C’est le moment de décriminaliser la possession simple de drogue, selon un expert | 24 heures
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C’est le moment de décriminaliser la possession simple de drogue, selon un expert

Image principale de l'article Le bon moment pour décriminaliser les drogues

Un mois à peine après leur réélection, les libéraux ont le momentum nécessaire pour enfin passer un projet de loi sur la décriminalisation de possession simple de drogue, croit un expert spécialiste en droit de la santé. 

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«Je pense que le temps est bon sur le plan politique. C'est une bonne période, en début de mandat, et ça rejoint leurs convictions», explique Louis Letellier de St-Just, avocat et fondateur de CACTUS Montréal, un organisme communautaire de prévention des infections transmissibles par le sang présent dans le centre-ville. 

En février 2020, le gouvernement libéral a proposé un projet de loi pour abroger les peines minimales obligatoires afin d’éviter, par exemple, l’emprisonnement automatique de certains utilisateurs lorsqu’ils sont arrêtés pour possession simple de drogues illégales destinées à leur propre consommation.

Toutefois ce projet de loi n'a pas abouti, bien que les experts le voient comme une première étape dans la lutte contre la crise des opioïdes, qui a fait 17 victimes par jour au Canada l'an dernier. 

«Il y a des éléments qui pointent en faveur d'un [autre] éventuel projet de loi qui va aller plus loin que le dernier déposé, qui est mort au feuilleton. [...] Souhaitons que ce soit un peu plus audacieux», exprime M. Letellier de St-Just. 

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Pas un mot en campagne  

L’avocat s’étonne que les libéraux n’aient pas plus parlé de décriminalisation et de crise des surdoses dans la dernière campagne électorale, malgré qu'ils aient beaucoup aidé en matière de politiques sur les drogues, par exemple en reconnaissant formellement que l'abus de substance est une question de santé et non de droit criminel, en accélérant la mise en place de sites de consommation supervisés et en favorisant des projets-pilotes pour l'accès à du matériel sécuritaire. «À mon sens, ils auraient dû, parce que c'était vraiment un fait d'armes», lance-t-il. 

«On a à peu près une trentaine de salles de consommation supervisée à travers le pays, où on offre des services, où on donne accès à du matériel sécuritaire, ajoute-t-il. [...] Rien n'est parfait. On entend toujours des plaintes et critiques, mais, d'un point de vue objectif, je dis bravo à ce gouvernement-là.»

Louis Letellier de St-Just fait ce constat alors qu'on célèbre cette année les 10 ans de la cause Insite, une cause sans précédent qui a marqué l'histoire du pays. La Cour suprême du Canada avait alors légalisé l’existence du centre d’injection supervisée Insite, à Vancouver. 

M. Letellier de St-Just s’en souvient bien, puisqu’il avait lui-même plaidé en Cour suprême dans cette cause. «C’est à ce moment-là qu’on a amorcé un virage historique en disant: “Il faut avoir, dans notre politique sur les drogues, une préséance en faveur de la santé publique”», indique-t-il. 

Stephen Harper responsable   

Si l’avocat reconnaît le travail fait par les libéraux dans les dernières années, c’est tout le contraire concernant le gouvernement Harper, qui avait amené le site Insite en Cour suprême et qui prônait une approche punitive. «Je tiens le gouvernement Harper responsable des milliers de morts par surdose pendant [son] mandat. Personne n'a jamais rien fait», lâche-t-il sans retenue. 

En attendant de voir si les libéraux vont de l’avant avec un nouveau projet de loi, M. Letellier de St-Just surveillera attentivement la campagne municipale à Montréal. «Sur le plan stratégique, certains diront que ce n'est pas un sujet gagnant et qu’on ne s'engage pas là-dessus en campagne électorale. Ça ne veut pas dire qu'ils ne sont pas préoccupés, mais ils n'ont pas le courage d'en parler», redoute le fondateur de Cactus Montréal. 

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