Ils ont décidé de quitter leur emploi : voici pourquoi | 24 heures
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Ils ont décidé de quitter leur emploi : voici pourquoi

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La pandémie a poussé plusieurs personnes à se remettre en question, personnellement et professionnellement. Certains ont carrément décidé qu’il était temps de quitter leur emploi : on a rencontré trois d’entre eux afin de comprendre pourquoi.

Entrevues menées par Jean Balthazard, Daphnée Hacker-B. et Julien Lamoureux

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Moins d'argent, plus de bonheur  

Jusqu’à récemment, Pier-Luc Lemieux­­­, 29 ans, était analyste de données dans une grosse entreprise mondiale et faisait affaire avec des clients des quatre coins de la planète. 

C’est le stress et les nombreux départs de collègues qui l’ont convaincu que c’est le temps de faire le saut : il travaille désormais à Télé-Québec, où il a accepté une légère baisse de salaire. 

Pier-Luc Lemieux

Photo Étienne Brière

Pier-Luc Lemieux


«L’atmosphère était un peu lourde, il y avait beaucoup de stress associé [aux] gros clients», indique Pierre-Luc, au sujet de son ancien emploi. Ses journées, chargées, commençaient vers 5h du matin, pour s’assurer de la satisfaction de la clientèle.

Après plus de deux ans à ce poste, il a réalisé que l’emploi ne lui convenait pas. «J’étais sur le cruise control depuis très longtemps. Je me suis dit que c’était peut-être trop de stress pour moi et que je n’avais peut-être pas envie de vivre ça au bureau», soutient-il. 

Le virage en ligne forcé par la pandémie a rendu encore plus difficile son travail. Les relations avec ses supérieurs, qui avaient toujours été bonnes, se sont envenimées. Ses contacts avec ses collègues étaient limités. Fini, les 5 à 7. «Quand on perd ce réseau, on fait plus face aux irritants et aux inconvénients du travail, sans les avantages», juge Pier-Luc.

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Entre collègues, ils parlaient tous de leur envie de démissionner. «C’était un peu le sauve-qui-peut», résume Pier-Luc. Il voyait que plusieurs de ses collègues quittaient l’entreprise chaque mois.

Un matin, Pier-Luc reçoit un courriel de son superviseur qui le secoue. Cette fois, c’est assez : il lui répond avec, en pièce jointe, sa lettre de démission, rédigée depuis un moment déjà.

Après avoir profité de la vie quelques semaines, Pier-Luc s’est trouvé un emploi «plus près de [ses] valeurs» à Télé-Québec.

«Avant de travailler dans une grosse compagnie internationale, je voyais ça comme un gros accomplissement sur mon CV», explique Pier-Luc. Il a maintenant un nouveau critère principal quand il sélectionne un emploi : «avoir un meilleur mode de vie». 

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Elle a l’impression «d’être un numéro»  

Après une dizaine d’années à travailler comme éducatrice spécialisée dans un centre jeunesse, Carmélia Victor, 33 ans, cherche activement à quitter son poste actuel pour se réorienter en marketing. L’instabilité de l’emploi et le peu de sentiment d’appartenance lui donnent l’impression «d’être un numéro [...] dans une grosse machine».

Carmélia Victor

Photo Étienne Brière

Carmélia Victor

Si Carmélia est entrée dans ce milieu pour «venir en aide aux gens», elle a été déçue par le manque de ressources qui lui permettraient d’offrir tout le soutien qu’elle souhaiterait à sa clientèle.

«Ce qui m’a vraiment usée dans le milieu, c’est non seulement la précarité du travail, mais aussi les agressions psychologiques et physiques de la clientèle», souligne-t-elle. Plusieurs de ses collègues se sont fait agresser ou ont fait des burn-out. «T’es pas à l’abri de tomber dans ce genre de situation là, on est toujours à risque. C’est très dur», confie-t-elle.

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C’est tout d’abord son congé de grossesse qui lui a permis de prendre un temps d’arrêt pour réfléchir à ce qu’elle voulait faire dans la vie. Tout s’est concrétisé avec la pandémie : elle a profité de cette occasion pour retourner aux études, cette fois-ci en marketing. 

Dans son futur milieu de travail, elle souhaite avoir un sentiment d’appartenance à son équipe et apporter quelque chose à l’entreprise. Elle s’attend aussi à ce que la mission et la vision de la boîte concordent avec ses valeurs. La jeune mère s’attend aussi à avoir une certaine flexibilité dans son horaire pour faciliter la conciliation travail-famille.

«Les employeurs doivent comprendre qu’on est une génération qui est très soucieuse de ses besoins, notre condition physique, mentale et sociale», souligne Carmélia. Elle remarque que, pour beaucoup de personnes de son âge, le travail n’est pas au centre de leur vie, mais en est plutôt un élément parmi d’autres.

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Elle quitte le milieu académique et lance son agence  

Alex Lacelle, 26 ans, croyait que son avenir était destiné à l’enseignement à l’université. Ce printemps, elle a toutefois dit adieu à cet univers pour devenir modèle et influenceuse, en plus de fonder sa propre agence de mannequins, Details, qui mise sur la diversité. 

Alex Lacelle

Photo Étienne Brière

Alex Lacelle

Celle qui était dans un «monde académique de A à Z» a réalisé qu’elle n’y était pas épanouie.

La pandémie lui a donné «une chance soudaine de [s]’en sortir». Son intention était de prendre une pause de plusieurs mois «pour respirer», après 3 ans sans pause depuis la fin de sa maîtrise. «Je cherchais à retrouver de la passion, de l’amour pour ce que je fais», explique­-t-elle. La pause a plutôt fait place à la réorientation. En quelques jours, Alex décide de fonder son agence. 

Avec quatre années d’expérience en mannequinat et un partenaire photographe, Alex sentait qu’elle avait « un pied solide » pour tenter sa chance. «Mon but avec l’agence [...] c’est vraiment de réhumaniser la pratique et de retrouver une façon de se voir représenté pour vrai», stipule-t-elle. Alex souhaite mettre de l’avant des valeurs d’inclusion et de diversité, qui lui sont chères.

Elle se dit très heureuse de sa décision, même si c’est aussi difficile que son ancien emploi. Chaque mois, elle se demande si elle arrivera à payer le prochain loyer. «Malgré ce stress et les remises en question, les petites crises de panique et les pleurs, je n’ai quand même aucun regret». Alex ressent une satisfaction dans le travail qu’elle fait chaque jour, et, pour elle, ça fait toute la différence. 

«Je pense qu’on est une génération qui a moins peur de camoufler [ses valeurs]», affirme Alex. Elle croit que les millénariaux font moins la distinction entre le privé et le travail. Les réseaux sociaux font en sorte qu’ils sont « plus bruyants » dans leurs croyances. 

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