François Legault se dit de la «gauche efficace»: ça veut dire quoi, au juste? | 24 heures
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François Legault se dit de la «gauche efficace»: ça veut dire quoi, au juste?

François Legault
Stevens LeBlanc/JOURNAL DE QUEBEC

François Legault

Souvent accolé à la droite au Québec, le premier ministre François Legault se dit plutôt de la «gauche efficace». Une phrase qui n’est pas nouvelle dans son discours et qui lui colle encore à la peau, selon certains analystes.

«Je pense que c’est marcher un peu à côté de ses pompes de prétendre que je serais un méchant de droite. Gauche efficace! Je me suis toujours défini comme de la gauche efficace.»

Faut-il se surprendre de ces propos de l’élu caquiste prononcés mardi, après qu’il eut été qualifié de politicien de la «droite conservatrice» par l’élu libéral fédéral Joël Lightbound? Pas vraiment, si l'on retourne dans le temps. En fait, François Legault est l’un des premiers à s’être présentés comme tels.

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Ça remonte à 2003. Le Parti québécois sort à peine d’une dégelée aux élections, et M. Legault se dirige vers un rôle dans l’opposition, lui qui était jusqu’alors ministre de la Santé. Préoccupé par l’avenir de son parti, l’élu péquiste signe un texte intitulé Les défis du Parti québécois - Cap sur la souveraineté et la gauche efficace.

Éric Bédard s’en souvient. Aujourd’hui professeur à l’Université TÉLUQ, l’ex-militant péquiste entretenait à l’époque une relation amicale avec celui qui allait devenir premier ministre. Dans les jours suivant la défaite du PQ de Bernard Landry aux mains du Parti libéral de Jean Charest, M. Bédard et M. Legault allaient travailler à l’écriture de ce texte programmatique.

«Au cours des prochaines années, le Parti québécois devra faire la promotion de choix budgétaires et fiscaux responsables», peut-on y lire. Ou encore: «Les derniers résultats montrent clairement que les Québécois(es) souhaitent une gestion plus serrée de nos réseaux publics. Et pour y arriver, je vois deux solutions: décentralisation et imputabilité.»

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«Le même»  

Au bout du fil, Éric Bédard est sans équivoque: «François Legault est resté le même».

Si le premier ministre porte aujourd’hui d’autres couleurs politiques, il croit encore et toujours à une certaine social-démocratie, analyse l’historien en entrevue avec le 24 heures.

«On facilite la redistribution de la richesse par un système d’éducation, par un système de santé, par les centres de la petite enfance... Je comprends qu’il y a une autre gauche qui se méfie de M. Legault, mais, depuis qu’il est premier ministre, je ne peux pas dire que j’ai vu un changement d’optique», lance M. Bédard.

«Son optique n’a jamais été de démanteler l’État», ajoute-t-il.

Professeur en science politique à l’Université Concordia, Guy Lachapelle partage cette analyse. Si favoriser les politiques sociales-démocrates tout en restant «pragmatique» économiquement est de «gauche efficace», François Legault répond encore à cette étiquette, constate-t-il.

De droite conservatrice?  

Mais s’il est de gauche efficace, pourquoi, d’abord, François Legault a-t-il donné son appui tacite au Parti conservateur du Canada dans le cadre des élections?

La sortie du premier ministre en milieu de campagne fédérale a surpris Guy Lachapelle. «Historiquement, il n’y a pas vraiment d’atomes crochus là», signale-t-il.

Mais la gauche efficace, c’est aussi être un peu plus à droite à certains points de vue, rappelle Éric Bédard.

«S’il a soutenu les conservateurs dans ce cas-ci, c’est moins parce qu’il partage leur vue sur l’avortement ou les armes à feu, affirme-t-il, mais davantage parce que les conservateurs respectent les compétences des provinces».

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