L’égalité des chances est un mythe: «J’ai commencé ma vie d’adulte avec 30 000$ de dettes d’études» | 24 heures
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L’égalité des chances est un mythe: «J’ai commencé ma vie d’adulte avec 30 000$ de dettes d’études»

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Photomontage: Marilyne Houde

BILLET - 11 ans et cinq mois après la fin de mon bac, je viens de faire le dernier paiement sur mon prêt étudiant. Aujourd’hui, je n’ai officiellement aucune dette. Je m’en réjouis! Mais je sais que j’ai accumulé un retard financier que je ne pourrai jamais rattraper.

Si vous avez la chance d’avoir des parents qui ont payé vos études, soyez conscients de votre privilège parce qu’il vous suivra toute votre vie. 

Voici comme ça s’est passé pour moi. 

Quand j’ai décidé d’aller à l’université, ma mère m’a dit: je ne pourrai pas payer pour ça. 

Toujours fonceuse, loin d'être découragée, j'ai pris rendez-vous à la banque. 

J'ai eu droit à un prêt du gouvernement via son programme de prêts et bourses et à un prêt supplémentaire de mon institution financière.  

Les bourses sont réservées à ceux qui meurent de faim. Je ne rencontrais pas ce critère, sauf une session où on m'a accordé un montant de 1,73$.  

Élizabeth en 2009, travaillant à titre de barmaid pendant ses études.

Courtoisie

Élizabeth en 2009, travaillant à titre de barmaid pendant ses études.

Des années dans le rouge 

J'ai vécu les trois années suivantes dans le rouge, à m'habiller dans les friperies (une habitude que j'ai gardée) et à voyager entre Lavaltrie et Montréal (pas moyen de me payer un appart) avec ma vieille Cavalier z22 1996 qui s'est avérée un gouffre financier. 

Je me souviendrai toujours du jour où j'ai rencontré ma conseillère financière, un mois après la fin de mon bac, pour discuter des modalités de paiement de ma dette qui s'élevait à près de 30 000$. J'ai pleuré et elle ne savait pas quoi me dire.  

Je venais de me trouver un emploi dans un journal local où j'étais payée 16$/heure et pour lequel j'avais eu à m'acheter une auto, à crédit évidemment (la Cavalier avait rendu l'âme). J'avais aussi, depuis peu, un appartement à payer.  

J'ai commencé à faire les paiements, parce que je n'avais pas d'autre choix, mais il ne restait pas grand chose à la fin du mois. 

  • Écoutez Élizabeth Ménard au micro de Richard Martineau sur QUB radio:

Retard financier 

Peu de temps après, j'ai commencé à travailler à MusiquePlus avec un salaire décent pour un début de carrière, puis à faire de la pige pour le Journal de Montréal. Je faisais en moyenne 70 heures par semaine. Mes dettes ne m’étranglaient plus. 

Mais pendant que je remboursais, mes amis cotisaient. 

Si vous connaissez un peu l’intérêt composé, vous savez que ce retard ne se rattrape pas. 

Je ne suis pas seule dans cette situation. Selon Statistique Canada, 54% des étudiants au baccalauréat avaient une dette d’étude au moment de l’obtention de leur diplôme en 2015. Le montant médian de cette dette était de 20 000$. 

Alors, quand je lis Pierre-Yves McSween qui explique dans Liberté 45 comment on peut facilement s'enrichir en investissant de petits montants dès l'âge de 20 ans, je rage. J'ai commencé ma vie d'adulte avec des dettes. La seule chance que j'ai eue, c'est de vivre dans un Québec qui accepte de prêter à un taux d'intérêt très bas à ses étudiants. 

Je sais qu’il n’y aura pas de liberté 45 pour moi.