Chalet saccagé : lorsque les Blacks craignent de tous se faire mettre dans le même panier | 24 heures
/panorama

Chalet saccagé : lorsque les Blacks craignent de tous se faire mettre dans le même panier

BILLET - Avez-vous vu cette histoire de vandalisme pendant un gros party dans un chalet loué dans les Laurentides? De mon côté, mes réseaux sociaux se sont enflammés. Comme femme noire, j’étais horrifiée et je me suis dit : «ça n’aide vraiment pas notre cause».

• À lire aussi: Votre vie sexuelle peut-elle être plus écologique?

• À lire aussi: À savoir sur la réouverture des clubs et karaokés

De multiples vidéos et photos de ce party d’Halloween auquel ont participé environ 300 personnes ont beaucoup circulé. Les plus choquantes sont celles qui exposent l’ampleur des dégâts : des portes arrachées, des condoms souillés sur des sofas, des fenêtres cassées... Une télévision aurait même été volée. 

Une vidéo m’a particulièrement mise hors de moi. Comme dit si bien ma mère : j’étais décontenancée comme le lait.  

On semble y voir un jeune noir casser une fenêtre et deux autres gars, aussi noirs, assis sur un sofa, visiblement incrédules ou stupéfaits. 

Les mots me manquent... Le truc c’est que les jeunes organisateurs de cette fête sont issus des communautés culturelles : des Blacks, des Arabes et des Latinos. Ce sont aussi eux qui ont participé et qui ont tout saccagé sur leur passage, selon les images qu’on peut voir. 

Un des organisateurs s’est expliqué sur Instagram et je cite : «[...] le Journal me fait paraître comme le méchant, même si j’ai offert une somme monétaire pour régler la situation [...]». 

«C’est juste triste parce que personne ne va pouvoir refaire des partys privés sans avoir peur de devoir finir avec 15 000$ d’amende», conclut-il.  

Si j’étais sa grande sœur, je lui dirais : «Mon frère, t’es sérieux? C’est juste triste que tu ne comprennes pas les dommages collatéraux et ça me dérange, big time.»  

Ces jeunes, sans le vouloir, renforcent malheureusement cette image négative des communautés culturelles. 

Je connais trop bien les stigmas qui collent à la peau des jeunes hommes arabes, latinos et noirs. Je connais les mauvaises blagues de Blacks qui volent des télévisions. Je connais le mot «macaque» et «sauvage» pour montrer du doigt un Noir ou un Arabe. Je connais le profilage racial pernicieux ancré inconsciemment chez les Blancs un peu fermés d’esprit qui lisent ce type de nouvelles associées aux Noirs, aux Arabes et aux Latinos.  

Même si ces généralisations sont injustes, guys, ce type de comportement n’aide pas à la combattre le racisme systémique, les préjugés raciaux et le profilage racial.  

• À lire aussi: Ce tiktokeur montréalais rit des préjugés sur les Asiatiques

Le danger des généralisations  

Un réel danger se pointe le bout du nez : celui que tout le monde soit mis dans le même panier, et que les personnes racistes se servent de cet événement comme munition. 

Plusieurs personnes de la communauté noire m’ont écrit des messages du genre : «On passe pour une bande de sauvages... Moi qui voulais me louer un chalet pour le temps des Fêtes, ça ne sera peut-être plus possible.» 

Vous allez me dire : «Anne-Lovely, il y a aussi des jeunes blancs qui ont vandalisé des chalets, ce ne sont pas seulement des jeunes issus de l’immigration!» 

Vous avez raison! Mais les jeunes blancs qui n’ont rien à voir avec cet événement n’en subiront pas les contrecoups. Ils n’auront pas de difficulté à louer un chalet à cause des actions des autres, ils ne seront pas mis dans le même panier. 

C’est injuste, mais c’est ainsi.  

À l’adolescence, je me souviens des nombreuses restrictions un peu dépassées des parents haïtiens de mon entourage (incluant les miens) : pas de tatouage, pas de piercing et pas de tresses collées sur la tête pour les garçons. Il fallait être habillés impeccablement et tout ça, c’était pour dorer notre image en tant que Black.

C’était leur façon à eux de nous protéger contre ces préjugés et de passer inaperçus auprès de la communauté blanche, en montrant qu’on était des gens respectueux et gentils, malgré notre couleur de peau. 

On ne devrait pas avoir à faire tout ça pour mériter le respect. Mais quand on voit à l’opposé des gens se foutre complètement de l’image qu’ils projettent sur la communauté, c’est décourageant, et ce manque de respect ne nous enligne pas vers une société plus juste et équitable. 

À VOIR AUSSI

Il combat les préjugés anti-Asiatiques sur TikTok