13,50$/h pour un poste de cuisinier Au Pied de Cochon: voici combien gagnent les employés en restauration | 24 heures
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13,50$/h pour un poste de cuisinier Au Pied de Cochon: voici combien gagnent les employés en restauration

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AFP

Le salaire de 13,50$ pour un poste de cuisinier que proposait cette semaine le restaurant Au Pied de Cochon a suscité l'indignation. C'est surtout un rappel que les salaires offerts dans les cuisines du Québec sont peu alléchants. Mais qu'en est-il des autres postes? Voici un survol de la rémunération* de quelques emplois clés en restauration.

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Serveur(euse)                  

  • Salaire moyen: 12,87$/h         
  • Pourboire moyen: 23$/h                  

Occupant un poste de première ligne, les serveurs sont parmi les mieux payés en restauration, puisqu’au salaire de base, relativement bas, s’ajoute un pourboire moyen de 23$/h. 

Si le salaire de base moyen paraît peu élevé, sachez qu’il a augmenté ces dernières années, pour se décoller quelque peu du salaire minimum des employés à pourboire, qui est d’un maigre 10,80$/h. 

En combinant le salaire et les pourboires, un serveur gagne donc plus de 35$ par heure en moyenne. 

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Commis (Bussboy, Bussgirl)   

  • Salaire moyen: 13,51$/h          
  • Pourboire moyen: 7,80$/h                   

Le commis, plus communément appelé bussboy, c’est le bras droit des serveurs et des barmans. C’est un peu comme une personne à tout faire: il aide à débarrasser les tables, il les nettoie une fois le client parti, en plus de veiller à ce que les serveurs et les barmans ne manquent de rien en salle. Il représente aussi le lien entre l’équipe de cuisine et l’équipe de service. 

Si le salaire de base est légèrement plus élevé que celui des serveurs, le pourboire horaire, lui, n’est pas comparable. 

Plongeur(euse)                  

  • Salaire moyen: 15,07$/h                  

Être plongeur, c’est plus qu’être un «laveux de vaisselle». Ça demande de frotter, de récurer et de rincer durant des heures pendant que la sueur vous coule sur le front. Les plongeurs doivent aussi souvent transporter des montagnes d’instruments lourds, comme des poêlons en fonte - le tout dans un environnement souvent chaud, humide et hostile.  

Ce poste est un rouage essentiel au bon déroulement d’une soirée en restauration, puisque c’est grâce au plongeur que le reste de l’équipe ne manque de rien. Mais avec le salaire horaire le plus bas parmi les employés qui ne touchent pas de pourboire, c’est aussi probablement le poste le plus ingrat.

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Cuisinier(ère)                  

  • Salaire moyen: 19,40$/h                  

Le cuisinier, c’est le bras droit du chef. C’est lui qui assure la préparation des assiettes telles qu’imaginées par le chef. C’est aussi lui qui s’assure que tout est prêt et qu’il ne manque de rien avant le service, en plus de communiquer les besoins de la cuisine au chef et au reste de l’équipe. 

Pendant le service, il jongle avec les nombreuses commandes et les exigences des clients, du genre «Une lasagne sans sauce et sans fromage, svp!» 

C’est donc un rôle clé... et les besoins sont criants: de nombreux postes de cuisiniers sont à pourvoir au Québec, affirme Martin Vézina, directeur des communications de l’Association Restauration Québec. 

Pour niveler l’écart de leur salaire avec celui des employés qui ont droit aux pourboires, de plus en plus de voix se font entendre pour que les pourboires soient mieux répartis entre la cuisine et l’équipe de service. 

Chef(fe)                  

  • Salaire moyen: 23,14$/h                   

Le chef, c’est en quelque sorte le chef d’orchestre de la cuisine. En plus d’élaborer le menu, c’est lui qui coordonne, dirige et supervise l’ensemble des activités de la cuisine. À l’ère des émissions et compétitions culinaires, comme Les Chefs! ou Top Chef, certains sont élevés au rang de vedettes.

Le chef Martin Picard

Photo courtoisie

Le chef Martin Picard

Évidemment, le salaire moyen ne correspond pas à ceux de chefs propriétaires reconnus, tels Antonin Mousseau-Rivard (Mousso), Charles Antoine Crête (Montréal Plaza) ou encore Martin Picard (Au Pied de Cochon). 

«L’ère de tous les défis»         

Certains de ces salaires vous semblent bas et vous font sourciller? Eh bien, Martin Vézina rappelle que les restaurateurs font ce qu’ils peuvent dans un contexte difficile. 

«On est à l’ère de tous les défis. Les prix des aliments et des matières premières augmentent, les marges de profit des restaurateurs sont minces. On parle d’autour de 4% et moins actuellement, c’est très peu», soutient-il. 

Dans ce contexte, difficile d’augmenter les salaires, selon lui. S’il se dit persuadé que les employés de service reviendront lorsque les mesures sanitaires s’assoupliront encore davantage, il croit que l’industrie devra réfléchir à des moyens de réduire l’écart salarial entre les employés de cuisine et les employés de service. 

L’écart salarial, «une vraie joke»         

D'ailleurs, dans un témoignage publié dans le magazine L’Actualité au début du mois de novembre, le chef Antonin Mousseau-Rivard rappelait que les chefs et les employés de cuisine travaillaient souvent un nombre d’heures nettement supérieur à celui de leurs collègues en salle pour une fraction du salaire. 

«Le salaire moyen versé aux cuisiniers est de 19 000 dollars par an, et celui des chefs est d’à peine 33 000 dollars, selon le Conseil québécois des ressources humaines en tourisme — sans avantages sociaux ni caisse de retraite. En échange de quoi, on leur demande souvent de travailler plus de 80 heures par semaine — mon propre record s’élève à 140 heures en sept jours. Tandis que les serveurs en haute gastronomie peuvent gagner jusqu’à 150 000 dollars par année grâce aux pourboires, pour une semaine de travail de 22 ou 23 heures. C’est une vraie joke», écrivait le célèbre chef. 

Antonin Mousseau-Rivard

Anne-Lovely Étienne

Antonin Mousseau-Rivard

Une des solutions envisagées par des restaurateurs est d’abolir les pourboires afin d’augmenter le salaire de base dans les équipes. Ce modèle comporte cependant des limites importantes, selon Martin Vézina. 

«Pour faire ça, il faut aussi augmenter le prix des assiettes. Mais les clients ne sont pas prêts à voir leur facture grimper. Ils ont l’impression de payer plus parce que pour eux, le pourboire est un montant à part», dit-il. 

En plus d’aider à réduire le fardeau fiscal des restaurateurs, il faudrait, selon lui, que le gouvernement légifère pour les aider dans le dossier des salaires.

«Une piste de solution, ça serait que la loi permette aux restaurateurs d’implanter une politique de partage des pourboires. Présentement, les gestionnaires peuvent le proposer, mais si l’équipe de service s’y oppose, c’est terminé», conclut-il. 

* Les salaires moyens sont tirés du Sondage sur les salaires 2020-2021 de l'Association Restauration Québec.

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