversée loi 21, qui interdit le port de signes religieux à plusieurs employés de l’État, a beau faire jaser, le principe même de laïcité de l’État (c’est-à-dire sa séparation de l’Église) est plutôt unanime. 

Manifestation contre la loi 21 en avril dernier

Photo Agence QMI, Joël Lemay

Manifestation contre la loi 21 en avril dernier

Le Bloc appuie carrément la loi 21. Le NPD et le Parti libéral ont maintes fois fait part de leurs intentions d’appuyer une contestation, sans s’opposer à la laïcité de l’État en tant que telle. 

Quant à Erin O’Toole, il a plusieurs fois répété qu’il n’approuvait pas l’idée de la Loi québécoise sur la laïcité de l'État, mais qu’il ne la contesterait pas. Appelé par le 24 heures à commenter le principe même de laïcité, le PCC a contourné la question.  

Urgence climatique  

L’idée d’«urgence» climatique ne fait pas l’unanimité, même si tous les partis interrogés reconnaissent la nécessité d’agir pour le climat.  

Photo d'archives, Didier Debusschère

Le Bloc et les libéraux utilisent ce terme sans hésiter.   

«Le dernier rapport du GIEC est dévastateur et des mesures concrètes doivent être mises en place sans plus tarder pour lutter contre la crise», soutient de son côté le NPD.  

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Pour le Parti conservateur, prononcer ces deux mots n’est pas si facile. Le chef de la formation, Erin O’Toole, reconnaît l’existence de changements climatiques, mais c’est à peu près là qu'il s’arrête. Plus de la moitié des membres conservateurs ont rejeté en mars une motion visant à reconnaître l’existence des changements climatiques et s’y attaquer. 

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