«Ils ont tué mon âme»: des membres des Premières Nations témoignent de l'horreur des pensionnats | 24 heures
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«Ils ont tué mon âme»: des membres des Premières Nations témoignent de l'horreur des pensionnats

Image principale de l'article Elles racontent l'horreur des pensionnats
CAPTURE D'ÉCRAN / TVA NOUVELLES / AGENCE QMI

Des membres des Premières Nations ont témoigné de leur expérience des pensionnats en cette première Journée nationale de la vérité et de la réconciliation.  

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Alice Echaquan: «J’ai travaillé pendant 35 ans pour me guérir»  

La sœur de Joyce Echaquan, Alice, a partagé un message émouvant sur Facebook dans lequel elle raconte comment sa famille a été affectée par les pensionnats autochtones. 

Dans sa publication, elle se rappelle, enfant, du moment où son frère, Nipin, et certaines de ses sœurs ont quitté la maison familiale pour un long moment, sans qu'on lui dise pourquoi. Elle reste alors avec ses parents, son autre frère et sa jeune sœur. 

«Je les attends, je les attends, je m’ennuie, car nous sommes tombés seuls à la maison et mes parents se mettent à boire. Nous devons nous occuper de nous», raconte Alice.  

Son frère et ses sœurs reviennent parfois pour Noël et durant l’été, mais «leurs yeux ont changé, ils ne jouent plus avec nous [...] Ils consomment», explique-t-elle. Un «gros clash» et un «immense trou» se sont installés entre eux.  

«Le pensionnat a fait beaucoup de mal à ma fratrie. Ma relation a changé à jamais, car nous sommes loin l’un de l’autre. C’est là ma vérité à mes yeux à moi». 

Alice affirme trouver ce travail de guérison «injuste», puisqu'elle n'est pas responsable des blessures qu'elle traîne. «J’ai travaillé pendant 35 ans pour me guérir [...], pour ne pas léguer cela à ma fille».  

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Anne Rock: «Je n’ai pas été enterrée, mais je suis morte»  

Anne Rock, qui a aujourd’hui 61 ans, est entrée au pensionnat Mani-utenam, sur la Côte-Nord, alors qu’elle avait cinq ans.  

«J’ai passé sept ans sans être capable de parler ma langue, à toujours faire ce qu’ils me demandaient de faire», a-t-elle raconté en entrevue avec Mario Dumont. Ses frères, ses sœurs et elle ont été arrachés à leur famille et ont été envoyés au pensionnat.  

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Parmi les sévices du quotidien, elle se souvient des religieuses qui la forçaient à manger toute son assiette, même si elle n’aimait pas la nourriture, jusqu’à en vomir. 

«Moi la nourriture... c’étaient des patates et des navets, je déteste le navet. J’avais un verre de lait, il y avait une religieuse à côté de moi pour que je finisse de manger. Si je ne mangeais pas, c’était une punition. Des fois, ça sortait, quand tu manges ce que tu n’aimes pas, bien fallait que tu ravales. J’ai mangé mon vomi.» 

Anne Rock raconte aussi que le cordonnier du pensionnat, un prêtre, était reconnu comme le plus grand agresseur de l’endroit. Elle est convaincue que les religieuses savaient très bien ce qui se passait.  

«On a trouvé 250 enfants, on les a enterrés. Moi, je n’ai pas été enterrée, mais je suis morte. Ils m’ont tuée, ils ont tué mon âme», a confié Anne Rock. 

«J’ai une photo de mes amies pensionnaires de mon âge. Sur cette photo, on est peut-être 15-20, il y en a 10 qui se sont suicidées. Moi, je ne me suis pas suicidée, mais je suis morte quand même.» Elle admet avoir eu des problèmes d’alcoolisme et de toxicomanie à sa sortie du pensionnat.  

– Avec des informations de l’Agence QMI