L’hygiène des parties intimes ne devrait pas être taboue | 24 heures
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L’hygiène des parties intimes ne devrait pas être taboue

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Photomontage Marilyne Houde

BILLET - L’autre jour, en naviguant sur Instagram, je suis tombée sur la vidéo d’une doula et étudiante sage-femme qui enseignait comment bien nettoyer sa vulve. Ma première réaction : duh, tout le monde sait ça!

Pourtant, non. Ces gestes si simples, qui m’ont semblé si évidents, le sont moins pour d’autres femmes. Dans plusieurs milieux, on ne parle pas de ce sujet-là, ou pas directement.  

C’est évidemment un problème côté hygiène. C’est d’ailleurs peut-être à cause de ce manque de connaissances qu’on voit aussi des gens acheter pour la «toilette intime» toutes sortes de produits chimiques parfumés, qui n’ont rien à faire là.  

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De mon côté, mes connaissances me proviennent d’une éducation rigoureuse des femmes de mon entourage : dès la petite enfance, ma mère, ma grand-mère et mes tantes m’ont enseigné ce qu’on appelle chez les Haïtiens «la toilette de bas».  

La classe de maître  

Ma grand-mère cachait sous son lit une bassine, appelée le vaz en créole. Vers mes 5 ou 6 ans, elle m’a appris les rudiments d’une toilette impeccable de mes parties génitales, avec la bassine remplie d’eau tiède, un petit récipient en plastique, une débarbouillette et un savon noir.  

Il faut le faire quotidiennement, nettoyer de l’avant vers l’arrière et changer sa petite culotte tous les jours...  

J’avais l’impression d’assister à une classe de maître, où l’expérience surpasse la jeunesse. 

Un héritage culturel  

Après avoir fait une story Instagram à ce propos, plusieurs abonnées d’origine antillaise et africaine m’ont dit s’être reconnues dans mon récit. 

«En Afrique, on nous montre très tôt comment faire sa toilette hygiénique», m’a écrit l’une d’entre elles. 

«Chez nous, il y a encore le vase avec un contenant propre avec juste de l’eau et cette tradition est là depuis mon enfance», m’a témoigné une autre. 

«Nous [à l’île Maurice] on appelle ça "bain en bas" et tout ce que tu relates sur la culture haïtienne, c’est assez similaire dans toutes les cultures créoles», m’explique une autre. 

J’ai reçu une cinquantaine de messages comme ça. 

Je me suis donc demandé : d’où vient cette transmission du savoir, et surtout l’usage de la bassine dans les pays antillais et africains?  

Une des raisons est historique. Il faut remonter au 19e siècle, en France. On commence à se soucier de l’hygiène par souci de salubrité. On veut éduquer la population.  

Comme l’indique Alexandre Sumpf, auteur de l’article La toilette, un moment d’intimité féminine : « Concrètement, rares sont les logements équipés d’une salle d’eau ou de bain. [...] On se lave généralement dans la chambre à l’aide de bassines ou de baquets disposés à cet effet puis rangés.»   

Si l’on suit la logique de l’histoire, l’occupation française omniprésente dans les îles créoles et les territoires africains a forcément influencé les habitudes des esclaves noirs... De génération en génération, cette manière de faire sa toilette a perduré dans le temps.  

La santé au féminin, on devrait en parler davantage  

Ce chapitre de l’hygiène au féminin m’a poussée à la réflexion suivante : je trouve qu’on ne parle pas assez de la santé de notre chouchoune (un autre terme cute pour dire «vagin» en créole). 

Il y a tellement de choses à apprendre sur les menstruations, les moyens de contraception, la grossesse, les fausses couches, l’accouchement, l’avortement, la ménopause, les conditions médicales comme l’endométriose, le cancer au féminin...  

Une chose est sûre : plus il y a de femmes qui s’informent, qui s’expriment, qui se questionnent, qui démocratisent le savoir, qui vulgarisent, qui revendiquent et qui reprennent le contrôle de leurs corps, plus on verra des avancées au niveau de la santé au féminin. 

Et ce qu'il y a de beau, c’est le pouvoir de transmettre ces informations dès l’enfance, de mère en fille, comme la «toilette de bas».

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