On ne règle pas le problème de fusillades en augmentant le nombre de policiers | 24 heures
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On ne règle pas le problème de fusillades en augmentant le nombre de policiers

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Augmenter le nombre de mesures répressives pour freiner la hausse de fusillades n’aide en rien, affirme une consultante en prévention de la violence. Québec vient pourtant d’investir 90 millions $ pour lutter contre la violence liée aux armes à feu, une somme qui va aller avant tout aux corps policiers de la province.

«C’est très décevant de voir que c’est cette même réponse qui continue d’être privilégiée alors que c’est de plus en plus évident que ça ne fonctionne pas», déplore la consultante Audrey Monette. 

La hausse des fusillades est observable dans plusieurs grandes villes au Canada depuis 2012 environ, rapporte celle qui travaille à Ottawa. «Et depuis la pandémie, on a remarqué une augmentation un peu plus rapide [des fusillades]», ajoute-t-elle. 

Tentatives de meurtre multipliées par quatre  

À Montréal, par exemple, le taux de tentatives de meurtre par arme à feu a quadruplé dans la ville entre 2016 et 2020. Le nombre de tentatives de meurtre où une arme à feu était présente s’élevait à 57 en 2020, selon le dernier rapport annuel du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). «Montréal demeure somme toute une ville sécuritaire», tient à nuancer Audrey. 

Pour régler ce problème, les gouvernements provinciaux et le gouvernement fédéral ont souvent tendance à se tourner vers des mesures répressives et l’ajout de ressources policières. «On se rend compte que ces ressources sont très, très dispendieuses, qu’elles n’ont pas nécessairement les résultats escomptés et qu’elles peuvent aussi mener à d’autres problématiques sociales, comme notamment la brutalité policière ou le profilage racial», explique la consultante. 

Solutions connues  

Les solutions sont pourtant bien documentées, avance Audrey. «Quand on parle de prévention, on parle de mettre en place des programmes sociaux», résume-t-elle. 

Ce sont souvent des causes sociales, comme la pauvreté ou le manque d’accès au logement, qui sont à l’origine de problèmes de violence armée. 

On peut donc proposer, par exemple, un programme qui va embaucher des travailleurs de proximité dans certains quartiers pour établir des liens avec les jeunes, ou encore un programme qui aide certaines familles qui peuvent être plus en difficulté. 

«À première vue, on pourrait croire que ce n’est pas nécessairement des programmes qui ont un lien direct avec la prévention, particulièrement la prévention de la violence, mais qui, à long terme, ont montré des résultats très, très prometteurs», mentionne Audrey. 

Par exemple, la ville de Glasgow, en Écosse, était considérée comme la capitale du meurtre de l’Europe au début des années 2000. Mais avec une concertation de différents acteurs et la mise en place de programmes sociaux ciblés, ils ont réussi à réduire de 50% le nombre d’homicides reliés aux armes en seulement cinq ans. 

Le Québec traîne de la patte  

Au Québec, c’est encore plus difficile de mettre de l’avant ces mesures préventives que dans bien des provinces canadiennes. 

«Je crois qu’il y a encore un changement de culture qui doit opérer à l’échelle de la province, un changement dans la façon dont les gens pensent à la sécurité, pensent à la justice pour avoir une perspective à long terme, pour comprendre que les investissements dans nos jeunes, dans nos familles d’aujourd’hui peuvent avoir des impacts vraiment positifs à long terme», indique-t-elle.  

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