Pénurie de sapins de Noël: c'est la faute aux changements climatiques | 24 heures
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Pénurie de sapins de Noël: c'est la faute aux changements climatiques

Image principale de l'article Les sapins de Noël coûteront plus cher
Joël Lemay / Agence QMI
  • Les températures extrêmes affectent la culture des arbres de Noël. 
  • Les producteurs sont obligés d’augmenter le prix des sapins entre autres à cause des changements climatiques. 
  • Le sapin Baumier très apprécié par les Québécois, pourrait être remplacé dans les plantations par le sapin Fraser, qui est moins fragile.
     

Après le vin et la viande, c’est au tour du prix des sapins de Noël de subir les contrecoups des changements climatiques. Et la situation ne risque pas de s’améliorer dans les prochaines années, au contraire. Les chaleurs hâtives, les sécheresses estivales et les précipitations plus concentrées continueront d’en faire grimper le coût. 

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«On n’est pas dans une situation où le climat du Québec va devenir inadapté au sapin dans les 10 ou 20 prochaines années», rassure d’entrée de jeu le professeur et chercheur à l’Institut des sciences de l'environnement de l’UQAM, Charles Séguin.

Mais tout de même, poursuit-il, la culture du sapin baumier dont l’odeur résineuse embaume la forêt de conifères est bel et bien victime des changements climatiques.

Fin octobre, Le Journal révélait qu’il sera difficile de mettre la main sur un arbre de Noël naturel cette année, dû à une pénurie.

«Ça fait deux ans que les chaleurs hâtives au printemps font sortir les bourgeons plus tôt, et les gels qui reviennent brunissent et brûlent les nouvelles pousses», détaille M. Séguin.

«Ce sont les extrêmes qui affectent les arbres. Le devancement de la chaleur au printemps, ensuite les gels, les pluies trop abondantes puis la sécheresse», ajoute l’agronome et vice-présidente de l’Association des producteurs d’arbres de Noël du Québec (APANQ), Émilie Turcotte-Côté.

Résultat: plus de 10% des sapins destinés à la vente cette année ont subi des dommages et plusieurs ont dû être écartés du marché, précise Mme Turcotte-Côté, qui travaille pour l’entreprise BL Christmas Trees à Sherbrooke.

Les producteurs ont donc été contraints de majorer leur prix de 15% à 25% entre autres pour essuyer le coût des pertes dans un contexte où la demande est sans précédent. 

Notre climat change 

Cette situation risque fortement de se reproduire dans les prochaines années, voire de devenir la norme.

Les changements climatiques entraîneront une augmentation des coûts de production des sapins de Noël, qui se reflétera inévitablement dans le portefeuille du consommateur.

«Les producteurs vont devoir s’adapter, signale le professeur Séguin. Ils devront s’équiper pour faire de l’irrigation lors des pluies torrentielles, et de l’arrosage dans les périodes de sécheresse.»

Ils pourraient également avoir à se tourner vers des espèces moins vulnérables comme le sapin Fraser déjà cultivé dans la province, mais plus adapté au climat des États-Unis — qui tend à devenir celui du Québec, selon l’agronome Émilie Turcotte-Côté. 

Le meilleur choix pour la planète 

Devant le prix à la hausse des sapins de Noël, certains consommateurs pourraient être tentés de se procurer un arbre artificiel.  

Mais pas si vite, prévient Charles Séguin. Et ce, même si une étude de 2009 de la firme québécoise Ellipsos, spécialisée en développement durable, a conclu qu’il faudrait conserver son sapin artificiel une vingtaine d’années pour que son bilan carbone devienne favorable à celui du sapin naturel de 15 ans qui a parcouru 150 km avant d’arriver en magasin.  

«Si notre priorité est la lutte aux changements climatiques, le sapin naturel est encore meilleur allié», tranche-t-il.

D’abord, parce que la culture des arbres est reconnue pour ses qualités de captation du dioxyde de carbone.

«Faire pousser un sapin, ça prend en moyenne entre 8 et 10 ans. Donc pendant toutes ces années, une bonne quantité de carbone sera retirée dans l’atmosphère ce qui aide dans la lutte aux changements climatiques.»

Puis, parce que le sapin naturel peut être recyclé bien plus facilement.

«Les villes collectent les sapins en janvier pour les déchiqueter et produire des copeaux de bois qui sont parfois distribués gratuitement aux citoyens pour l’aménagement paysager ou utilisés dans les parcs pour recouvrir le sol», fait valoir l’expert.