Mode de travail hybride: attention à la création d’un boys club | 24 heures
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Mode de travail hybride: attention à la création d’un boys club

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Photomontage Marilyne Houde

La mise en place du modèle de travail hybride, selon lequel un employé partage son temps entre le travail à domicile et le bureau, pourrait bien faire revenir au galop les boys club formés autour de la machine à café. C'est du moins ce qu'avancent des expertes invitées à un panel sur le travail hybride à lors de la conférence C2 Montréal.

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Ce retour du boys club s'expliquerait en partie par la préférence des femmes de travailler à partir de la maison et par la liberté des hommes d’aller plus souvent au bureau en raison du partage inégalitaire des tâches ménagères et des obligations familiales. Inévitablement, ça désavantagerait les femmes.

Les entreprises doivent donc adopter des mesures dès maintenant afin que le mode de travail hybride ne devienne pas «genré» et qu’il n’entérine pas les boys club qui existent déjà et qui sont problématiques, a mentionné Rita Trichur, chroniqueuse affaires au Globe and Mail, lors d’une conférence de C2 Montréal.

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«Vous ne voulez pas vous trouver dans une situation où l’entreprise a une politique pour le travail à distance, mais qui, officieusement, s’applique seulement aux femmes [qui l’utilisent davantage en raison de leurs obligations familiales]», prévient-elle.

«De leur côté, les hommes viennent tous au bureau, ont des conversations menant à des prises de décision auxquelles les femmes n’ont pas l’opportunité de contribuer de manière égale. Il faut éviter aussi que leur contribution ne soit pas autant valorisée parce qu’elles ne sont pas là en présentiel», poursuit-elle.

Formés dans l’informel  

C’est que les boys club sont «formés dans l’informel, dans les discussions de couloir ou autour de la machine à café», souligne Ariane Ollier-Malaterre, professeure au département d’organisation et de ressources humaines à l’UQAM.

«Il faut que les femmes prennent conscience que si elles font plus de télétravail que les hommes, il se pourrait, en effet, à cause d’une moindre visibilité et des stéréotypes, qu’elles en subissent des conséquences pour leur carrière», explique celle qui se considère comme une «avocate du travail hybride» en entrevue au 24 heures.

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La professeure évoque de nombreuses études qui avaient d’ailleurs démontré que les inégalités entre les hommes et les femmes observées dans les milieux de travail s’étaient estompées lorsque tous les employés étaient en télétravail. 

Des solutions existent  

Heureusement, des solutions existent pour tenter de contrer le phénomène. La première: que les entreprises mettent en place une politique claire avec des balises précises et que les hommes, comme les femmes, pratiquent le travail hybride de la même façon. 

«Il faut éviter le schéma de Néandertal, selon lequel les hommes partent à la chasse et les femmes restent à la caverne pour s’occuper des enfants», illustre Ariane Ollier-Malaterre.

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De son côté, Rita Trichur a souligné en conférence que les compagnies doivent réaliser une évaluation de leur culture d’entreprise et favoriser l’utilisation de la technologie pour éviter la formation de boys club.

Mais il faut également que les gestionnaires changent leur façon d’évaluer la performance de leurs employés, affirme Ariane Ollier-Malaterre. «C’est beaucoup plus compliqué pour un gestionnaire d’évaluer par exemple la qualité d’un rapport ou le travail accompli plutôt que de dire: “Untel est venu au travail de 7h du matin et est resté jusqu’à 18h, donc c’est un bon employé.” On peut être présent au travail sans réellement travailler; c’est ce qu’on appelle le présentéisme.»

Les gestionnaires doivent donc se donner des critères précis et justes pour juger le travail d’un employé, conseille la professeure.