Syndrome de Peter Pan: quand on étire les études pour éviter les responsabilités d’adulte | 24 heures
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Syndrome de Peter Pan: quand on étire les études pour éviter les responsabilités d’adulte

Image principale de l'article Étirer les études pour éviter les responsabilités
Photomontage: Alexandre Pellet

Si vous êtes aux études, vous côtoyez sans doute des étudiants qui enfilent les diplômes pour repousser leur entrée sur le marché du travail et, du même coup, les responsabilités d’adulte qui en découlent. Le fait est que plusieurs d’entre eux souffrent du syndrome de Peter Pan. On démystifie le phénomène.

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Anne-Marie Simard, 26 ans, en est à sa dernière année d’études au baccalauréat en droit à l’Université Laval. Ce futur diplôme s’ajoute au BAC et à la maîtrise en communication qu’elle a déjà en poche. Pour elle, poursuivre ses études était non seulement une façon de s’assurer de bien cerner le domaine qui l’intéresse, mais aussi de repousser le plus possible son entrée sur le marché du travail.

«Quand j’ai complété mon premier BAC, j’avais 21 ans. Je n’étais pas prête mentalement à commencer une vie d’adulte ou de m’enligner dans un travail pour le restant de ma vie. C’est pour ça que j’ai décidé de faire un autre diplôme. Après avoir terminé ma maîtrise, à 24 ans, je ne me sentais toujours pas prête, j’avais beaucoup d’angoisse», raconte-t-elle.  

  • Écoutez l'entrevue avec Geneviève Beaulieu Pelletier, psychologue clinicienne et professeure associée à l’Université du Québec à Montréal au micro de Richard Martineau sur QUB radio:    

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Anne-Marie Simard n’est pas la seule à ressentir cette angoisse; de nombreux éternels étudiants souffrent aussi de ce que l’on appelle le syndrome de Peter Pan.

On vous entend déjà nous demander: «Peter Pan, comme dans le conte pour enfants?» Oui, exactement. Vous vous souviendrez sans doute que Peter Pan est un jeune garçon qui refuse de grandir et qui vit au Pays imaginaire. C’est un peu ce que ressentent les personnes souffrant de ce syndrome: une peur de passer à l’âge adulte, de grandir; une angoisse face à l’engagement, résume la psychologue Geneviève Beaulieu-Pelletier. 

Dre Geneviève Beaulieu-Pelletier

Photo courtoisie, Caroline Clouâtre

Dre Geneviève Beaulieu-Pelletier

«La réalité fait en sorte qu’on doit devenir plus autonome en grandissant et faire face à des choses qui ne sont pas faciles au quotidien, comme les responsabilités, la souffrance et les difficultés au jour le jour. Quand on ne grandit pas, c’est moins inquiétant, mais on se coupe du fait de se développer au niveau professionnel ou dans les relations avec les autres», ajoute-t-elle.

Multifactoriel  

Comme de nombreux autres diagnostics, les causes du syndrome de Peter Pan sont multifactorielles, explique la psychologue. Ça peut être lié à des traumatismes affectifs subis dans l’enfance, au fait d’avoir eu à assumer des responsabilités d’adulte beaucoup trop jeune ou encore à la surprotection des parents. 

Qu’à cela ne tienne, il s’agit souvent d’un mécanisme de défense qui s'active en nous. Ainsi, peu importe la cause, on pourra noter un certain déni chez la personne qui présente le syndrome de Peter Pan. 

Passer outre le déni  

Dès que l'on peut reconnaître, chez soi ou chez quelqu’un d’autre, l’existence de ce syndrôme, on peut commencer à s’en débarrasser. Geneviève Beaulieu-Pelletier conseille la psychothérapie pour y parvenir.

«Un professionnel pourra aider, parce qu’il va aller voir les raisons, va creuser davantage pourquoi on évite [de grandir], qu’est-ce que l’on craint... Il va pouvoir accompagner tranquillement, faire de petits pas.»

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Si on préfère faire cette démarche soi-même, elle conseille d’augmenter tranquillement le niveau de responsabilité qu’on assume. «Si une autre personne s’occupe de payer nos comptes, par exemple, on peut lui demander d’assumer cette responsabilité-là puis d’y aller graduellement», suggère Geneviève Beaulieu-Pelletier.

C’est d’ailleurs un peu comme ça qu’Anne-Marie Simard s’est défaite graduellement de son syndrome. Elle a déménagé en appartement dans la dernière année, se préparant ainsi pour les responsabilités qu’amène le marché du travail.

«C’est sûr que c’était un ajustement au début. C’est quelque chose qui a pris 25 années de préparation. Quand j’avais 21 ans, je n’étais aucunement prête à déménager, de commencer une vraie vie d’adulte. Maintenant que je suis plus vieille, ça va quand même bien», relate-t-elle.

Anne-Marie Simard, 26 ans.

Courtoisie: Anne-Marie Simard

Anne-Marie Simard, 26 ans.

Une tendance à la hausse  

S’il n’y a pas d’étude qui confirme une hausse du nombre de personnes souffrant du syndrome de Peter Pan, la psychologue dit observer cette tendance. «Pour la difficulté de passer à l’âge adulte, je dirais que oui, c’est plus marqué. L’aspect social est fondamental dans le développement de ce syndrome, et on a pu voir dans la dernière génération plus de parents surprotecteurs. Alors là, oui, ça peut être un facteur de risque.»

Anne-Marie Simard dit aussi l’avoir remarqué auprès de ses collègues étudiants. «J’ai l’impression qu’il y a de plus en plus d’inscriptions au deuxième ou au troisième cycle, ou encore que des étudiants décident de se spécialiser en complétant un diplôme d’études supérieures spécialisées (DESS).»

L’étudiante souhaite tout de même rappeler que «c’est correct de changer d’idée en milieu de parcours». 

«Je pense qu’il y a une connotation négative avec le syndrome de Peter Pan, et je ne pense pas que c’est une mauvaise idée de faire ses études ou d’explorer d’autres champs qui pourraient nous intéresser. Le bon moment pour le faire, c’est justement quand on est aux études», souligne Anne-Marie Simard.