Les épisodes d’humidité intense seraient liés au taux de suicide selon une nouvelle étude publiée dans Nature | 24 heures
/environment

Les épisodes d’humidité intense seraient liés au taux de suicide selon une nouvelle étude publiée dans Nature

À Portland, en Oregon, un homme en situation d'itinérance tente de se rafraîchir près d'une station de brumisation, lors d'une vague de chaleur extrême l'été dernier.
AFP

À Portland, en Oregon, un homme en situation d'itinérance tente de se rafraîchir près d'une station de brumisation, lors d'une vague de chaleur extrême l'été dernier.

  • Une étude parue dans le magazine scientifique Nature conclut que l’humidité a un effet significatif sur la santé mentale, plus que la chaleur.  

  • Les phénomènes météorologiques extrêmes affligent davantage les personnes vivant avec des problèmes psychologiques.  

  • Les femmes et les jeunes souffrent davantage des épisodes d’humidité intenses lors des vagues de chaleur.   

La science le pointait déjà: les changements climatiques sont néfastes pour la santé mentale. Mais cette fois, elle va encore plus loin dans une nouvelle étude qui suggère que les épisodes d’humidité intense, plus fréquents à cause des changements climatiques, augmenteraient le taux de suicide. 

Le rapport, publié par un consortium européen le 15 novembre dans le magazine scientifique Nature, conclut que l’humidité a un effet encore plus significatif sur la santé mentale et donc, le taux de suicide, que les vagues de chaleur en elles-mêmes.  

• À lire aussi: Une médecin veut qu’on reconnaisse que la crise climatique est «une urgence de santé»

• À lire aussi: L’écoanxiété augmente au Québec et des experts disent que ce sera le mal du siècle: on fait quoi avec ça?

 
«Les conditions préexistantes, qu’elles soient physiques ou mentales, peuvent être aggravées par des phénomènes climatiques extrêmes comme les vagues de chaleur où le taux d’humidité est très élevé», analyse la psychologue Inês Lopes, questionnée par le 24 heures.

Ainsi, pour l’experte qui étudie le lien entre l’environnement et la santé mentale depuis une quinzaine d’années, cette nouvelle étude n’a pas de quoi surprendre. 

Mais il demeure «un indicateur très pertinent pour anticiper une hausse des décès par suicide liée à l’urgence climatique», précise quant à elle la professeure et chercheuse à la Faculté de médecine de l’Université de Sherbrooke, Dre Mélissa Généreux.

Le rapport s’appuie sur des données provenant de 60 pays, recueillies entre 1979 et 2016.

Dans une quarantaine de ces pays, il y aurait un lien particulièrement étroit entre le suicide et le taux d’humidité dans l’air. La Thaïlande et la Guyane, habituées aux températures tropicales, font partie du lot, mais aussi des pays européens où la chaleur et l’humidité sont plus rares, comme la Suède et la Belgique. 

Inconfort de l’humidité 

«Avec le facteur humidex, la température ressentie est encore plus élevée que celle indiquée au thermomètre. Il fait chaud, l’air est lourd, on est inconfortable. Ça joue sur le niveau de violence et d’agressivité, allant parfois jusqu’à exacerber les idées noires», explique Mme Généreux. 

C’est donc dans ce contexte d’inconfort physique et psychologique accru que «la condition des personnes déjà aux prises avec des problèmes de santé mentale risque de se détériorer», ajoute la Dre Inês Lopes. 

L’étude de Nature conclut également que les femmes et les jeunes seraient davantage affectés par les taux d’humidité élevés. 

Une enquête du consortium de recherche en climatologie Ouranos menée par la Dre Généreux au printemps dernier confirme également cette donnée.

Quelque 42% des femmes et 45% des jeunes de 18 à 24 ans ont rapporté vivre de l’inconfort lors des vagues de chaleur, contre 33% des hommes.

«Les changements climatiques et les phénomènes météorologiques extrêmes affectent plus les femmes parce que ce sont elles qui prennent en charge les soins et tout ce qui touche à la santé», estime par ailleurs la Dre Lopes.  

SI VOUS AVEZ BESOIN D’AIDE  

Ligne québécoise de prévention du suicide   

Jeunesse, J’écoute   

Tel-Jeunes   

Sur le même sujet