Objectif « zéro émission nette » d’ici 2050 pour les compagnies aériennes mondiales | 24 heures
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Objectif « zéro émission nette » d’ici 2050 pour les compagnies aériennes mondiales

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Malgré la crise sanitaire qui fragilise toujours le secteur, les compagnies aériennes du monde entier se sont engagées à parvenir à « zéro émission nette de CO2 » d’ici le milieu du XXIe siècle, un objectif qui s’annonce comme un énorme défi.

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L’Association internationale du transport aérien (IATA), qui représente 290 compagnies, s’y est engagée lundi dernier, et souhaite ainsi « assurer la liberté de voler des générations futures », a déclaré le directeur général de l’organisation Willie Walsh, reconnaissant du même coup qu’il s’agit d’un objectif nécessaire, mais audacieux.

L’IATA, dont les membres réalisaient 82 % du trafic mondial avant la pandémie, s’était fixée en 2009 l’objectif de diviser par deux l’empreinte carbone du secteur en 2050 par rapport à 2005.

« Mais la science nous dit que la situation est encore plus urgente que nous le pensions », et l’objectif d’il y a 12 ans « n’est tout simplement pas assez ambitieux », a concédé M. Walsh, face aux dirigeants d’entreprises aériennes réunis en assemblée générale à Boston, aux États-Unis.

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Énorme défi

Pour parvenir à « zéro émission nette », l’aérien - dont les émissions représentent environ 3 % du total mondial - compte sur des carburants renouvelables et des avancées technologiques comme des aéronefs électriques ou fonctionnant à l’hydrogène. Selon M. Walsh, les compagnies aériennes ont déjà investi des centaines de milliards de dollars dans des avions plus économes en carburant, ce qui a diminué la consommation moyenne des flottes de plus de 20 % en une décennie.

Le secteur mise également sur la capture de carbone et des mesures de compensation, mais ces dernières sont toutefois décriées par les défenseurs de l’environnement, car inefficaces selon eux. 

Les ONG de défense de l’environnement critiquent généralement le recours aux mécanismes de capture de carbone et de compensation des émissions, demandant d’y recourir seulement une fois que toutes les autres solutions de réduction ont été mises en œuvre.

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Finalement, ce qui rend cet objectif encore plus ambitieux, c’est que le secteur de l’aviation ne prévoit pas du tout que cette réduction des émissions passe par la décroissance, bien au contraire. 

Même si le transport aérien traverse une très mauvaise période en raison de la pandémie de la Covid-19, avec une chute de 4,5 milliards de voyageurs en 2019 à 1,8 milliard en 2020, l’IATA prévoit que plus de dix milliards de voyages par an s’effectueront en avion à l’horizon 2050.

Parvenir à zéro émission nette en 2050 constituera donc « un défi technologique énorme, qui coûtera environ 1 550 milliards de dollars aux compagnies entre 2020 et 2050 », a estimé l’organisation.

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Kérosène vert

Signe encourageant, l’Allemagne a inauguré lundi dernier sa première usine de kérosène vert dans l’objectif de réduire l’empreinte carbone du secteur aérien.

Cette installation, située dans la ville de Werlte, sera la « première usine au monde à produire du kérosène neutre en carbone à l’échelle industrielle », s’est félicité Dietrich Brockhagen, président de l’ONG Atmosfair, à l’origine du projet.

Photo courtoisie, Atmosfair

Le kérosène « vert », ou e-kérosène, constitue l’une des pistes pour décarboner le secteur aérien. Il s’agit d’utiliser de l’hydrogène, produit par électrolyse, et de capter du CO2 dans l’atmosphère. En recombinant les deux, on obtient un carburant de synthèse imitant le kérosène d’aviation.

Mais ce carburant de synthèse reste dix fois plus cher que le kérosène d’origine fossile et est encore loin d’être compétitif pour passer à l’échelle industrielle. La production de la nouvelle usine, qui devrait débuter au premier trimestre 2022, n’atteindra d’ailleurs qu’une tonne par jour.

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Or l’Allemagne s’est donné pour objectif d’atteindre, dans sa consommation totale de carburant aéronautique, une part de 0,5 % de kérosène vert, soit 50 000 tonnes par an, dès 2026. Pour 2030, la capacité de production doit atteindre 200 000 tonnes, selon les objectifs du gouvernement.

Il « faudra donc agrandir considérablement nos capacités », et « développer la technologie », pour atteindre ces objectifs, a indiqué la chancelière Angela Merkel, dans un message vidéo adressé lors de l’inauguration de l’installation.

L’Allemagne a récemment dû relever ses objectifs climatiques, et compte désormais atteindre la neutralité carbone en 2045, contre 2050 auparavant, après une décision de la Cour constitutionnelle critiquant le manque d’ambition des pouvoirs publics.