Une infirmière raconte l'impact du temps supplémentaire obligatoire (TSO) sur sa vie | 24 heures
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Une infirmière raconte l'impact du temps supplémentaire obligatoire (TSO) sur sa vie

Le ministre de la Santé Christian Dubé veut éliminer du système de santé le temps supplémentaire obligatoire (le fameux TSO). C’est quoi exactement? Une infirmière nous l’explique – et nous parle des impacts que ç’a sur les employés au quotidien.

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Commençons par la base : quand une infirmière ou une infirmière auxiliaire ne peut pas rentrer au travail, il faut la remplacer; les patients ne peuvent pas se retrouver seuls. L’équipe administrative se met donc sur le cas, en évaluant les ressources qui peuvent venir en renfort et en contactant plusieurs remplaçants potentiels.  

S’il n’y a pas de volontaires, c’est là que le TSO entre en jeu : quelqu’un qui est déjà sur place doit rester.  

La vie personnelle prend le bord  

Vanessa (nom fictif) est une infirmière de 26 ans, qui pratique depuis quatre ans dans un hôpital à Montréal. 

Elle se souvient très bien de la première fois où elle a fait du TSO : sa supérieure lui avait fait savoir que ça se décidait entre elle et une autre fille.

«Je me sentais super mal. L’autre infirmière était une mère de famille. Je suis donc restée», se souvient-elle. 

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«On m’a fait très vite savoir dans mon département qu’une fille jeune, célibataire, sans enfants et sans responsabilités, c’est mieux que ce soit elle qui reste plutôt que les mamans... Mais j’ai une vie moi aussi!» poursuit-elle. 

Conséquence : la jeune infirmière a dû à maintes reprises annuler des rendez-vous romantiques, des soupers entre filles, des événements familiaux... «Tu dois décrocher le téléphone et annuler ta date avec un gars. Ça fait partie de la game», dit Vanessa. 

Climat toxique entre infirmières   

Le TSO fait donc en sorte que la vie personnelle prend le bord, c’est facile à comprendre.  

Mais ça crée aussi un autre problème : un climat toxique entre les infirmières, qui doivent en quelque sorte lutter entre elles pour ne pas se retrouver avec le TSO et qui sont brûlées à force de faire des heures supplémentaires et d’avoir des ratios de patients disparates.  

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«On n’en parle pas beaucoup dans les médias, mais il y a une certaine rivalité entre nous et je dirais même de l’intimidation. On appelle ça de la violence horizontale. Oufff, j’en ai vécu des trucs», confie Vanessa, qui raconte notamment que certains pointent du doigt les erreurs de leurs collègues plutôt que de se soutenir entre eux. 

Adobe Stock / Montage Marilyne Houde

«Lorsque je call malade, on part la cassette pour me faire sentir mal : "Penses à tes collègues. Qu’est-ce qu’ils vont faire si tu ne rentres pas?" Franchement! Qui pense à moi? J’ai le droit à mes journées de maladie comme tout le monde», s’exaspère-t-elle.  

Le TSO est censé être utilisé seulement en dernier recours. Il place souvent les infirmières dans une drôle de position : d’un côté, elles doivent assurer (de manière raisonnable) la continuité des soins aux patients, et de l’autre, elles doivent être en état de travailler lorsqu’elles sont sur le plancher.  

Le hic, c’est qu’il semble bien trop fréquent dans plusieurs milieux de travail.   

«Même si je n’avais que 8 jours de congé sur 30 dans un mois, lorsque j’ai commencé ma pratique, sans compter mes heures supplémentaires volontaires, je savais que le TSO pouvaient arriver n’importe quand», raconte Vanessa.  

Malgré tout, Vanessa termine son baccalauréat en sciences infirmières et veut toujours travailler dans ce domaine.  

Ce dont elle rêve, c’est d’un réel dialogue entre le ministre Dubé et ses collègues, et d'un milieu de travail plus agréable.

«On doit vraiment nous donner la parole et je souhaite que nous soyons aussi plus collaboratives entre nous», croit-elle. 

«J’ai choisi ce métier durant mes études parce que je suis me suis reconnue dans les valeurs», conclut-elle. 

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