Crise du logement: des étudiants doivent habiter dans des auberges ou rester chez leurs parents | 24 heures
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Crise du logement: des étudiants doivent habiter dans des auberges ou rester chez leurs parents

Trop cher ou insalubre, des proprios qui ne veulent pas d’étudiants, des gens obligés de dormir en auberge de jeunesse ou de retourner chez leurs parents: la crise du logement frappe de plein fouet des étudiants. Plusieurs n’ont toujours pas trouvé d’appartement, alors que la session est déjà commencée.

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Le 24 heures a recueilli leurs témoignages éloquents.

Il habite dans une auberge de jeunesse  

Rolf Hermes Gueou Tchiewou, 19 ans, loge à l’auberge jeunesse M Montréal, dans le centre-ville, depuis le début du mois, faute d’avoir réussi à trouver un logement pour le 1er septembre.  

Rolf Hermes Gueou Tchiewou

Photo Geneviève Abran

Rolf Hermes Gueou Tchiewou

 

En août, il a décidé de casser son bail parce qu’il ne s’entendait plus très bien avec ses trois colocataires. «J’ai fait un truc un peu stupide, j’ai dit un mois à l’avance à mon proprio que je cassais mon bail en pensant que j’allais avoir de la facilité à trouver autre chose», raconte-t-il.  

La quête n’a pas été aussi évidente qu’il le croyait, puisqu’il a été contraint de louer une chambre à l’auberge. «J’étais vraiment désespéré», souligne le jeune homme, qui ira étudier en informatique à l’École des métiers de l’informatique, du commerce et de l’administration (EMICA), l’hiver prochain. Il prend une session sabbatique pour pouvoir suivre ses cours en présentiel à l’hiver, ce qui lui permet de travailler à temps plein et de faire des économies.  

«Ça va faire deux ans que je suis à Montréal. La première année, ça s’était super bien passé, je n’avais pas eu de difficulté», précise-t-il. Le jeune homme d’origine camerounaise remarque que la situation est très différente cette année, probablement «à cause de la crise du logement». Il n’a pas eu l’occasion de se bâtir un crédit depuis qu’il est venu ici de la France, ce qui complexifie ses démarches.  

Rolf Hermes Gueou Tchiewou

Photo Geneviève Abran

Rolf Hermes Gueou Tchiewou

Chaque semaine, Rolf Hermes débourse environ 250$ pour son lit dans un dortoir de 12 personnes. «En quatre semaines, c’est un peu l’équivalent [d’un] appartement pour moi seul au centre-ville.» En ce moment, ils sont environ huit personnes à partager ce dortoir mixte, ainsi que l’unique salle de bain disponible.  

Même si Rolf Hermes redoutait de vivre dans une auberge, il ne regrette aucunement, «mais il serait vraiment préférable que je trouve quelque chose», dit-il.  

Il n’est pas le seul dans cette situation: plusieurs étudiants étrangers dont le permis d’études a été acheminé en retard sont à l’auberge en attendant de trouver un appartement. Ils pensent même unir leurs forces afin de trouver un logement. 

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Des proprios ne veulent pas d'étudiants  

Florence Martineau avait prévu vivre cette année avec son copain dans leur appartement du secteur Notre-Dame-de-Grâce, mais elle a rapidement dû quitter les lieux après une rupture. Elle est retournée chez ses parents, à Laval, le temps de se trouver un appartement.  

«J’ai dû déménager en un jour, une semaine avant l’école», relate l’étudiante au baccalauréat en enseignement du français langue seconde, à l’UQAM. 

Florence Martineau

Photo courtoisie

Florence Martineau

Ce nouvel arrangement dépannait bien, mais il fallait que ça reste temporaire. «C’est impossible pour moi de rester chez mes parents à long terme», souligne-t-elle. Pour se rendre à ses cours, qui se donnent tous en personne, Florence doit faire 1h30 de voyagement matin et soir. 

Heureusement, elle connaît un ami qui cherchait aussi un logement; ils ont donc décidé de se mettre en quête d’un nid douillet dans la métropole ensemble.  

En deux semaines, ils ont visité un total de 10 appartements. Sur ce nombre, trois propriétaires semblaient intéressés par leur candidature, mais se sont finalement désistés, «parce qu’ils ne veulent pas d’étudiants», selon Florence. «Ils ont peur qu’on ne paie pas, alors ils vont chercher des personnes avec un travail stable», estime-t-elle.  

Le seul appartement qu’elle a réussi à trouver était en trop mauvais état lorsqu’elle l’a visité. «Il y avait tellement de choses à faire. Il y avait plein de spots de peinture de couleur, la tuyauterie était brisée, la toilette n’était pas conforme», relate l’étudiante de 21 ans.  

«L’autre soir, j’ai craqué, j’ai commencé à pleurer, dit-elle, visiblement émotive. Je suis fatiguée», dit celle qui poursuit ses démarches en même temps qu’elle fait une session intensive.  

Difficile de trouver rapidement  

Mael Brunet vient juste de commencer un baccalauréat en journalisme à l’UQAM. Comme plusieurs étudiants étrangers cette année, il a reçu son permis d’étude en retard: il n’a pu arriver au pays que le 10 septembre, trois jours après la rentrée universitaire. 

«Je n’avais pas trop regardé les logements, parce que je n’étais pas sûr d’avoir mon permis d’études», explique le jeune homme originaire de France.  

Mael Brunet

Joël Lemay / Agence QMI

Mael Brunet

Il a été surpris de constater le peu d’offres abordables en faisant le tour sur Facebook Marketplace et Kijiji. Mael a aussi tenté d’obtenir une chambre dans les résidences de l’UQAM, mais il n’y en avait plus de disponible.  

Ces démarches peu fructueuses ont été source de stress pour le jeune homme de 18 ans. «Je ne me sentais pas très bien, j’avais une boule au ventre, relate-t-il. Ne pas avoir de logement est un gros facteur de stress. Je souhaite bon courage à tous les étudiants dans la même situation.» 

Une dame qu’il a rencontrée sur un groupe Facebook a accepté de l’héberger le temps qu’il se trouve un logement. Il paie 550 $ par mois tout inclus, et envisage de rester vivre avec elle à long terme s’il ne trouve pas d’appartement où vivre.  

«C’est difficile de trouver un logement à Montréal si on ne s’y prend pas d’avance», résume-t-il. 

Travailler 35 heures par semaine pour arriver  

Veronica Mongiardo fait un double baccalauréat en enseignement et langue anglaise à l’Université Bishop’s, à Sherbrooke. L’an prochain, elle veut venir faire sa maîtrise à Montréal, et elle réalise déjà que sa vie va lui coûter beaucoup plus cher.  

Veronica Mongiardo

Photo courtoisie

Veronica Mongiardo

Après avoir fait des recherches pour trouver un 4 1/2 dans le quartier Rosemont, elle a constaté que c’était vraiment «trop trop cher» avec des loyers de 1300 $ et plus. Elle doit donc mettre beaucoup d’argent de côté maintenant, et travaille de 20 à 35 heures par semaine – comme assistante de professeur et recherchiste – pour y arriver.   

Il est habituellement recommandé de travailler un maximum de 20 heures par semaine quand on est aux études à temps plein.  

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Malgré tout, elle ne sait pas si elle y arrivera. «Je pense même que je vais devoir retourner chez mes parents [à Laval] pour un petit bout», dit-elle.  

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