Merci, Jonathan Drouin | 24 heures
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Merci, Jonathan Drouin

L'attaquant du CH nous a rendu un fier service en confiant publiquement souffrir d'anxiété

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Martin Chevalier / JdeM

BILLET | On avait tous besoin d’entendre Jonathan Drouin avouer qu’il souffre d’anxiété. Parce que Jonathan, c’est nous tous.

Qui n’a jamais souffert d’anxiété? On a tous déjà ressenti cette désagréable impression de gorge qui se serre, de cœur qui pompe, de peur qui nous paralyse, d'hurlement intérieur, du sol qui se dérobe sous nos pieds... 

Pourtant, on se le cache, à nous-mêmes et aux autres.  

Je le sais, je vis moi aussi avec de l’anxiété. Je vous en ai déjà parlé ici: 

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Si c’est si dur d’en parler, c’est qu’on se sent seul au monde.  

Des années de souffrance  

Mais les choses sont en train de changer.  

Jonathan Drouin, attaquant du CH, a confié hier souffrir d’anxiété lors d’une entrevue avec Chantal Machabée, diffusée à RDS.  

Ça fait «des années» qu’il ressent cette détresse, doublée par des insomnies. 

«C’était difficile d’aller voir quelqu’un ou chercher de l’aide», a-t-il dit. 

C’est pourtant ce qu’il a fait.  

Jonathan ne le sait probablement pas, mais il vient de créer un précédent, un peu comme l’a fait la gymnaste américaine Simone Biles au Jeux olympiques de Tokyo cet été. 

À partir d’aujourd’hui, c’est correct de parler d’anxiété. C’est normal. Tout le monde en souffre. Même les hommes. Même les joueurs de hockey. 

C’est un message important pour nous tous, mais spécialement pour les petits garçons qui le regardent avec admiration et qui entendent, pour la première fois, un joueur de hockey au sommet de sa carrière mettre des mots sur sa détresse.  

Il a eu le courage de se retirer, le temps de prendre soin de lui, dans un monde qui carbure à la testostérone et qui a encore beaucoup de chemin à faire pour comprendre que les émotions n’ont pas de sexe.  

L’importance d’en parler sans jugement  

L’anxiété, il faut le savoir, est souvent décuplée par le sentiment de honte et parfois même de colère qu’on ressent face à elle.  

En parler nous libère, mais libère aussi les autres qui souffrent comme nous.  

Mais, attention. En parler ne veut pas dire justifier.  

Vous aurez remarqué, comme moi, que Jonathan ne s’est pas épandu sur les raisons de son mal-être. 

Son entrevue sentait le texte appris par cœur. Il s’en est tenu aux faits: j’ai de l’anxiété et de l’insomnie. Je vais mieux. J’ai hâte de revenir. 

C’est parfait ainsi.  

Qui sommes-nous pour juger de ses raisons et de leur validité?  

Pour certains, l’anxiété se réveille dans une ruelle sombre lorsque des pas inconnus se font entendre. Pour d’autres, la simple idée de devoir adresser la parole à de nouveaux collègues de travail suffit à les paralyser. Les deux sont valides.  

Une émotion utile  

L’anxiété a une utilité, le saviez-vous? C'est une réaction de notre cerveau à ce qu’il perçoit comme un danger éventuel. Elle sert à nous permettre de réagir rapidement. On en a besoin pour survivre! 

Là où ça devient problématique, c’est lorsqu’elle se manifeste à des moments qui ne sont pas opportuns ou que la réaction est disproportionnée.  

Il n’y a pas de solution miracle. On ne peut pas l’éliminer. Ça aussi, je le sais, je l’ai demandé à ma psy. Mais on peut apprendre à vivre avec, la reconnaître et la comprendre. 

« Je sais comment dealer avec certaines choses que je ne pouvais pas avant», a d’ailleurs laissé savoir Jonathan. 

Alors, la prochaine fois qu’elle vous prend, rappelez-vous que c’est une émotion valide et parlez-en. 

Remerciez Jonathan Drouin au passage. Son courage nous a rendu un fier service. 

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