À cause de l'iniquité salariale: les Québécoises travailleront «gratuitement» à compter du 1er décembre 10h36 | 24 heures
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À cause de l'iniquité salariale: les Québécoises travailleront «gratuitement» à compter du 1er décembre 10h36

Image principale de l'article Les Québécoises travailleront bientôt gratuitement
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Chaque année, le groupe féministe français Les Glorieuses envoie une infolettre le jour où, symboliquement, les femmes en France commencent à travailler «gratuitement» en raison de l’écart salarial. On s’est inspiré de ce calcul pour voir si les Québécoises sont en meilleure posture que nos cousines françaises. Bonne nouvelle: c’est un peu mieux ici. Mais c'est loin d'être parfait.

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«Cette année c’est le 3 novembre à 9h22 que les Françaises commencent à travailler gratuitement», écrivent d’emblée Les Glorieuses dans leur missive. C’est que dans l’Hexagone, l’écart salarial s’établit à 16,5%. C'est donc dire que le salaire des femmes françaises est 16,5% moins important que celui des hommes. 

Qu’en est-il au Québec? Eh bien, mesdames, la date butoir approche. Le travail des Québécoises ne sera plus rémunéré à compter du 1er décembre, à 10h36. Symboliquement, bien sûr.

Si la situation est un peu plus rose qu’en France, il reste tout de même du travail à faire.

Écart salarial de 8,1%  

Selon les données de l’Enquête sur la population active de Statistique Canada, l’écart salarial dans la Belle Province est de 8,1%.

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Et comment peut-on expliquer l'existence d'un tel écart? Il y a une part de discrimination envers les femmes. Bien que cette dernière ne soit pas l'unique responsable, elle existe toujours, affirme Julie Cloutier, professeure au département d’organisation et de ressources humaines de l’UQAM. 

En effet, 8 à 9% de l'écart homme-femme demeure «inexpliqué» et serait en partie causé par la discrimination, estime-t-elle. 

«L’écart toujours présent en raison de la discrimination est dû au fait qu’on ne reconnaît pas ces emplois [ceux occupés par des femmes] à leur juste valeur. On pense que le travail est moins exigeant qu’il ne l’est en réalité», précise-t-elle.

«Un employeur détermine généralement les salaires en fonction des exigences d’emploi. Il peut évaluer ça à l’œil ou utiliser une grille. Il doit déterminer dans quelle mesure l’emploi demande du savoir-faire, des compétences, etc. Mais il peut tout de même s’introduire des préjugés, comme celui de penser que les emplois à prédominance féminine ne sont pas si exigeants que ça», poursuit la professeure.

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Des secteurs moins bien payés     

Ce n'est pas tout. Une portion de cet écart s'explique par le fait que les secteurs à prédominance féminine – souvent des emplois de première ligne – sont généralement moins bien payés, comme les industries du service ou de la restauration, par exemple.

Julie Cloutier souligne également qu’une proportion plus importante d’hommes que de femmes est syndiquée, ce qui confère aux travailleurs masculins des salaires plus élevés. Ils accèdent aussi plus souvent aux postes de haute direction, qui viennent avec des augmentations de salaire. Les femmes occupent aussi davantage des postes à temps partiel que les hommes.

Des vérifications nécessaires  

Bien que l’équité salariale soit un droit conféré par la Charte des droits et libertés et que la Loi sur l’équité salariale est censée veiller à son atteinte, on constate qu’un écart demeure. Pour tenter d’y remédier, Julie Cloutier suggère que le gouvernement effectue des vérifications pour s’assurer de l’application de la loi.

«Jusqu’à maintenant, il n’y a pas beaucoup de vérifications qui se font, à tout le moins dans les grandes entreprises», déplore la professeure.

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Sinon, un changement de culture dans les organisations pour se débarrasser des plafonds de verre et autres préjugés envers les femmes doit s'opérer, insiste Julie Cloutier.

La Fondation canadienne des femmes propose également de favoriser l’intégration des femmes dans des professions bien rémunérées et d’aider les filles à se diriger dans des programmes d’études de secteurs à prédominance masculine, comme les sciences, la technologie, l’ingénierie et les mathématiques (STIM).